source : https://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/


par J. Jacques DUBARRY

Professeur honoraire à la Faculté de médecine de Bordeaux

Communication présentée à la séance du 31 mai 1986 de la Société française d’histoire de la médecine.

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RÉSUMÉ

Son expansion fut parallèle à celle de la médecine française, et elle contribua à lui faire tenir le premier rang mondial avec ses filiales de Londres et de Madrid. Pendant ce siècle furent édités plus de 4.000 ouvrages, certains à multiples tomes (Dictionnaires et Traités) dont plus de 3.000 pour la médecine ; plus de 500 livres des médecins les plus connus de leur époque furent traduits en plusieurs langues et quelques auteurs germaniques —Virchow et Hahnemann notamment — leur firent éditer plusieurs livres traduits en français. Parallèlement, depuis 1834, publication de multiples journaux médicaux et scienti­fiques.

 


TEXTE INTÉGRAL

 

Il ne nous paraît pas déplacé de présenter à la tribune de notre Société l’histoire, jusqu’à la guerre de 1914, de cette maison d’édition, car son expansion fut parallèle à celle de la médecine française ; elle contribua même à lui faire tenir pendant ce siècle le premier rang mondial, à une époque où le français était la langue de tous les grands congrès interna­tionaux, où des auteurs étrangers, de langue allemande en particulier, Virchow, Hahnemann en tête, faisaient traduire et publier par J.B. Baillière leurs principaux ouvrages, et où la plupart des grands noms de la médecine française confiaient leurs manuscrits à cet éditeur qui a fait traduire en plusieurs langues plus de 500 de leurs publications ; il fut longtemps le libraire de l’Académie de médecine royale, puis impériale.

Jean-Baptiste Baillière, le créateur de la maison d’édition, né en 1797, quatrième garçon dans une fratrie de dix d’un maître drapier de Beauvais, fut envoyé tout jeune à Paris, à la recherche d’un métier et dans l’espoir de pouvoir aider sa famille dans le besoin ; en effet, à la suite de la ferme­ture de la Manufacture de tapisseries de Beauvais, en l’An II de la Répu­blique, drapiers et tisserands de cette ville furent en difficulté. En 1812, à 15 ans, Jean-Baptiste entra comme commis chez Mequignon, libraire de l’Ecole de médecine, et à 21 ans, en 1818, il ouvrit une petite librairie, 14, rue de l’Ecole-de-Médecine, sur l’emplacement actuel de l’Ecole pratique de l’Ancienne Faculté de médecine (Université René-Descartes maintenant). Dès l’année suivante, parut le premier ouvrage portant le nom du jeune éditeur : Le Traité théorique et pratique de médecine et de chirurgie, des Drs Roche et Samson. Cet ouvrage eut un succès considérable, et pendant vingt-cinq ans il resta un classique de l’enseignement médical, avec quatre éditions successives.

Créateur d’une véritable dynastie de libraires .éditeurs, Jean-Baptiste Baillière avait appris à plusieurs de ses frères le métier le libraire, et quand il les jugeait en état de se tirer d’affaire par eux-mêmes, il les envoyait à l’étranger, créer des librairies ; Hippolyte à Londres en 1828, dont la librairie devint plus tard la maison Baillière, Tyndall and Cok, qui existe toujours, très florissante ; en 1848 un autre frère fonda la Librairie de Madrid, très connue jusqu’à la guerre civile espagnole, et où on trouvait les ouvrages médicaux français avec lesquels beaucoup d’étudiants espagnols faisaient leurs études médicales. Et Hippolyte Baillière envoya un de ses fils en Australie créer une librairie à Melbourne, deux autres fondant à New York la librairie Baillière Brothers.

Parallèlement à son activité de libraire-éditeur, Jean-Baptiste créa un Comité d’organisation d’où est sorti le Cercle de la Librairie, dont il fut en 1847 le premier président, entouré, entre quelques autres, par Ambroise Firmin-Didot, Hachette, Victor Masson.

Il mourut aveugle à 88 ans (1885) ayant continué à s’occuper jusqu’au bout de la librairie, avec la collaboration de ses fils Emile et Henri, qui étaient devenus ses associés et qui lui succédèrent. Emile J.B. Baillière, qui fut membre de la Chambre de commerce de la Seine, censeur de la Banque de France, et membre du Conseil d’administration du Cercle de la Librairie, mourut en 1920.

Henri, son frère, licencié en droit après avoir commencé la médecine, devint juge puis Président de Chambre au Tribunal de commerce de la Seine. Il avait écrit un livre sur l’histoire de la rue Hautefeuille où s’était installée la maison d’édition, dans de plus vastes locaux, les anciens hôtels de Beaulieu et de Lorgeuil. Il mourut en 1905, à 64 ans.

Les deux frères, éditeurs d’abord uniquement médicaux, étendirent leur activité en éditant des publications de sciences naturelles, dont certaines destinées au grand public : Bibliothèque des Connaissances utiles, Biblio­thèque scientifique contemporaine, Petite Bibliothèque médicale et scienti­fique; mais aussi et surtout les Œuvres complètes de Cuvier (12 volumes) et de Lamarck (11 volumes), des livres de Chauveau, Geoffroy-Saint-Hilaire (3 volumes), de Raspail, de Davaine.

Un fils d’Emile, Albert, docteur en médecine, collaborateur puis (à la mort de son grand-père) associé de son père et de son oncle Henri, ajoute une nouvelle orientation aux éditions de la maison, avec l’Encyclopédie agri­cole, dont des millions de volumes ont été vendus dans tous les pays, répandant au loin l’influence de la science agronomique française, ainsi qu’avec la Revue La vie agricole et rurale et beaucoup d’autres publications dans les mêmes orientations, agricole et vétérinaire, sur lesquelles nous n’insistons pas.

Un fils d’Henri, Georges J.B. Baillière, docteur en médecine, entra dans la maison d’édition en 1892, pour devenir plus tard l’associé de son père, de son oncle, et de son cousin germain, Albert. Conformément aux traditions familiales, il mena de front son activité d’éditeur et celles d’administrateur, de trésorier, puis de président du Cercle de la Librairie, du Syndicat des éditeurs et d’autres organismes sociaux professionnels.

A la génération suivante, il n’y eut plus d’héritiers mâles pour perpétuer le nom de Baillière dans le directoire de la librairie. Mais des gendres et leurs descendants ont pris le relais, de sorte que depuis 168 ans, c’est toujours la même famille qui dirige la maison J B Baillière, une doyenne des maisons d’édition médicale françaises. Elle a actuellement à sa tête un juriste, un pharmacien et un médecin pour maintenir la tradition familiale et la vitalité de la firme.

Au moment de la guerre de 1914, plus de 4 000 ouvrages, la plupart illustrés de planches en couleurs, certains comprenant 10, 20 ou 30 volumes (traités ou encyclopédies) et 500 traduits en diverses langues avaient été édités, en particulier plus de 3 000 de médecine.

Nous avons cru bon de sélectionner, de façon forcément arbitraire, pour ne retenir que les noms d’auteurs bien connus de nous et en général connus de tous. Ce fut le succès du Traité théorique et pratique de médecine et de chirurgie qui en 20 ans eut plusieurs éditions qui lança le jeune éditeur de 22 ans, en 1819, suivi de livres de quelques auteurs tombés dans l’oubli ; cependant, dès 1821, on note Mme Lachapelle, auteur d’une Manoeuvre d’accouchement bien connue ; en 1824, le baron Portal, fondateur de l’Aca­démie de médecine et en 1827; il confiera à J.B. Baillière son dernier livre ;

en 1825, publication des derniers cours de X. Bichat, d’un livre de A. Louis : Recherche sur la phtisie ainsi qu’un ouvrage de Grall sur les localisations cérébrales (cf. la Phrénologie), et un livre dêAnatomie de Meckel traduit ; en 1826, Broussais et Bouillaud, et en 1829 Velpeau lui confient leurs manuscrits. Dès 1830, les publications deviennent plus nombreuses. Nous les classerons par grandes disciplines et par ordre chronologique en citant l’année de la première publication et le nombre de volumes ou de titres confiés à J.B. Baillière.

Mettons à part la réédition d’oeuvres anciennes, avec leur traduction par LITTRÉ OU par DAREmBouRG (médecins et érudits) : HIPPOCRATE : Œuvres complètes, 10 volumes traduits et présentés par Littré de 1839 à 1861 : ORIBASE (médecin grec qui avait recueilli tout le savoir médical de son temps) : CEuvres complètes, Daremberg, 6 volumes, 1851-1876; GALIEN, également traduit par Daremberg, Œuvres anatomiques, physiologiques et médicales, 2 volumes, 1854-1856. Et MALGAIGNÉ fit rééditer par Baillière les CEuvres complètes d’AmmoisE PARÉ : 3 volumes, 1840-1841.

  • En anatomie et en chirurgie :
  • Après VELPEAU (1829, 2 titres), JOBERT de LAMBALLE (1842, 2 titres), NELATON (1844, 5 titres), MALGAIGNE (1847, 7 titres), SEDILLOT (1863, 2 titres), Just LucAs-CHAmPioN­NIERE (1873), GUYON (1876, 2 titres).
  • En anatomie pathologique :
  • Après BICHAT (1825), CRUVEILHIER (1847, 5 volumes), VIRCHOW (1867, traduit de l’allemand), CORNU, (1869, 3 titres).
  • En physiologie :
  • RASPAIL (1832, 2 titres), MAGENDIE (Œuvres complètes, 1842, 4 volumes), FLOURENS (1847), DAVAINE (1852, 4 titres), CLAUDE BERNARD (1855, CEuvres complètes, 16 titres, dont en 1865 l’Introduction à l’étude de la médecine expérimentale), Paul BERT (1870), Mathias DUVAL (1872, 9 titres), E. GLEY (1910).
  • En pharmacologie et thérapeutique :
  • JOURDAN (1828, 2 volumes), HAHNE1VIANN (1834, 2 titres, 6 volumes traduits de l’alle­mand), BECHAMP (1883).
  • Pour la Clinique médicale générale (avant la publication des grands traités), citons : CHOMEL (1834, 2 titres), PIORRY (1841, 8 volumes), GRISOLLE (1841).
  • Pour les Appareils respiratoire, cardio-vasculaire et rénal :
  • Après Louis (1825), BOUILLAUD (1835), LAENNEC (1836, 4e édition du Traité de l’aus­cultation médiate, et en 1846, sa traduction en anglais), RAYER (1839, 3 volumes), PETER (1833), BOUVERET (1888, 3 titres), HUCH1RD (1901, 3 titres).
  • En dermato-vénérologie et maladies infectieuses et parasitaires :
  • RICORD (1833, 3 titres), GIBERT (1840), TROUSSEAU (1863, 8 volumes : Cliniques médicales de l’Hôtel-Dieu), LAVERAN (1881, 4 titres, dont : Nature parasitaire des accidents d’impaludisme), HALLOPEAU (1887, 2 titres).
  • En neuro-psychiatrie et médecine légale :
  • Après GALL (1825), BURDACH (1829, 9 titres), PINEL (1833, 3 titres), ANGLADA (1835),
  • ESQUIROL (1838), VALLEIX (1838, 2 titres), CABANIS (1844), DUCHENNE de Boulogne (1861, 9 titres), Ambroise TARDIEU (1867, 10 titres), BROUARDEL (1887, 20 titres), AUVRAY (1896), GRASSET (1900, 2 titres), LAIGNEL-LAVASTINE (1918).

Parallèlement à la diversification des orientations, la politique de la maison J.B. Baillière, après le succès du Traité de Roche et Samson (1819, 4 éditions en 20 ans), consista à susciter la publication d’oeuvres encyclopé­diques : Dictionnaires de médecine et Traités sous la direction d’un ou plusieurs auteurs, faisant appel .à divers collaborateurs particulièrement qualifiés, oeuvres éditées en multiples volumes.

Citons :

  • Dictionnaire de médecine, de LITTRÉ (1831) ;
  • Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques (1861-1886, 40 volumes), sous
  • la direction de JACCOUD ;
  • Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales (1864-1867, 7 volumes), sous la direction de DECHAMBRE ;
  • Bibliothèque du médecin praticien (15 volumes) ;
  • Traité de médecine, avec parmi les collaborateurs :
  • BOUILLAUD (1846), GRISOLLE, LOUIS, PORTAL, TROUSSEAU, VALLEIX, etc.
  • Traité de chirurgie (1838, 3 volumes) sous la direction de BEGIN et 14 collabo­rateurs.
  • et ultérieurement :
  • Traité de médecine et de thérapeutique (1895), sous la direction de BROUARDEL, et autour de 1900:
  • Nouveau Traité de médecine (40 volumes) sous la direction de A. GILBERT et THOINOT ;
  • Nouveau Traité de chirurgie de LE DENTU et Pierre DELBET (33 volumes) ; Traité d’hygiène de CHANTE1VIESSE et MOSNY (20 volumes).
  • Pratique des maladies des enfants, avec notamment APERT, MARFAN, RIST, etc… (8 volumes) ;
  • Traité de pathologie exotique, de GRALL et CLARAC (8 volumes).
  • Traité de stomatologie, de GAILLARD et NOGUE (10 Volumes).
  • A ces titres, s’ajouteront, de 1900 à la guerre de 14-18, les Grandes Collec­tions médicales, avec :
  • Bibliothèque de doctorat en médecine, sous la direction de GILBERT et CARNOT (30 volumes).
  • Actualités médicales, 80 volumes parus en 1911, sous les signatures, parmi d’autres, de MARFAN, WIDAL, Marcel LABBÉ, AUVRAY, TERRIEN de Paris, LÉPINE, NICOLAS, TESSIER de Lyon, GRASSET de Montpellier, etc…
  • La Librairie J.B. Ballière a enfin créé, presque depuis ses débuts, et en dehors d’autres revues de sciences naturelles, ou vétérinaires ou agricoles, toute une série de journaux médicaux. Ainsi, jusqu’en 1914 :
  • Journal des connaissances médico-chirurgicales, 1834-1839;
  • L’expérience, journal de médecine et de thérapeutique, 1839;
  • Journal hebdomadaire de médecine ; Annales d’hygiène publique et de médecine
    légale ; Archives générales de médecine ; Bulletin de laryngologie, otologie et
  • rhinologie ; Revue moderne de médecine et de chirurgie ; Tribune médicale (1867-1914) ; Annales de médecine légale, Criminologie et Police scientifiques (BALTHAzARD), Archives des maladies du coeur (VAQUEZ, 1908), Paris Médical (GILBERT, 1910), Le Nourrisson (MARFAN, 1912), Gaz de combat (1915).

Toutes ces revues médicales ont été fondées à une époque où elles étaient relativement rares, alors que de nos jours leur nombre s’accroît en fonction de la multiplication des disciplines médicales et des foyers de recherches valables qui font constamment progresser les sciences médicales, rendant rapidement caducs les livres. Aussi, la Maison J.B. Baillière, qui a fait office de précurseur pendant tout le XIX’ siècle, en perpétuelle réadaptation, publie actuellement diverses revues spécialisées, mais fidèle à elle-même, elle a dans le secteur du journalisme médical, comme fleuron, La Revue du Praticien qui embrasse successivement tous les sujets, et qui avec plus de 50 000 abonnés est la plus importante revue de langue française ; de plus, nouvelle adaptation devant l’audience moindre de la langue fran­çaise, elle publie parallèlement ses principaux articles en langue arabe et, depuis peu, aussi en langue portugaise, surtout destiné au corps médical brésilien.

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