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Pereira Ana Leonor, Rui Pita João. Charles Lepierre au Portugal (1867-1945). Son influence décisive sur la santé publique, sur la chimie et sur la microbiologie. In: Revue d’histoire de la pharmacie, 88e année, N. 328, 2000. pp. 463-470.

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PREMIÈRES PAGES

INTRODUCTION

Charles Lepierre est né à Paris, le 12 novembre 1867. Ayant terminé son enseignement primaire en 1881, il entre la même année à l’École Turgot (Paris). Il reçoit de nombreuses distinctions et s’intéresse surtout aux sciences physiques, chimiques et naturelles. Il s’inscrit ensuite à l’École de physique et de chimie industrielles de Paris où il termine son cours d’ingénierie chimique en 1887. Ce fut un excellent élève. Curieusement, il eut un professeur portugais, Roberto Duarte Silva, pharmacien, mais qui s’est toujours consacré à la recherche et à l’enseignement de la chimie, en développant son activité surtout en France. Il est parfaitement concevable que Roberto Duarte Silva ait influencé Charles Lepierre pour travailler au Portugal.


De la France au Portugal

En 1888, Charles Lepierre se retrouve à Lisbonne pour exercer les fonctions de chef des travaux pratiques de chimie à l’École polytechnique et de préparateur à l’Institut industriel de Lisbonne. Le Portugal était un pays fortement influencé par la science française. En effet, ce pays était avant tout récepteur et reproducteur du savoir scientifique et technologique conçu dans des pays plus développés, comme la France. Charles Lepierre est allé au Portugal dans le but d’enseigner, de développer certaines institutions et d’avoir une production scientifique, et il y parvint parfaitement.

Charles Lepierre et l’Université de Coimbra

En 1889, Charles Lepierre quitte Lisbonne et s’installe à Coimbra. Il choisit cette ville car c’est la seule qui ait une université, fondée en 1290 par le roi D. Dinis.

La venue de Charles Lepierre à Coimbra est perçue comme la rénovation des arts et des offices qui se préconisait alors à Coimbra. D’ailleurs, cette rénovation a stimulé la venue de Français, d’Allemands et d’Italiens pour dynamiser les arts et les offices. Dès son arrivée, Charles Lepierre est nommé professeur de l’Institut industriel de Coimbra – École Brotero. En 1891, il assume la responsabilité de préparateur et chef des travaux pratiques du cabinet de microbiologie de la Faculté de médecine de l’Université de Coimbra.

En 1897-98, Charles Lepierre crée à l’Université de Coimbra le premier cours de chimie biologique. Entre 1904 et 1909, il est professeur de médecine sanitaire, et collaborateur dans le service de la Faculté de médecine de l’Université de Coimbra jusqu’en 1911. Il réalisa à Coimbra divers travaux dans le domaine de l’analyse chimique et de la microbiologie, qui marquèrent le développement de l’hygiène et de la santé publique. Charles Lepierre a eu l’opportunité d’analyser une quantité impressionnante d’eaux, surtout du point de vue chimique. Il est devenu un modèle dans l’application de la chimie et de la microbiologie à la santé publique. Il a également prêté beaucoup d’attention aux analyses biologiques qu’il a étudiées à l’Université de Coimbra. Ce fut le premier à enseigner la chimie biologique, donnant des cours aux élèves des Facultés de médecine et de philosophie naturelle à l’Université de Coimbra, entre 1897 et 1898. Cette expérience est à l’origine de la création, en 1902, du Laboratoire de microbiologie et de chimie biologique. Ce laboratoire résultait d’une restructuration du Cabinet de microbiologie préexistant, créé en 1882 par Augusto Rocha, professeur de la Faculté de médecine de l’Université de Coimbra, le premier microbiologiste portugais et grand défenseur des doctrines de Pasteur. Charles Lepierre fut le chef des travaux de ce laboratoire, depuis sa fondation jusqu’à son transfert à Lisbonne en 1911.

Charles Lepierre a développé à l’Université de Coimbra des travaux pionniers de microbiologie et d’analyse chimique appliqués à la santé publique. C’est ainsi qu’il fut chargé de diriger un cours pour les élèves de 3e année de la Faculté de médecine de l’Université de Coimbra sur les analyses d’urines, et qu’il put analyser des centaines d’échantillons. Durant son séjour à Coimbra, il a conjugué la recherche avec l’application de ses travaux au profit de la communauté, principalement la population de Coimbra, en ayant toujours en tête la perspective sanitaire publique. C’est ce qui apparaît, par exemple, dans le remarquable travail qu’il a réalisé en collaboration avec le pharmacien Vicente Seiça sur l’analyse des eaux de la ville de Coimbra. Selon Charles Lepierre, les résultats présentés étaient « fondés sur les principes sains de l’hygiène » et sur la « concordance de ces derniers avec une partie des travaux bactériologiques déjà faits, ce qui est en accord avec l’opinion de chimistes, de bactériologistes et hygiénistes très connus »

Ses préoccupations en matière d’éducation sanitaire et son intérêt pour la préservation de la santé publique, ont aussi été une constante de son activité ; on le remarque à travers la citation suivante concernant les microbes : « Ce n’est pas avec des mesures de police que nous pouvons faire une bonne prévention. Celle-ci dépend de l’éducation générale. »  Charles Lepierre savait très bien que la microbiologie et l’analyse chimique appliquées à la santé publique devaient constituer un objectif politico-pédagogique, intégrateur des dimensions scientifique, technique et administrative du problème. La santé publique était, pour Charles Lepierre, un chapitre de la médecine qui s’articulait avec des questions d’ordre politique et social, avec des implications directes sur la prospérité sociale et économique des nations. C’est ce qu’il ressort, par exemple, de ses propos relatifs à la maladie du sommeil. Cette maladie « préoccupe tous les pays coloniaux du fait du grand nombre de victimes dans la population noire, constituant ainsi un problème économique de grande envergure pour l’agriculture et pour l’industrie des possessions européennes en Afrique ». L’auteur montre la relation directe entre cette maladie et les difficultés économico-sociales des populations et des pays colonisateurs comme ce pouvait être le cas pour le Portugal.

Ses écrits sur le méningocoque révèlent sa facette de chercheur. Ainsi, par exemple, dans son travail Subsidio para o estudo do meningococco. Virulencia, toxina, immunisaçâo, sow anti-meningococcico (la Memoria) 7, Charles Lepierre souligne l’intérêt de la recherche sur le méningocoque pour l’évaluation des pathologies provoquées par ce micro-organisme. Entre 1901 et 1902, il étudie à Coimbra vingt-cinq cas de méningite épidémique primitive. Enfin, dans les mêmes travaux, il aborde la « virulence du méningocoque ordinaire de Weichselbaum » et « l’obtention d’un sérum préventif, antitoxique et curatif ».

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