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BULLETIN DE LA SOCIETE DES SCIENCES HISTORIQUES ET NATURELLES DE L‘YONNE Année 1919. Par Paul Malaquin, ancien pharmacien aide major à l’Armée d’Orient

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INTRODUCTION

La guerre apporte avec elle de terribles fléaux et crée de dures nécessités. Cependant, cette calamité peut être un puissant agent de rénovation; chez les peuples les plus civilisés, elle surexcite les activités, anéantit les routines. Chez d’autres, qui sont moins avancés, elle fait pénétrer la civilisation. Il n’est pas de pays auquel ces considérations puissent mieux s’appliquer qu’à la Macédoine. Cette contrée a beaucoup souffert de la guerre et bien des villes portent et porteront longtemps encore les traces de la barbarie teutonne ou turco-bulgare. Par contre, les régions occupées par les Alliés ont peut-être connu pendant la guerre les meilleurs moments de leur histoire. Il est hors de doute que la présence des Alliés en Macédoine ait beaucoup fait avancer la civilisation du pays.

II y a trois ou quatre ans, la Macédoine était fort mal connue en Occident; les voyageurs qui se hasardaient a visiter ce pays s‘accordaient tous a dire qu’on n’y était eu sûreté nulle part Le régime de la propriété était organisé de façon a supprimer toute activité chez le travailleur. Les habitants étaient pillés et rançonnés, parfois même assassinés, par des bandes de comitadjis. Ils vivaient peureusement au fond de leurs villages, d’une vie végétative et, comme leur pays est dépourvu de routes, ils étaient presque sans relations entre eux.

Aujourd’hui, grâce a la collaboration des Alliés, la sécurité est revenue, lé calme renaît, et la défiance, sentiment bien naturel a des populations qui ont beaucoup souffert, disparaît peu a peu. Les populations macédoniennes se rendent certainement compte que toutes les guerres ne sont pas les mêmes, et surtout que tous les bélligérants ne se ressemblent pas. Elles en- ont connu qui ne laissaient sur leur passage que des ruines, la désolation et la mort. Aujourd’hui, elles en connaissent qui, au lieu de détruire, créent, enrichissent et concilient les nécessités de la guerre avec celles de la civilisation.

Les Macédoniens ont eu sous les yeux trop d’exemples vivants des résultats que peuvent produire l’intelligence et l’initiative, pour n’avoir pas à cœur de continuer l’œuvre entreprise par leurs Alliés d’Occident. Pour leur permettre d’apprécier le chemin parcouru, il faudrait mettre sous leurs yeux les deux tableaux de la Macédoine en 1914 et en 1918. Cette belle tâche civilisatrice a été accomplie par l’Armée, concurremment avec l’œuvre purement militaire. Les chefs qui en ont tracé le plan, et la foule anonyme des soldats qui l’ont menée à bien, ont droit a toute notre reconnaissance. Une tâche analogue a été réalisée par les autres armées alliées, toutes animées de l’esprit libéral et civilisateur des grandes nations d’Occident.

Aucun pays au monde, mieux que la France, n’incarne cet esprit de progrès et de liberté, mélange de sens pratique et d’idéalisme. En Macédoine, la France a montré la netteté de conception qu’on lui reconnaît et elle a fait preuve d’une capacité de réalisation que désormais on ne pourra lui contester. Exposer la part prise par la France dans l’œuvre de rénovation de la Macédoine, c’est dire quels sont les bienfaits qui résultent du séjour des Alliés en Orient; c’est inviter les Macédoniens à profiter des enseignements qu’ils leur ont donnés et à continuer à collaborer avec eux à l’avenir.

LES EAUX

Quand les troupes françaises arrivèrent en Orient, la question la plus importante a résoudre fut celle des eaux. La Macédoine ne manque pas d’eau; mais lorsqu’il s‘agit d’approvisionner d’eau potable toute une armée, hommes et bêtes, de leur permettre de se laver, cela devient un problème complexe. Les régions montagneuses renferment de nombreuses sources; on en trouve même dans la boucle de la Cerna, malgré sa réputation désertique; la plaine recèle également d’abondantes nappes souterraines; mais ni les sources ni les nappes ne sont utilisées. Jusqu’à ces dernières années, la plupart des indigènes se contentaient de l’eau croupissante de puits mal entretenus et de l’eau boueuse de certains cours d’eau; d’autres, plus dédaigneux, comme je l’ai vu au petit village de Bukri, sur la Cerna, clarifiaient (?) leur eau par une filtration illusoire a travers une petite couche de sable grossier.

Voici comment ils opéraientî sur les bords du cours d’eau, dans un endroit où l’eau recouvrait le sable de quelques centimètres seulement, ils creusaient un ou plusieurs trous à la main, en rejetant le sable sur le pourtour, de facon a ce que la circonférence formât bassin. Ces filtres, on ne peut plus primitifs, d’environ 80 centimètres de diamètre et de 15 a 20 de profondeur au milieu, donnaient évidemment une eau un peu plus agréable à l’œil, mais tout aussi souilléé que celle qui coulait a côté

En résumé, il y avait donc tout a faire ou a peu près, au point de vue des eaux; il n’y avait ni la quantité ni la qualité. Il fallait capter des sources, faire affleurer, emmagasinér et distribuer les eaux profondes. Tout cela a été fait, et les formations militaires de l’avant et de l’arrière ont eu de quoi satisfaire leurs besoins normaux; les points les plus déshérités ont été ravitaillés soit par des canalisations, soit par des voitures-réservoirs.

Toutes les eaux ont été analysées par des pharmaciens de l’Armée, et chaque installation a été pourvue d’un disque indicateur;

  • Blanc; eau potable.
  • Blanc- rouge; eau douteuse.
  • Rougeî eau mauvaise.

La Macédoine est maintenant assez largement munie de bornes fontaines, de puits et d’abreuvoirs. Les hôpitaux, les camps, les cantonnements, les boulangeries, ont la quantité d’eau nécessaire. Des lavabos, des douches ont été installés à peu près partout Dans les endroits où le terrain s’y prêtait, les «puits instantanés» ont été beaucoup utilisés. Des réservoirs métalliques de 5 a 6 mètres cubes ont été établis dans les régions les plus montagneuses.

Des villes comme Koritza, Monastir, Florina, Pogradec, ont même été dotées d’organisations complètes. Actuellement, environ 600 sources ont été captées ou protégées contre les souillurés du dehorsî 240 puits ont été creusés, plus de 4.000 lavabos, lavoirs ou abreuvoirs ont été installés; 1.000 réservoirs ont été utilisés. Ces travaux et cette installation ont nécessité 220 kilomètres de tuyaux. A l’arrière, où les agglomérations étaient très denses, le manque d’eau se faisait sentir plus  impérieusement encore.

A Salonique. Par exemple, lorsqu’on décida d’installer un grand nombre d’hôpitaux, l’eau ne put être trouvée à proximité ; les puits de surface ne donnaient qu’une eau rare et contaminée ; les puits profonds n’auraient probablement donné aucun résultat a cause du voisinage de la mer. L’eau des quelques sources qui alimentent le ruisseau qui passe au pied de la montagne de Kapudjilar. N’aurait pas suffi aux besoins, le débit total étant d’environ un litre et demi à la seconde. C’est alors qu’on songea a utiliser un affleurement important, donnant 25 litres d’eau a la seconde, en saison d’été, mais situé a 11 kilomètres de Salonique, sur les pentes du Hortiath et de la cote 400. A la limite des calcaires et des micaschistes, dans un ravin profondément encaissé, l’eau était facile à capter. D’ailleurs, aux époques romaine et byzantine, ces eaux avaient déjà été utilisées, car on a retrouvé des restes d’aqueducs remontant probablement à la fin du nie siècle et au début du IVe siècle.

En Décembre 1916, le général Sarrail approuva un projet d’adduction des eaux de cette région, projet rédigé par les services techniques de l’Armée d’Orient et, en 1917, les travaux étaient terminés. On peut juger par les détails suivants de l’importance du travail accompli ; un aqueduc en maçonnerie prend les eaux à leur point d’émergence; la traversée des ravins se fait a l’aide de siphons métalliques d’une longueur d’environ 2700 mètres; l’eau est ensuite refoulée dans une conduite épaisse, en tubes de 125mm.qui la mène à 2.600 mètres plus loin.

Là, un embranchement de 8 kilomètres 500 se détache sur Mikra, où se trouve un réservoir de 150 mètres cubes. Le reste de l’eau est amené à Kapudjilar où elle alimente un réservoir de 800 mètres cubes. Deux conduites partent de ce réservoir; l’une, la plus importante, alimente les hôpitaux et les? Diverses installations militaires, ainsi que l‘hôpital 7 et le parc automobile de réserve; l’autre alimente l’hôpital lyonnais, la villa Allatini, l’aviation et différentes formations militaires.

Au camp de Zeiténlik. Distant de 5 kilomètres de Salonique, on a remis en état des puits artésiens forés par les Turcs. On creusa un puits de grand diamètre qui, a l’aide d’une machine élévatoire, assure 600 mètres cubes par jour aux établissements du camp.

Lors de l’installation du port d’Itéa qui, concurremment avec Salonique, devait desservir la Macédoine, il fallut songer à remplacer l’eau des puits, qui était saumâtré et trop peu abondante, pour alimenter les installations militaires et les bateaux. L’eau fut captée à 1.500 mètres en amont de Delphes, a la source de Képhal0’Vrisso, 800 mètres au-dessous de la ville antique. On établit une canalisation de 9 kilomètres, et maintenant l’armée, la marine et les habitants de la ville ont, par jour, 600 mètres cubes d’eau potable à leur disposition. En dehors du bien-être matériel apporté par tous ces travaux, l‘hygiène y a beaucoup gagné, ce que démontre la diminution considérable des infections dysentériques et même typhiques, bien qu’il ne soit pas aussi facile de juger pour ces dernières, puisqu’il y a a tenir compte de la vaccination anti ‘ typhique.

LES ROUTES

A l’arrivée des Alliés en Macédoine, le réseau routier était dans un état plus que rudimentaire. Trois routes seulement existaient : celle de Sérès, celle de Jajladjik-Verria-Kosani et celle de Banica a la gare de Florina, et encore toutes trois se trouvaient-elles dans un état lamentable.

Tous les ouvrages étaient détruits, la chaussée était usée, parfois même inexistante; elle était coupée de ravins qui rendaient la circulation extrêmement difficile. Dans les régions marécageuses où la pierre fait défaut, il ne subsistait qu’une très vague piste praticable seulement pendant la période de sécheresse.

Les Alliés se mirent au travail; dès leur arrivée, ils commencèrent à réparer les voies existantes, de façon a pouvoir y faire circuler des véhicules lourdement chargés, ce qui nécessite des routes solidement construites et bien entretenues. Lorsque l’armée progressa, les routes suivirent la marche en avant. Ces travaux prirent une telle importance qu’on dut créer un service routier composé d’éléments militaires et de travailleurs civils. Alors la besogné alla vite. Des ponts, grands et petits, furent construits par centaines; du caillou fut amené de distances parfois très grandes, 10 a 12 kilomètres; d’énormes rouleaux compresseurs opérèrent le nivellement.

En moins d’un an, la première partie de la tâche fut accomplie ; le réseau existant était rectifié et mis en bon état. Sur toutes ces voies, naguère encore abandonnées, commencèrent à circuler tous les moyens de transport les plus variés, depuis l’âne, le mulet et le char à buffles jusqu’à l’énorme camion de 35 H. F., car au ravitaillement en vivres s‘ajoute le ravitaillement en munitions. La préparation de la moindre offensive demande de 100.000 à 200.000 obus pesant entre 7 et 45 kilos, c’est-à-dire de 700 à 2.000 tonnes. On conçoit aisément qu’un poids pareil ne puisse être transporté, à défaut de chemins de fer, que par camions automobiles sur une route praticable et solidement établie.

En Macédoine, il n’y a pas d’autres routes que celles que nos soldats ont construites de toutes pièces ou améliorées. Les indigènes n’emploient guère pour leurs déplacements que l’âne, quelquefois le cheval. Avant notre arrivée, les marchandises étaient transportées soit par des animaux chargés de bâts, soit par des chars a deux ou quatre roues, traînés par des bœufS ou des buffléS. Les chemins qui ne sont empiérrés que sur des fractions restreintes de leur parcours, sont fréquemment interrompus soit par des fondrières, soit par des ravins ou des torrents qu‘aucun pont ne franchit.

Les anciennes pistes, qui ont servi de tout temps a la circulation des animaux de bât et a celle des petits chars employés dans le pays, escaladént les montagnes, descendent dans les ravins, le plus souvent sans faire de lacets, traversent les rivières à gué ou sur des ponts à arche unique, de forme ogivale, de l’effet le plus pittoresque; elles sont donc impraticables pour nos voitures, même les plus-légères.

Nous avons donc été obligés de tracer et de construire des routes dans toutes les parties de la Macédoine que nous avons occupées. Cette construction a exigé un travail considérable. Nous avons dû surmonter de grandes difficultés techniques et matérielles provenant principalement des marais qui couvrent une grande partie du pays. Des milliers d’hommes, bataillons territoriaux, travailleurs civils volontaires ou réquisitionnés dans les villages, ont été sans relâche employés à la construction et à l’entretien des routes.

Tout en remettant en bon état les voies anciennes, on en amorça de nouvelles, si bien que depuis deux ans un réseau entièrement neuf a été construit. Son importance est considérable, puisqu’il atteint actuellement 900 kilomètres, rien que pour la partie construite par les Français. Si l’on compare la carte routière de la Macédoine en 1914 et en 1918, on demeure stupéfait de l’énormité du travail accompli.

Dans la zone de combat, que de routes, que de pistes, que de sentiers muletiers ! A l’arrière, que de grandes artères reliant-le front à l’intérieur de la Grèce, aux gares importantes et aux différents ports de la mer Egéé !

La nature tourmentée du pays opposait souvent au travail entrepris des obstacles Sérieux; la main-d’œuvre était relativement restreinte et les moyens matériels insuffisants. Certaines routes ont dû escaladér des pentes escarpéés comme celles de Vlacho-Klissura et franchir des hauteurs considérables comme les rochers de la Cerna, s‘élever même parfois jusqu’à plus de 1.600 mètres, comme, a Pisoderi.

Ces trois années de travail pénible auraient rendu jaloux les grands «routiers» de l’antiquité, si ceux-ci avaient pu voir avec quelle rapidité et- quelle maîtrise les Alliés construisent aujourd’hui des routes en Macédoine.

Cette œuvre sera certainement une des plus durables; elle modifiera d’une façon complète la situation de la Macédoine et constituera pour ce pays une acquisition d’un prix inestimable, car elle permettra l’exploitation de régions qui n’avaient aucune issue sur le dehors, si toutefois les Macédoniens sont assez intelligents pour entretenir les voies construites et pour les compléter par d’autres.

L’AGRICULTURE

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