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À l’époque médiévale, les foires étaient des lieux incontournables pour les échanges commerciaux et la sociabilité urbaine. Sillonnant l’Europe, les marchands y proposaient sur leurs étals les marchandises les plus variées.

Par Covadonga Valdaliso, historienne. Publié le 14/10/2021


Capture d’écran | Histoire et civilisations

Sur le modèle des halles de Paris, on érigea ainsi à Londres un marché couvert en bois baptisé « the Stocks », qui fut remplacé entre 1406 et 1411 par une structure en pierre à trois étages


Le Moyen Âge a connu un réseau très hiérarchisé de marchés et de foires, allant des tout petits marchés ruraux à l’échelle locale aux grandes foires internationales d’Angleterre (Winchester, Stamford), de Flandres (Bruges, Ypres, Lille), d’Italie (Milan) et surtout de Champagne. Les marchés et foires régionales des gros bourgs et des villes se tenaient souvent annuellement au moment de la fête du saint patron de la communauté. Ces lieux d’échanges essentiels se sont surtout développés après l’an mil grâce à une volonté seigneuriale, communale ou royale de sécuriser davantage les routes et d’assurer une protection des marchands. Avec les boutiques des villes, ils reflètent la vitalité qui fut celle du commerce médiéval. 

Un poète français du XIIIe siècle, Guillaume de Villeneuve, décrit ainsi ce qu’il vécut un jour en marchant dans les rues de Paris, où il ne pouvait faire un pas sans que marchands et petits commerçants ne lui proposent les produits les plus divers, allant du pain, des fruits et du vin à des chaussures, des vêtements ou des meubles. « Le nombre de marchandises à vendre est si considérable que je ne puis m’empêcher de dépenser ; et si je n’en achetais qu’un échantillon de chaque espèce, quelle que fût ma fortune, elle y passerait bientôt. J’ai ainsi mangé le peu que j’avais, et la pauvreté me tourmente. J’ai vendu jusqu’à mes habits, la gourmandise m’a dépouillé, et je ne sais plus que devenir, ni où aller. »


Dans l’effervescence des rues

Au Moyen Âge, on recense donc déjà des cas d’acheteurs compulsifs incapables de résister au chant des sirènes… Si nous pouvions nous transporter au Moyen Âge à Paris, Bruges, Londres, Venise, Anvers, Francfort, Cracovie, Leipzig ou Burgos, nos sens seraient d’abord surpris par les odeurs (la pire de toutes étant celle des abattoirs), puis par la rumeur produite par l’incessante effervescence des habitants déambulant dans les rues, par les chevaux, les bœufs, les animaux de basse-cour, les chiens, les voitures, les artistes de rue, les mendiants, les prédicateurs, les crieurs publics qui informaient d’une assemblée municipale ou lisaient un communiqué du roi ; enfin, par les vendeurs eux-mêmes, qui annonçaient leurs offres à la criée. C’est au milieu de ce brouhaha que se scellaient les ventes et les achats.

Si les bourgades ne disposaient que d’un marché hebdomadaire, fourni en produits locaux et fréquenté par des paysans, l’offre se diversifiait considérablement dans les grandes villes. Les grandes cités marchandes proposaient en effet une belle variété de produits : peaux, draps, céramiques, objets divers, fruits, légumes, céréales, pain, viande, bière, liqueurs, herbes médicinales et, dans certains endroits, du poisson. Les articles les plus chers étaient les produits importés, comme l’huile et le vin, mais aussi les soies, les laines fines, les parfums, les épices et le sucre.


À l’intérieur des boutiques

On pouvait aussi s’approvisionner directement dans les ateliers des artisans, charpentiers, tailleurs ou orfèvres. Ils se regroupaient en fonction de leur métier dans des rues qui prenaient le nom de leur corporation. Pour des raisons d’hygiène, les bouchers et les poissonniers furent les premiers à distinguer l’espace de vente des lieux de stockage, souvent un appentis. Cette structure à deux étages évolua peu à peu vers la boutique médiévale telle que nous la concevons, avec une partie supérieure en surplomb servant d’entrepôt, d’atelier ou de logement, voire les trois à la fois. Il était alors courant d’installer une trappe au niveau de cette avancée, pour permettre au propriétaire de regarder au-dehors lorsque des clients s’annonçaient. 

À la fin du Moyen Âge, les boutiques alignées dans les rues des grandes villes étaient souvent des locaux exigus en location. Les articles étaient vendus par une fenêtre faisant office de comptoir, notamment chez les boulangers, comme le montrent des illustrations d’époque. À l’intérieur des boutiques, le sol était revêtu de carreaux de faïence et un comptoir parallèle au mur servait à exposer la plupart des marchandises. Les étalages visibles à travers des fenêtres vitrées ne se généralisèrent qu’à partir du XVIIIe siècle.


Restauration rapide

Les grandes villes disposaient aussi de marchés permanents situés dans le centre, à proximité d’une église ou de la maison communale, ou bien en périphérie lorsqu’ils occupaient beaucoup d’espace. Les autorités élevèrent des constructions en dur, d’abord en bois, puis en pierre, destinées à abriter les commerçants. Sur le modèle des halles de Paris, on érigea ainsi à Londres un marché couvert en bois baptisé « the Stocks », qui fut remplacé entre 1406 et 1411 par une structure en pierre à trois étages. Au rez-de-chaussée se trouvaient les magasins d’alimentation, tandis que les étages supérieurs étaient réservés aux drapiers. Des chambres étaient destinées aux voyageurs de passage.

La couverture partielle ou totale d’un marché favorisait la conservation des produits. Les arcades, souvent pourvues de stores ou de volets, permettaient d’exposer les marchandises tout en les protégeant des intempéries. La coexistence d’espaces ouverts et fermés, temporaires et permanents, finit par définir l’essence même des marchés. Les stands de boissons et de « restauration rapide » (viandes cuites, ragoûts, confiseries, etc.) côtoyaient des tavernes et des auberges où se restaurer et dormir. 

Les marchés étaient donc à la fois des lieux de commerce et de sociabilité. Avec le temps, ils donnèrent naissance aux grandes places publiques. Les marchés médiévaux étaient ainsi fréquemment pourvus d’un pilori. Aux heures de plus forte affluence, les petits délinquants y étaient livrés aux insultes et aux plaisanteries des passants qui leur jetaient de la boue, des déchets ou des aliments pourris. Les autorités se contentaient d’interdire les jets de pierres ou d’objets tranchants. 


La concurrence de Paris

Enfin, les villes d’envergure disposaient de foires. L’Europe entière se retrouvait ainsi dans celles de Champagne aux XIIe et XIIIe siècles : les Flamands venaient y vendre des draps et des toiles ; les Italiens, des soieries, des épices et des produits de luxe ; les Allemands, des fourrures et des cuirs. Elles se déroulaient en trois temps : la montre (l’étalage des marchandises), la vente et les paiements, qui pouvaient être différés. 

À partir du début du XIVe siècle, les foires de Champagne déclinèrent à cause de la très forte concurrence de Paris, qui comptait en effet trois foires depuis le XIIIe siècle, dites des Champeaux, de Saint-Germain et du Lendit. Cette dernière, la plus importante, durait 14 jours, du 11 au 24 juin. D’autres raisons ont aussi contribué à ce déclin : l’affirmation de Bruges comme place de change, l’installation des Italiens dans les grandes villes drapantes de Flandres où ils achètent directement les étoffes, l’ouverture de nouveaux cols alpins modifiant les itinéraires des marchands, l’essor de l’espace économique allemand, l’installation de la papauté en Avignon en 1309, et, finalement, une progressive sédentarisation des marchands.  

Auteurs : Covadonga Valdaliso, historienne

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