via medarus


Gui de CHAULIAC
1298-1368
Chirurgien, docteur en médecine français

Le XIIe siècle est le grand siècle des universités, communautés juridiques de maîtres et d’étudiants.  A Montpellier il reste du passage de célèbres étudiants des traces précieuses comme les signatures de Guy de Chauliac, Arnaud de Villeneuve, Pétrarque, Nostradamus et même Rabelais !

Guy de Chauliac naquit dans une modeste famille paysanne des Monts de la Margeride vers 1298 à Chaulhac, commune du canton de Malzieu en Lozère, sur la bordure sud-ouest du Massif Central. Il apprend le latin auprès du curé de la paroisse qui décèle en lui une intelligence et une capacité d’observation hors du commun. C’est par reconnaissance que la châtelaine de Mercœur l’envoie étudier la médecine dans les facultés du Languedoc à Toulouse puis à Montpellier où il devint Magister en Médecine en 1325. A partir de cette date, on le voit fréquentant les différentes « Universités » européennes : Toulouse, Bologne, Paris. A Bologne et Paris il apprend la médecine et non la chirurgie alors dévolue aux barbiers, mais il y découvre les travaux d’anatomie des médecins grecs et judéo-arabes.


« Entre Montpellier et Bologne »

L’itinéraire intellectuel de Mondino di Luzzi (1276-1328) et Guy de Chauliac (1298-1368), deux importants médecins du XIVe siècle, illustre l’existence de liens doctrinaux et académiques entre la faculté de médecine de Montpellier et le Studium médical de l’université de Bologne.  C’est dès 1315 que Mondino di Luzzi décrivit les protocoles qu’il utilisait pour les autopsies des corps humains. Il rassembla ses remarques méthodiques dans un traité « Anatomia » qui fit autorité pendant deux siècles sur le sujet. Un an plus tard, les dissections furent pratiquées à Bologne dans un but didactique.  Niccolo Bertuccio, héritier et continuateur des idées et de la méthode anatomique de Mondino, fut le maître bolognais de Guy de Chauliac et représente le point de contact entre la tradition anatomique bolognaise et les écoles françaises de médecine. Guy de Chauliac propose dans sa « Chirurgia Magna » le modèle bolognais de la bipartition de la médecine en theorica et practica et place comme fondement théorique de l’acte chirurgical l’étude de l’anatomie, appris à Bologne selon la nouvelle méthode introduite par Mondino.

En 1340 le pape Clément VI prit pour l’époque une mesure révolutionnaire : il autorisa les autopsies publiques des pestiférés à Montpellier, afin de tenter de découvrir l’origine de leur mal. Cette mesure marque le début des dissections à but médical. Guy de Chauliac participe à des dissections de cadavres qui l’éclairent sur le corps de l’homme. C’est aussi dans les années 1340 que Guy de Chauliac écrivit « Inventorius sive Collectorium Partis Chirurgicalis Medicinae ». Son ouvrage est une compilation des auteurs grecs et arabes, des maîtres de Salerne et des chirurgiens de Bologne. Il sera repris dans une édition datée de 1363.

Guy de chauliac exerça son art au long du Rhône, à Lyon et en Avignon : Vers 1344 Guy de Chauliac se rendit à Lyon où il exerça en qualité de chanoine au monastère de Saint-Just et il y pratiqua la chirurgie dans l’infirmerie du couvent.

La peste

Elle est apparue dès le haut moyen-âge (entre 400 et 900) en Europe et dans les principautés belges, et disparaît de manière inexpliquée au VIIIme siècle. Après une absence de quatre siècles la planète toute entière va connaître quasiment 400 années d’épidémies de peste qui se renouvelleront de 1348 à 1721 avec une cadence plus ou moins constante de 3 à 4 épidémies par siècle écoulé. Tout les hommes de ce temps vont être confrontés au terrible fléau, dont on ne sait pas se protéger, car à l’époque on ne sait rien de sa cause et de sa propagation. Réapparue en Asie centrale en 1337, la peste laisse treize millions de morts après son passage en Chine. Dans les villes insalubres, les populations sous-alimentées résistent mal aux épidémies de peste, qu’une médecine balbutiante se révèle incapable d’enrayer.  En 1347, suivant les grands axes commerciaux, la peste détruit l’armée de la Horde d’Or qui assiégeait les génois dans Caffa en Crimée. De là, l’épidémie se propage en Sicile pour atteindre en 1348 la France et l’Espagne ; en 1349 elle se répand en Allemagne, en Europe centrale, en Angleterre, puis l’Ecosse et les pays scandinaves en 1350. Appelée couramment peste noire ou bubonique, à défaut d’être transmise par contacts directs avec le malade contaminé, elle est transmise et transportée par les puces des rats qui logeaient dans les cales des navires. C’est pourquoi les villes portuaires furent les premières atteintes par la maladie.  Nul n’est épargné par le fléau.

En 1348 Guy de Chauliac rejoint Avignon où il devient chapelain et médecin des papes Clément VI (1342-1352) – sur lequel il aurait procédé à une trépanation – Innocent VI (1352-1362) – qui le nommera chanoine de Reims – et Urbain V (1362-1370) – lozérien comme lui dont il fut aussi un ami très proche.
Guy de Chaulhiac arrive en Avignon en 1348, l’année où commence à sévir l’épouvantable épidémie de peste noire à laquelle il faillit succomber, mais dont il se guérit lui-même. Il étudia scientifiquement la maladie dont nous connaissons les manifestations cliniques grâce à ses écrits:

 » L’importante mortalité de la maladie pouvait survenir de deux façons:  La première, sévit pendant les deux premiers mois de l’épidémie, elle se manifeste par une fièvre continue qui s’accompagne d’hémoptysie, le malade meurt en trois jours; c’est la peste pulmonaire. La deuxième, pendant la suite de l’épidémie, se manifeste également par une fièvre continue et élevée puis apparaissent des hématomes, des abcès noirâtres (le sang infecté se répandait sous la peau ) et des tuméfactions ganglionnaires dans les aines et les aisselles sur les parties externes du corps et la mort survient en cinq jours; c’est la peste bubonique. On note des cas où des patients survivent et réussissent à surmonter cette forme pathologique de la peste.  On constate une grande cantagiosité spécialemnt en cas d’hémoptysies non seulement en rendant visite aux malades mais également en les observant de loin, cela pouvaut suffire pour passer d’une personne à une autre. »

La peste septicémique est une troisième forme que Guy de Chauliac n’a pas pu reconnaître car la septicémie était si rapide que les malades décédaient en quelques heures avec des symptômes cérébraux importants et hémorragiques diffus. Un tiers environ, sinon la moitié de la population disparut emportée par le fléau.

Ses soins ne parvinrent pas à sauver Dame Laure de Noves, la séduisante épouse d’Hugues de Sade, qui succomba à une peste pneumonique. Cet échec inévitable et quelques autres motifs personnels lui valurent l’inimitié haineuse et mesquine de Pétrarque qui lui réserva ses fameuses « Invectives contre un médecin ». L’illustre poète, que la solitude de la Fontaine de Vaucluse ne suffisait pas à apaiser, attaque avec autant de malveillance persévérante que de mauvaise foi « ce vieil édenté né dans les montagnes » qui fut pourtant un des plus grands et des plus dignes praticiens d son temps. Les qualités de son esprit, la noblesse de son caractère, s’expriment dans sa conception du médecin parfait qui doit être, selon lui, « lettré, expert, ingénieux, d’un haut moral, gracieux au malade, bienveillant à ses compagnons, sage en ses méditations, pitoyable et miséricordieux, non extorsionnaire d’argent mais recevant salaire suivant son travail et sa propre dignité ». Tout en Gui de Chauliac préfigure Ambroise Paré.

Médecin de grande renommée Guy de Chauliac sera consulté par le roi de France Charles V de Valois (1335-1380) ainsi que par Laure de Noves (1308-1348) – l’égérie du poête provençal Pétrarque -, Jean de Luxembourg – dit Jean l’Aveugle, roi de Bohême (1296-1346) vint le consulter à Montpellier. En 1353, il est chanoine avec prébende de Reims, puis abandonne ce poste en 1359, quand il est nommé Prévost du Chapitre de Saint-Just. En 1367, on retrouve Gui de Chauliac nommé Chanoine de Mende. Gui de Chauliac est décédé le 23 juillet 1368 près de Lyon (le lieu exact est inconnu) et est (très probablement) inhumé dans le cimetière des prêtres de Saint-Just. Gui de Chauliac publie en 1363 son œuvre maîtresse La Grande Chirurgie « Chirurgica Magna » qui est une adaptation de « Inventorium sive Collectorium artis chirurgicalis medicinae » déjà publié en 1340. Elle était également appelé Guydon (allusion populaire au prénom de Guy, Guydo en italien): « Guydonis de Caulia » ou « Guydo de Cauliaco ». Guy de Chauliac qui était familier avec le latin écrivit son ouvrage en cette langue. Mais il s’agit d’un latin dénaturé, mélange de latin classique et de mots français, provençaux, arabes, auxquels on donne simplement une désinence et une tournure latine. Le style reste cependant net et concis, sa description pittoresque. Il a sans doute fait faire des copies manuscrites et des traductions de son vivant, en français et en provençal. Le manuscrit français de Montpellier est une copie qui pourrait être l’œuvre de Guy de Chauliac lui-même.

Quand à l’ordre que Guy de Chauliac a suivi dans ses descriptions, il dit que l’étude de la chirurgie comprend trois parties :

-la première, savoir les lieux de son sujet, c’est à dire l’Anatomie;

– la seconde, savoir amener la fin requise aux lieux du sujet, rechercher la cause qui donnera l’indication curative, c’est la description des maladies; elle est répartie en cinq traités
• sur les Apostèmes,
• les Plaies,
• les Ulcères (aphtes…),
• les Fractures et dislocations,
• les Maladies spéciales (la langue et les dents, les amputations des membres gangrenés) ;

– la troisième partie, savoir les instruments avec lesquels on peut amener la fin requise au lieu du sujet (c’est à dire le moyen à employer pour guérir), c’est l’Antidotaire.

Il s’agit d’une sorte de catéchisme chirurgical par demandes et réponses qui sera utilisé par les étudiants jusqu’au XVIIIe siècle, qu’il dédia aux médecins de Montpellier – où il fit ses études -, de Bologne et de Paris. Il y révèle de très solides connaissances en anatomie: la déscription par Guy de Chauliac d’une des dissections que Mondino dei Luzzi et Niccolò Bertucco faisait à Bologne depuis 1315 est sans équivoque:

« selon ce que traicte Mestre Dimus de Bolongne qui sur ce ha escript et ha fait la anathomie maintes fois. Et mon mestre, Mestre Bertuces, par ceste maniere il asseoit homme mort sur ung banc et en faisoit quatre lessons: les membres nutritifz, les membres espirituelz, les membres qui ont ame. En la quarte, il tratoit des extremités »

– Il y étudie les diagnostics différentiels des hernies (varicocèle, hydrocèle, sacrocèle) et décrit l’intervention pour la cure radicale de la hernie.
– Il discute de l’anatomie des dents et de leur éruption et fait une liste des maladies des dents, de leur traitement et de la prévention par l’hygiène dentaire; il recommande de se laver les dents avec du vin ou du vin mélangé à du poivre et de la menthe comme dentifrice. il décrit le davier et son utilisation. Guy de Chauliac est le premier à utiliser le terme de « dentateur » et « dentistes » qui sera repris par les anglais.
– Il décrit le traitement des fractures des os utilisant des bandages et des poids, et la contention par bande élastique.
– Il préférait la cautérisation à l’extirpation.
– Il décrit les excisions des tumeurs superficielles, les infiltrations au sens étymologique (passage d’un liquide au travers d’un tissu…),
– Il analyse de nombreuses recettes dites « endormitives » à base de mandragore, opium, ciguë, laitue, etc. et les façons pour le chirurgien d’éviter les douleurs en utilisant la phytothérapie
– Il écrit que la nourriture ne doit pas être mangé trop chaude ni trop froide, qu’il ne faut pas se servir des dents comme des pinces coupantes ou manger des sucreries.
– Il évoque différents médicaments contre la mauvaise vision, opère les cataractes mais ajoute : »Si cela ne marche pas, il faudra que le patient utilise des lunettes ».

Guy de Chauliac annexa à son ouvrage la version latine de l’ouvrage d’Abulcasis (936-1013) Al-Tasrif, afin que les étudiants puissent bénéficier des connaissances de cet éminent médecin arabe. Son traité sera édité et imprimé pour la première fois par Nicolas Panis, en français, à Lyon, en 1478, sous le titre: « Guidon de la Pratique en cyrurgie »; de nombreuses éditions suivront (en latin, en français, en italien, en hollandais, en catalan et en anglais) soit en totalité 129 éditions.

C’est le premier traité donnant un aperçu complet de toutes les connaissances médicales et chirurgicales du XIVème siècle. Cet ouvrage servira de référence en chirurgie et anatomie aux étudiants, il connut d’innombrables éditions puisqu’il fut réédité jusqu’au XVIIIème siècle. Les autres ouvrages de Guy de Chauliac sont des « libelli » (petits traités), sur l’astrologie, la cataracte, la hernie et la peste.

Il avait su mettre la chirurgie à la portée des chirurgiens, aussi durant trois siècles, son livre sera traduit dans toutes les langues et sera partout l’ouvrage classique par excellence, rendant ainsi toutes les nations tributaires de la France. Il est certain qu’il aura une très heureuse influence sur les chirurgiens de son époque, qui chercheront à s’instruire le plus possible pour se distinguer des barbiers et se rapprocher des médecins.

Guy de Chauliac est le chirurgien le plus éminent du XIVème siècle, il a révolutionné l’esprit médical de son temps et mérite le nom de « Père de la Chirurgie Moderne. »


source : – La Grande Chirurgie de Guy de Chauliac par Edouard Nicaise Félix Alcan Editeur 

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