L'OR DU MONDE La France et la stabilité du système monétaire international 1848-1873
L’OR DU MONDE La France et la stabilité du système monétaire international 1848-1873. Marc Flandreau 2004, Broché: 368 pages Editeur : Editions L’Harmattan (19 mars 2004) Collection : Etudes d’economie politique

Quatrième de couverture

Pendant le quart de siècle qui s’étend entre le début de la ruée vers l’or et l’émergence du gold standard, le système monétaire international connut de profondes mutations liées à l’extrême pression que créa le triplement, en moins de vingt ans, du stock d’or mondial. Les économistes annoncèrent l’explosion imminente des structures monétaires et financières internationales, une inflation record, la ruine des créanciers, et proposèrent en conséquence des solutions pour isoler les systèmes nationaux contre l’inflation californienne. Pourtant, ce choc massif fut absorbé sans que la stabilité du système mondial soit remise en cause. Ce livre propose une interprétation de la facilité avec laquelle les ajustements se sont réalisés : c’est par l’intégration des circuits monétaires et financiers internationaux régulés par le stock monétaire français, complément indispensable de l’édifice de crédit opéré par la Grande-Bretagne, que les économies européennes ont pu absorber sans difficulté le choc considérable que représenta la ruée vers l’or. L’épisode offre donc un contre-exemple aux doctrines contemporaines qui affirment que la mondialisation exacerbe la fragilité du système monétaire international. Situé au confluent entre la théorie et l’histoire économique, cet ouvrage démonte l’horlogerie d’un système monétaire dont les rapports avec des régimes plus récents sont riches d’enseignements, car les problèmes du fonctionnement du système monétaire international, des enjeux qu’il soulève, et des solutions qu’il appelle sont aujourd’hui comme hier à l’ordre du jour.


INTRODUCTION

Structures monétaires internationales 1848-1873 :
le règne du métal.
Le système monétaire international 1848-1873 :
polycentrique ou centralisé ?

Les pages qui suivent analysent le fonctionnement du système monétaire international pendant la période qui s’étend entre les premières découvertes d’or en Californie, en 1848, et le courant de la décennie 1870. Notre thèse centrale sera de démontrer que ces années lurent dominées par l’interaction entre plusieurs blocs monétaires au milieu desquels l’économie française jouait le rôle de pivot

Cette conception va à l’encontre des descriptions traditionnelles de l’histoire monétaire de la période. Les économistes comme les historiens tendent en général à mettre la Grande-Bretagne sur le devant de la scène, au point de confondre la chronologie mondiale et la chronologie anglaise : par exemple, selon Anna Schwartz, l’âge d’or du Gold Standard remonterait à 1821, date à laquelle la Banque d’Angleterre, quelques années après la fin des guerres napoléoniennes, reprit ses paiements en métal jaune.

Cette analyse, peut-être justifiée pour la fin du XIXe siècle, lorsque se généralisa la pratique, dans les banques centrales continentales, de détenir des créances sur Londres comme composante active de leurs réserves, est cependant beaucoup plus douteuse dès lors qu’on aborde la période antérieure à 1880. En effet, au moins jusque dans les années 1870, les réserves des instituts d’émission étaient presque exclusivement constituées de métal précieux : on voit mal dès lors comment la Grande-Bretagne, avec un peu plus d’un dixième seulement des encaisses métalliques des pays industrialisés, aurait pu exercer une influence purement unilatérale sur les autres nations – d’autant qu’elle n’utilisait que l’or, alors que l’argent représentait plus de la moitié de la circulation mondiale.

De la même façon,de nombreux auteurs ont considéré que l’homogénéisation du système monétaire international sur la base de l’étalon or, à la fin du XIXe siècle, revêtait un caractère de fatalité, comme si la généralisation du régime anglais était une nécessité économique. Il est vrai qu’il y a eu convergence vers le modèle britannique, comme il est vrai que le métal jaune était le fondement de la livre sterling. Mais de là à identifier la supériorité britannique à l’or ! N’est-ce pas un peu fétichiste ?

Or œ fétichisme, qui n’est pas sans évoquer d’autres controverses sur le retard du continent, a une longue tradition. Les économistes du XIXe soutenaient en général que l’or constituait en soi une monnaie supérieure, et que les autres étalons (dans l’ordre croissant le fer, le bronze, l’argent) étaient autant d’étapes sur une route qu’avait tracée la Grande-Bretagne. C’était, si l’on veut la Théogonie d’Hésiode revue par la révolution industrielle. Pour Marx, par exemple, « le fer compte chez les noirs comme mesure,. mais les coquillages, etc.. correspondent mieux à la série dont les éléments derniers sont l’or et l’argent ». Dans le même esprit, l’argent était selon Parieu le métal « des peuples înférieurs », ou selon le statisticien Soetbeer, celui des « nations barbares ». Pour Laughlin [1896] enfin, le passage du métal blanc au métal jaune était un progrès inévitable,au même titre que l’abandon du roulage au profit de la machine à vapeur. On pourrait multiplier les citations à l’infini. Ce qui dans cette conception étonne le le plus, ce n’est pas son positivisme naïf et charmant, mais plutôt qu’elle ait été par la suite abondamment reprise (par exemple Cooper [1982] et Redish [1990]).

Car cette vision linéaire du développement monétaire et financier devient particulièrement inadéquate lorsqu’on adopte un regard mondial : elle suppose que chaque histoire nationale peut être écrite sans prendre en compte les interactions avec les autres pays, que chaque expérience particulière peut avoir un sens propre, détaché de l’évolution générale et de ses contraintes macro­ économiques. L’Angleterre pouvait bien être un « modèle » pour ses concurrents zélés. Elle n’était cependant dans le système monétaire international qu’un acteur parmi d’autres, certes important, mais tout à lait incapable d’exercer une influence unilatérale sur les autres nations. Il paraît donc plus prometteur d’étudier les trajectoires nationales comme faisant partie d’un ensemble complexe et interactif, plutôt que d’en juger à l’aune particulière du Royaume-Uni.


 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :