source : http://whc.unesco.org/fr/list/1008

Paysage archéologique des premières plantations de café du sud-est de Cuba

Les vestiges des plantations de café du XIXe siècle, au pied de la Sierra Maestra, constituent un témoignage unique d’une forme novatrice d’agriculture en terrain difficile. Ils éclairent l’histoire économique, sociale et technologique de la région Caraïbes-Amérique latine.

Paysage archéologique des premières plantations de café du sud-est de Cuba (Cuba) © Vincent Ko Hon Chiu
Paysage archéologique des premières plantations de café du sud-est de Cuba (Cuba) © Vincent Ko Hon Chiu

Valeur universelle exceptionnelle
Brève synthèse

Les premières plantations de café du sud-est de Cuba constituent un paysage culturel illustrant la production caféières coloniale du XIXe au début du XXe siècle. Celui-ci renferme  non seulement les vestiges architecturaux et archéologiques  de 171 anciennes plantations de café ou cafetales, mais aussi l’infrastructure pour l’irrigation et la gestion de l’eau, et le réseau de transport constitué de routes de montagne et de ponts qui reliaient les plantations entre elles et avec les points d’exportation du café. La topographie, dominée par les pentes abruptes et escarpées des contreforts de la Sierra Maestra, illustre l’ingéniosité des propriétaires de plantations (principalement d’origine française et haïtienne) dans l’exploitation de l’environnement naturel par la sueur et le sang de leurs esclaves africains. Le bien inscrit occupe une superficie totale de 81 475 ha dans les deux provinces de Guantanamo et Santiago de Cuba. Le grand parc national de Sierra Maestra  englobe la zone du bien inscrit situé à Santiago de Cuba.

Les plantations présentent divers états de conservation allant de la maison de planteur restaurée à  La Isabelica, aux ruines de plantations qui ne sont que des sites archéologiques. Typiquement, les plantations comprennent la maison du planteur, la terrasse de séchage, les aires de production pour la moulure et la torréfaction, et les quartiers des esclaves. On trouve d’autres dépendances, comme des ateliers, dans les plus grandes plantations. Le système de traitement du café  par dépulpage par voie humide, développé exclusivement par les Français dans cette zone, exigeait une infrastructure hydraulique spécifique de citernes, d’aqueducs et de  viaducs qui sont encore visibles dans le paysage. La  végétation qui reste montre l’intégration de la culture du café à l’ombre des forêts naturelles ou des arbres fruitiers ainsi que des jardins à la française intégrant la flore locale.

Critère (ii) : Les vestiges des plantations de café du XIXe et du début du XXe siècle dans l’est de Cuba sont les témoignages uniques et éloquents d’une forme d’exploitation agricole de la forêt vierge, dont les traces ont disparu dans les autres parties du monde.

Critère (iv) : La production caféières dans l’est de Cuba au XIXe et au début du XXe siècle a créé un paysage culturel unique, illustrant un stade important du développement de cette agriculture.

 Intégrité

Le paysage des premières plantations de café du sud-est de Cuba est resté intact principalement grâce au fait que la région a été presque abandonnée au début du XXe siècle, parce que les techniques  traditionnelles de culture du café de cette région pouvaient de moins en moins rivaliser avec les nouvelles méthodes adoptées ailleurs en Amérique latine. La vaste zone que couvre  le bien inscrit, avec 171 plantations sur plus de 800 km2, a permis la préservation d’un paysage culturel destiné à la production du café, allant du niveau agricole à son traitement, et des routes, des sentiers et des ponts qui reliaient le produit au marché. Les plantations individuelles comprennent la maison du planteur (souvent inspirée de traditions basques), des aqueducs, des minoteries, des cuves de fermentation, des hangars de séchage  et des baraques.

Les menaces actuelles qui pèsent sur le bien inscrit sont principalement dues à son statut de site archéologique en grande partie abandonné et à la reconquête du paysage par la nature. Des efforts ont été entrepris pour dégager et clôturer les plantations afin de les protéger contre les intrusions. La région est une zone tectonique active avec un historique de tremblements de terre. A l’avenir, cette zone peut être soumise à une menace croissante du fait d’un tourisme incontrôlé et de  l’exploitation des ressources naturelles, bien que la majorité des biens culturels soient actuellement peu accessibles en raison de leur isolement. Des menaces supplémentaires peuvent venir des effets possibles du changement climatique sur les plantations de café, en particulier la sécheresse. 

Authenticité

Les cafetales au sein de la zone inscrite illustrent une histoire riche et complète d’une ère de l’industrie agricole avec d’importants éléments culturels. Les vestiges incluent des exemples de systèmes ingénieux d’aqueducs et de viaducs ainsi que des citernes et des moulins utilisés pour le dépulpage des baies par voie humide, nécessaires à la production du café.  Les propriétaires de plantation étaient généralement d’origine française ou haïtienne et ont créé une culture régionale distincte par leur musique, leur danse et leur gastronomie qui se perpétue jusqu’à aujourd’hui.

L’authenticité du  processus de restauration est maintenue grâce à des excavations minutieuses et à l’étude d’une cinquantaine de sites archéologiques liée à un examen de la documentation écrite tels que les testaments, les journaux et  les récits de voyageurs, qui se trouvent  dans les archives cubaines et françaises.

Les plantations abandonnées se trouvent dans des états de restauration variables. Même si  les plantations ont des caractéristiques communes, chacune est distincte avec ses propres éléments.

Les projets de restauration entrepris dans diverses plantations s’appuient sur une  recherche archéologique et documentaire détaillée et utilisent des matériaux et des techniques authentiques. Ces projets ont inclus dans les années 1960 le développement du musée La Isabelica, et plus récemment la maison du planteur au musée de la plantation de Ti Arriba et le jardin à San Juan de Escocia. Une partie de l’infrastructure routière originale a été améliorée  mais  la plupart des chemins gardent leur  forme originale de simples  pistes et sentiers muletiers.

Eléments requis en matière de protection et de gestion

Les composants du bien inscrit sont la propriété du gouvernement cubain à travers diverses institutions du Ministère de l’Agriculture (MINAGRI). Le gouvernement national prévoit la protection juridique et la conservation du système de ruines des colonies françaises des plantations de café par le biais de la Commission des monuments nationaux. Au niveau provincial, c’est la responsabilité des centres du patrimoine culturel provincial, avec la participation du Bureau du conservateur de la ville de Santiago.

Une protection législative solide est en vigueur dans la région, en particulier dans le grand  parc national de la Sierra Maestra (1980). Les plantations dans la province de Guantanamo bénéficient d’une protection spéciale dans le cadre de la réglementation sur l’aménagement du territoire de la zone de crête de la montagne Nipe-Sagua-Baracoa.

Les plans de développement du tourisme sont axés sur le contrôle du tourisme dans des zones définies par des sentiers où le transport motorisé n’est pas possible. Des initiatives supplémentaires, destinées à améliorer la situation socio-économique de la région, portent sur  le développement économique et des études sur l’utilisation des sols.

Exceptionnellement, le bien inscrit ne comporte pas de zone tampon, en raison de l’étendue du territoire couvert, qui renferme  171 plantations et le paysage qui les relie.

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