UN TEMOIGNAGE SERBE SUR LA FRANCE (cité par Victor Giraud)
La civilisation française (Giraud, Victor, 1868-1953), Publication date 1917, Publisher Paris : Hachette, p.52


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Ces pages étaient écrites quand M. Vesnitch, ministre de Serbie à Paris, présidant le 21 janvier 1916, la quinzième matinée nationale à la Sorbonne, a prononcé une émouvante allocution, dont j’extraie le passage suivant :

« Je me suis souvent demandé où était la source d’une affinité aussi fortement prononcée que celle existant entre les Français et les Serbes, malgré la différence si généralement admise de race, de langue et de religion et malgré une si grande distance, sans insister sur la grande dissemblance de l’histoire de nos deux peuples. Comment expliquer l’intérêt que votre grand pays nous a toujours porté, sinon par quelque chose d’impondérable plus fort que toutes les combinaisons politiques ?

« Et dans cette investigation, je suis retourné toujours à ma conviction que nous sommes mentalement, moralement, et même physiologiquement, beaucoup plus proches les uns des autres qu’on ne le pense. Je vais tout droit à ma conclusion : les uns et les autres nous devons la plus belle et la plus noble partie de notre mutuel être national à nos ancêtres celtes ; nous ne tenons de nos prédécesseurs d’autres origines que les traits d’ordre général, je dirai plus, animal.

« L’on ne dit pas en vain chez nous que « le sang n’est pas de l’eau », ce qui veut dire que la consanguinité finit toujours par se révéler. Elle se révèle dans des moments de joie et de succès ; mais elle se manifeste surtout aux époques de grandes épreuves.

« L’Histoire n’a pas encore connu de tendresse plus touchante ni plus belle que celle que je vois chaque jour et avec laquelle tous les Français chérissent en ce moment tout ce qui est serbe.

« Ce qui nous sépare d’eux (les Allemands) et ce qui nous rapproche les uns des autres, c’est aussi ce beau sentiment de solidarité humaine, de compassion chrétienne. Il n’y a pas de misère humaine, — elle a pu se produire dans n’importe quel coin du monde, — qui n’ait retenti dans votre noble cœur. Vous avez compati à toutes les atrocités : elles pouvaient s’appeler arméniennes, bulgares, grecques, serbes ; vous avez combattu pour la liberté de tous les peuples. Jamais un Allemand n’a eu un noble sentiment pour les souffrances des autres nations ! L’Amérique, toutes les Amériques sont là pour le savoir. Il n’y a pas dans le monde une nation, petite ou grande, qui doive sa liberté ou son indépendance à l’Allemagne. Et cela ne peut pas être autrement ; même sous les étendards de Bonaparte, vous avez combattu pour la fraternité, pour l’égalité et pour la liberté de tout le monde.

L’Allemand, lui, n’a jamais combattu que pour des motifs égoïstes, exclusivement allemands. C’est pourquoi il peut y avoir des moments dans l’Histoire où d’autres peuples craindront l’Allemagne, jamais une seconde ou une autre nation ne l’aimera.

« Il n’y a pas de plus belle histoire militaire que celle de la noble France. Pourtant ce n’est pas sa plus grande gloire, ni celle dont elle soit le plus fière. Son esprit et son cœur ont un piédestal beaucoup plus beau. Nous autres, Serbes, nous l’admirons dans toutes ses qualités naturelles, et la reconnaissance envers elle est pour nous un fardeau doux et cher.
« Vive la France ! »

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