EXTRAIT DE L’OUVRAGE « Apports de la France à la civilisation »
Reproduction de la page 55


Ce que les Croisés ont apporté à Bysance, c’est, en dépit des fureurs de la guerre et d’une usurpation temporaire, la vie. Et c’est là peut-être un des apports les plus riches dont la France du XIIè siècle puisse se glorifier

Dans l’empire de Constantinople, qui retourna aux Grecs en 1261, l’intensité de la civilisation était trop forte pour qu’une empreinte franque ait pu marquer. Ce que les Croisés ont apporté à Bysance, c’est, en dépit des fureurs de la guerre et d’une usurpation temporaire, la vie. Et c’est là peut-être un des apports les plus riches dont la France du XIIè siècle puisse se glorifier.

M. René Grousset a montré que la croisade de 1097, en dégageant Constantinople de l’étreinte turque et en permettant la reconquête de Nicée, a rendu à l’héllénisme l’Asie Mineure où il s’était réfugié depuis des siècles. L’Anatolie était devenue la Grèce nouvelle lorsque les Balkans avaient été slavisés, et le triomphe de l’Islam, dont les turcs étaient devenus le glaive, aurait abrégé de trois siècles et demi l’histoire de l’Empire d’Orient : sans l’intervention des Croisés la catastrophe de 1453 se serait produite en 1100, avant que la France ait eu le temps de mûrir sa pensée, son art, son humanité, et Bysance aurait sombré avant d’avoir une héritière.

Sans doute, l’attaque contre l’Islam en Terre Sainte a concouru à arreter son expansion en Espagne et soulagea les armées chrétiennes qui combattaient en Occident ; cet objectif a pu fixer l’attention d’Urbain II, on l’a souvent dit. Mais cet « effet espagnol » de la Croisade est secondaire à côté de l' »effet grec ».

Ajoutons, avec M. Grousset, que le répit accordé à l’Europe menacée par les Turcs a permis au Saint-Empire d’organiser sa puissance politique en Europe centrale et de se préparer à défaire le conquérant sur les bords du Danube. En 1090, rien n’aurait arrêté l’invasion, semble-t-il, après le passage du Bosphore, et toute l’histoire du monde s’en serait trouvée bouleversée.

L’oeuvre négative de la Croisade dépasse en importance son oeuvre positive : le sursis dont a profité l’Europe a empêché l’étouffement de la civilisation occidentale.

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