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Aujourd’hui le BCG est le vaccin le plus utilisé au monde avec plus de 4 milliards de doses administrées. C’est aussi le plus ancien vaccin toujours en usage.

Obtenu à partir du Mycobacterium bovis, responsable de la tuberculose chez les bovins, le BCG est depuis cent années un outil incontournable pour prévenir la maladie chez l’enfant. Dès les premières années, il révéla son efficacité non seulement contre le bacille de Koch, mais aussi contre d’autres infections, permettant de réduire considérablement la mortalité infantile. Fait moins connu, il est utilisé avec succès dans le traitement thérapeutique de certains cancers. Cent ans après sa première utilisation, la covid-19 relance les interrogations sur la réponse immunitaire induite par le BCG, et son éventuel effet protecteur contre ce nouveau virus.


PPAR CAMILLE LOCHT, DIRECTEUR DE RECHERCHE INSERM, UNIVERSITÉ DE LILLE, CNRS, INSERM, CHU LILLE, INSTITUT PASTEUR DE LILLE


18 Juillet 1921. Le Bacille bilié Calmette et Guérin (BCG), vaccin contre la tuberculose, est administré pour la première fois à un nouveau-né par les Docteurs Benjamin Weill-Hallé et Raymond Turpin à l’hôpital Charité à Paris. La mère de l’enfant décède de la tuberculose et l’ensemble de la famille était infecté par le germe Mycobacterium tuberculosis. L’enfant ne développe ni d’effets secondaires, ni la maladie, alors que dans son contexte familial la probabilité de mourir de tuberculose pendant la première année de vie était de 25%. Rapidement, des études cliniques sur des milliers d’enfants ont montré une efficacité de plus de 90% contre les formes graves et mortelles de la tuberculose. Aujourd’hui le BCG est le vaccin le plus utilisé au monde avec plus de 4 milliards de doses administrées. C’est aussi le plus ancien vaccin toujours en usage.

Bien que son efficacité contre la tuberculose pulmonaire chez l’adulte soit aujourd’hui jugée insuffisante, son efficacité contre les formes disséminées et mortelles chez l’enfant n’est pas mise en question. Ainsi l’OMS recommande le BCG pour chaque enfant né en zone endémique de tuberculose. Cependant, comme ce sont les formes pulmonaires qui sont les plus contagieuses et que la tuberculose tue toujours environ 1.5 millions de personnes par an, de nombreux efforts sont déployés dans beaucoup de laboratoires pour développer de nouveaux vaccins contre la tuberculose.

Néanmoins, même après 100 ans le BCG n’a pas soufflé sa dernière bougie et il est probable que dans 100 ans on fêtera les 200 ans du plus ancien vaccin toujours utilisé. En effet, déjà 10 ans après l’introduction du BCG, Carl Naslund avait remarqué qu’il réduisait le taux de mortalité néonatale d’environ trois fois. Cette différence entre enfants vaccinés et non-vaccinés n’était pas attribuable uniquement à la protection contre la tuberculose, mais s’étendait à d’autres infections également. Ces effets non-spécifiques ont été ensuite confirmés dans de nombreuses études à travers le monde. Le BCG semble aussi augmenter l’immunité induite par d’autres vaccines, comme les vaccins contre la grippe. Les mécanismes qui sont à la base de ces effets non-spécifiques font actuellement l’objet d’intenses études scientifiques.

L’effet non-spécifique le plus spectaculaire du BCG est sans doute sa capacité à prévenir la rechute de cancers non-invasifs de la vessie. Il y a 50 ans, Alvaro Morales développait un protocole d’instillation intravésicale du BCG chez les patients qui souffraient de ces cancers et montrait que grâce à ce protocole, les récidives étaient réduites d’environ 10 fois. Ce protocole est toujours utilisé aujourd’hui et demeure le meilleur traitement de ce type de cancer.

Des données encourageantes ont été également obtenues pour d’autres cancers, notamment le mélanome cutané, une des formes les plus agressives de cancers. Les premières tentatives, il y a également 50 ans, montraient des régressions complètes chez 15 à 20% des patients après injection du BCG dans les lésions. Une méta-analyse plus récente montre une réponse complète chez 19% des patients au stade 3 de mélanome. Bien que ces résultats soient encourageants, l’effet thérapeutique du BCG contre le mélanome pourrait encore être amélioré, par exemple, en combinant le BCG avec d’autres immunothérapies.

Des observations intéressantes ont également été faites dans le cadre des maladies inflammatoires et auto-immunes. Dans une étude clinique récente, l’administration du BCG normalisait la glycémie chez des patients avec un diabète de type 1 à long terme. Une autre étude récente montre que la prévalence de la maladie d’Alzheimer est moins élevée chez des patients ayant souffert d’un cancer de la vessie traités avec le BCG que chez les patients n’ayant pas reçu le BCG. Dans des modèles murins, le BCG protège également contre des manifestations allergiques et l’asthme, bien que les données chez l’homme soient encore controversées à ce sujet.

Vu ces multiples effets, il n’est pas étonnant que les scientifiques se soient penchés sur un potentiel effet du BCG contre la COVID-19. Au début de 2020, plusieurs études écologiques montraient des corrélations inverses entre la vaccination BCG et les morbidité et mortalité dues à la COVID-19. Cependant, ce type d’études écologiques souffrent de limitations sérieuses, liées à de potentiels biais démographiques, l’état épidémique dans un pays donné, la fiabilité de déclaration, l’efficacité du testing. Pour ces raisons plusieurs essais cliniques randomisés ont débuté en 2020 et pour lesquels les résultats sont attendus vers la fin de l’année du centième anniversaire de la première administration du BCG à un être humain.

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