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EXTRAIT

  1. Barnabé Guimard (1739-1805), un architecte français à Bruxelles et l’hôtel Oppenheim-Errera

Hôtel Errera

 

Suite à un grave incendie qui détruisit le palais Coudenberg à Bruxelles en Février 1731, l’architecte français Barnabé Guimard est appelé à construire entre 1779 et 1782 plusieurs pavillons Place Royale à Bruxelles. Il s’agit, en particulier, de l’hôtel de Grimbergen au numéro 10 de la Place Royale ainsi que, au 14, d’un pavillon relié à celui-ci par une balustrade surmontée de trophées et de sphinges. Ce dernier bâtiment devient l’hôtel Errera lorsque le banquier vénitien Giacomo Errera (1834-1880) l’acquiert en 1868. Il y réside alors avec son épouse Marie Oppenheim (1836-1918) et leurs enfants Léo-Abraham et Paul Joseph (1860-1922). Le fils de Paul Joseph, Jacques Errera (1896-1977), physicien-chimiste et brillant mathématicien, sera le dernier occupant de cette famille.

Dans les années 1825, la famille Oppenheim occupe un rôle des plus importants dans la vie publique et religieuse bruxelloise. Les deux frères Adolphe (1793-1870) et Joseph (1810-1884) Oppenheim jouissent d’une grande notoriété, non seulement grâce à leurs activités bancaires et industrielles, mais aussi par leur rôle dans l’éducation et dans la communauté religieuse juives. Adolphe sera président de la synagogue principale en 1828 ainsi que du Consistoire central israélite (1832-1834). Joseph sera vice-président du Consistoire en 1842, puis Président de 1875 à 1884. Tous deux, d’abord associés dans la banque Oppenheim-Emden, seront parmi les fondateurs de la Banque de Bruxelles et les souscripteurs de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) dès sa création en 1834.

Adolphe naît à Francfort en 1793. Il est le fils de Moses Jantoff Oppenheim, ruiné par les guerres napoléoniennes. Après un différent familial, Adolphe décide de partir pour Bruxelles pour ne jamais retourner à Francfort. Dans les années 1810 à Bruxelles, Adolphe est commerçant de toile en gros. En 181il épouse Sophie Emden, une fille de banquier. Il s’installe comme banquier au 36 rue du Fossé aux Loups, puis réside dans un hôtel particulier au 43-45 rue Neuve au coin de la rue aux Choux. Il décède à Bruxelles en 1870.

De cette union naissent quatre enfants: le premier, Jacques, naît en 1817, meurt en très bas âge et les trois autres sont des filles : Eugénie Léa (1818-1900), Cornélie Victorine (1820-1892) et Clémentine (1822-1899).

A 16 ans, Eugénie épouse son oncle, c’est-à-dire Joseph Oppenheim, l’un des frères d’Adolphe. Eugénie tient un salon littéraire rue Neuve. Elle décède en 1900. Sa fille aînée Marie (23 Octobre 1836-12 Février 1918) est très brillante, polyglotte et musicienne. En 1857, elle épouse le banquier juif vénitien Giacomo (Jacques Benoît) Errera (1834-1880). Avec son beau-père, Giacomo fonde la banque Errera-Oppenheim à Bruxelles, ancêtre de la Banque de Belgique/Bruxelles (1871). Consul de Sardaigne et consul général d’Italie, Jacques est aussi administrateur de la Société générale des tramways. Son épouse Marie, mécène et philanthrope, tient un salon très fréquenté à Bruxelles, 14, place Royale. Elle rédige un journal intime et fréquente la famille royale. Ses deux fils, Léo-Abraham (1858-1905) et Paul Joseph (1860-1922), tous deux (entre autres) professeurs à l’Université Libre de Bruxelles (ULB), deviendront, respectivement, botaniste et juriste/bourgmestre. Paul J. épousera Isabelle Goldschmidt (1869-1929), fille de banquier. Au décès d’Isabelle Goldschmidt-Errera, son fils Jacques (1896-1977) physicien-chimiste de renom, héritera de l’hôtel de la Place Royale. Professeur à l’ULB, il sera aussi commissaire à l’énergie atomique. Maintenant la tradition familiale, avec son épouse Jacqueline Bauman, Jacques organise nombre de réceptions et dîners auxquels se presse l’élite du pays au 14, place Royale.

L’hôtel Errera sera acquis par l’Etat belge en 1980, utilisé par l’Académie royale de musique de Bruxelles, puis repris par la communauté flamande en 1992. C’est actuellement la résidence officielle du ministre-président flamand.

J’ai essayé de décrire ci-dessus comment deux frères Oppenheim, Adolphe et Joseph, ont quitté Francfort au début du 19ème siècle pour chercher une vie décente à Bruxelles. Par leur travail et leur rayonnement dans la communauté juive et bien au-delà dans toute la vie politique, culturelle et universitaire belge, les Oppenheim et les Errera ont laissé des traces permanentes. La construction de Barnabé Guimard a donc été le témoin d’un pan de la riche vie culturelle, artistique et politique de Bruxelles jusqu’à la fin des années 1970.

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