via books.openedition.org/

LE BLANC, Charles. Profession sinologue. Nouvelle édition [en ligne]. Montréal : Presses de l’Université de Montréal, 2007. Disponible sur Internet : ISBN : 9782821850675. DOI : https://doi.org/10.4000/books.pum.497

Présentation

Être sinologue, c’est chercher à comprendre et à faire comprendre les multiples facettes de la société et de la culture de la Chine. Par son isolement physique et culturel à l’autre bout de l’Eurasie, la Chine se donne comme l’Autre du monde indo-européen. Il incombe au sinologue de « traduire » cette différence pour à la fois comprendre et respecter la spécificité chinoise, enrichir l’esprit et le cœur de l’Occident, et favoriser la communication la plus ouverte entre deux pôles incontournables de la planète. C’était bien là les valeurs que préconisait Jean Pierre Abel-Rémusat (1788-1832), titulaire de la première chaire d’études chinoises en Occident au Collège de France en 1814 et fondateur de l’étude scientifique de la Chine : la sinologie.

EXTRAITS
Introduction

Ces institutions d’envergure nationale et internationale soulignent la continuité de l’engagement de la France à promouvoir la connaissance la plus large possible de la Chine ; cela explique pourquoi la sinologie française fut en avance sur les autres pays jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.


[…]

La sinologie fut une invention de l’Occident. L’approche des savants chinois sur leur culture et leur civilisation est très différente, car elle ne comporte pas de dimension comparative inhérente. Or l’étude de la Chine par les Occidentaux est toujours, au moins implicitement, comparative. Le point de départ du sinologue est toujours, consciemment ou inconsciemment, comparatif : un regard occidental posé sur une réalité chinoise. Ce regard n’est pas nécessairement subjectif ou biaisé ; il peut même révéler des aspects de l’expérience sociale, religieuse et intellectuelle que les Chinois n’ont jamais aperçus. Il peut tout autant mettre en lumière, par rétroaction, des côtés de l’expérience passés inaperçus chez les penseurs qui ont formulé et codifié la vision du monde et le système de valeurs du monde occidental. Si la Chine est pour nous l’Extrême-Orient, nous sommes, pour les Chinois, l’Extrême-Occident.

La sinologie ambitionne de relever deux défis : comprendre la Chine en elle-même et faire comprendre la Chine en Occident. Ce sont là deux démarches distinctes mais inséparables. On peut les rapprocher des concepts complémentaires émique/étique formulés par Kenneth Pike, Ward Goodenough et Robert Feleppa pour rendre compte de l’épistémologie anthropologique. L’anthropologue doit s’insérer profondément dans le groupe de ceux qu’il étudie, apprenant à comprendre et à justifier leur culture vivante dans le cadre de leur propre système de référence (approche émique). Dans un deuxième temps, il doit « traduire » la connaissance émique acquise dans un langage théorique compréhensible aux gens de sa propre culture ou profession, afin qu’elle serve à l’avancement de la science (approche étique).

Il y a bien chez le sinologue quelque chose de l’anthropologue. Il cherche à comprendre un groupe humain qui a créé, dans une durée très longue et un espace très étendu, une culture et une civilisation à nulle autre pareille. L’expérience de la société chinoise, basée sur la connaissance d’individus de cette société, semble être un préalable à une connaissance authentique de cette culture et de cette civilisation, même si de grands sinologues n’ont jamais foulé le sol chinois : l’exception confirme la règle. Le sinologue Yves Raguin a ainsi écrit : « Il faut, pour comprendre la Chine, savoir communier à l’âme secrète de ceux qui l’habitent. »

Pour saisir la Chine dans son devenir historique et dans son processus civilisateur, on doit se tourner vers et se concentrer sur l’immense littérature qu’elle a produite et accumulée sur une durée non pas de siècles mais de millénaires. C’est dans ce langage poétique, littéraire, philosophique, ritualiste et historique qu’on trouve exprimés de manière réflexive et structurée les idéaux, les valeurs, les concepts qui sous-tendent la vision du monde des Chinois et, tout aussi bien, leur imagination, leur sensibilité, leur sens du beau, leur goût artistique et esthétique. Comprendre la Chine, c’est comprendre les textes où elle a cristallisé dans un prisme aux multiples facettes la quintessence de son expérience créatrice.

Née dans le climat optimiste du Siècle des lumières, dont elle fut d’ailleurs un protagoniste important mais souvent méconnu, la sinologie prend pour postulat de base que, malgré l’abîme linguistique et cosmologique séparant la Chine et l’Occident, il est possible pour les deux extrémités du continent eurasien de communiquer et de se comprendre dans le plein respect de la spécificité de chacun. Les mots « Chine », « comprendre » et « faire comprendre » cachent, il est vrai, tout un programme – mieux, un engagement à très long terme, un métier qu’on n’a jamais fini d’acquérir, une profession qui nous interpelle vers un idéal jamais atteint. On entre en sinologie comme on entre en religion.

Cette discipline reflète en même temps les grands enjeux de l’époque où elle se constituait comme science, soit les xviiie et xixe siècles. Elle critique implicitement certains des aspects les plus négatifs du colonialisme et des missions chrétiennes, et leur oppose une autre façon de faire et de penser. Ces deux entreprises supposaient, chacune à sa façon, que l’Occident était supérieur aux autres parties du monde et qu’il avait pour destin providentiel de convertir les autres peuples à la foi chrétienne et de transformer, par la conquête, si nécessaire, leurs institutions sociales, politiques et économiques sur le modèle ou, du moins, sous la gouverne des puissances occidentales. Les premiers sinologues pensaient, sans doute naïvement, qu’ils pouvaient établir une science objective et désintéressée de la Chine basée sur la valeur intrinsèque de la civilisation et de la culture chinoises et sur l’égalité des Chinois avec les autres peuples, notamment avec les Occidentaux. Il est déjà si difficile de traiter comme égaux ceux qui nous sont tout proches, comment peut-on espérer le faire pour ceux qui sont si éloignés ?

[…]


Les trois phases de la sinologie
p. 19-34
Premières lignes
https://books.openedition.org/pum/503

1814 marque peut être la date de naissance de la sinologie scientifique, avec la création de la première chaire d’études chinoises en Occident, au Collège de France

On peut distinguer trois étapes dans le développement de la sinologie en Occident : la sinologie imaginaire, la sinologie religieuse et la sinologie scientifique.


La sinologie imaginaire

Cette phase est celle de l’époque du Vénitien Marco Polo (1254-1324), de son récit de voyage aller-retour et de son long séjour en Chine sous la dynastie mongole des Yuan (1279-1368). […]


La sinologie religieuse

Du xvie à la fin du xviiie siècle, la sinologie fut essentiellement l’œuvre de missionnaires catholiques, notamment jésuites. Pour ces missionnaires, la connaissance de la Chine, de sa langue, de son écriture, de ses mœurs et de ses institutions, était un moyen de faciliter l’évangélisation et la conversion du peuple chinois, surtout de son élite. Plusieurs communautés religieuses rivalisèrent de zèle dans l’apostolat missionnaire et dans l’étude de la Chine : les Franciscains, les Dominicains, les Augustiniens, les Jésuites et les missions étrangères de Paris. 

Le jésuite Matteo Ricci (1552-1610) domine cette période par son rôle de pionnier et de chef de file dans les études sur la langue, l’écriture, la philosophie et l’histoire chinoises. À ce titre, on peut le considérer comme le père de la sinologie occidentale.


Naissance de La sinologie scientifique

Au début du xviiie siècle, la sinologie prit racine dans plusieurs pays d’Europe, dans le cadre non plus d’ordres religieux, mais d’institutions d’études supérieures dirigées par des laïcs. La Hollande fut un chef de file. De grands orientalistes se succédèrent à l’Université de Leyde : Scaliger (1484-1558), Salmasius (1588-1654), Jacopus Golius (1596-1667), A. Reland (actif de 1701 à 1718), Philippe Masson (xviiie siècle), qui, tous, s’intéressèrent à la sinologie, lancèrent des recherches et proposèrent des enseignements. Leyde est d’ailleurs demeuré l’un des plus importants centres de sinologie en Europe jusqu’à ce jour.

Matteo Ripa créa à Naples, en 1732, le Collège des Chinois, qui devint par la suite l’Institut d’Extrême-Orient, toujours actif aujourd’hui. Du côté anglais, on se concentra sur la formation d’interprètes très compétents afin de favoriser le commerce. Un prodige en langues, George Staunton, apprit le chinois en moins d’un an et devint l’interprète le plus compétent de son groupe à l’âge de douze ans ! Il fut l’interprète officiel de la célèbre mission diplomatique de Lord MacCartney à Pékin en 1793. Plus tard, il sera l’un des premiers Européens à poursuivre des recherches sur le droit chinois. Il faudra cependant attendre les xixe et xxe siècles pour voir les grandes villes et universités d’Europe et d’Amérique se doter de programmes complets d’études chinoises.

Jusqu’au xixe siècle, la sinologie européenne, si l’on fait exception des Jésuites, était dispersée, irrégulière, sans méthode et sans continuité. Il s’agissait souvent d’efforts individuels louables, compte tenu des conditions lamentables du travail de recherche, mais qui ne permettaient pas au champ d’études de se constituer en science. En ce sens, 1814 marque peut être la date de naissance de la sinologie scientifique, avec la création de la première chaire d’études chinoises en Occident, au Collège de France. Le premier titulaire en fut Jean-Pierre Abel-Rémusat (1788-1832), âgé de seulement vingt-huit ans ; doué d’une facilité hors pair pour les langues (il en connaissait une dizaine, parmi les plus difficiles), il avait acquis une formation approfondie en chinois, qui lui donnait accès à un immense corpus. Mais les instruments de travail adéquats faisaient encore cruellement défaut. Malgré tout, Abel-Rémusat ouvrit de nouvelles voies de recherche en philologie des textes chinois anciens, en grammaire du chinois classique, en médecine chinoise, sur le bouddhisme des royaumes indo-grecs de l’ancien Kouchan, etc. Dans son enseignement, il privilégiait l’analyse des textes, une tradition demeurée bien vivante dans la Chaire d’études chinoises au Collège. Abel-Rémusat fut emporté par une épidémie de choléra à quarante-quatre ans, au moment où il atteignait sa maturité comme sinologue. L’estime que le grand linguiste allemand Wilhelm von Humboldt (1767-1835) avait pour sa science et le niveau théorique de leur correspondance sont sans doute les meilleurs témoignages de sa contribution à la sinologie et des hautes exigences intellectuelles qu’il proposa à ses successeurs. On notera aussi qu’il est peut-être le premier grand sinologue européen à n’avoir pas foulé le sol chinois.

Les titulaires de la Chaire des études chinoises au Collège de France mériteraient chacun une présentation substantielle, plutôt que les quelques lignes qui leur sont consacrées ici, en raison de la contribution exceptionnelle que chacun fit à l’avancement de la sinologie comme science dans son domaine de recherche propre : Stanislas Julien (1802-1873), pour ses études approfondies de la grammaire du chinois classique et du bouddhisme chinois ; Hervey de Saint-Denys (1823-1892), pour ses études et ses traductions de la poésie classique de la dynastie Tang (618-907) ; Édouard Chavannes (1865-1918), pour sa traduction admirablement annotée du Shiji (Mémoires historiques) de Sima Qian (~145-~86), encore considérée comme un chef-d’œuvre ; Henri Maspero (1883-1945), pour avoir ouvert la voie en proposant une méthode pour étudier le taoïsme, l’une des deux grandes traditions philosophico-religieuses de la Chine ancienne et traditionnelle ; Paul Demiéville (1894-1979), pour avoir proposé de nouvelles approches dans l’étude du bouddhisme chinois et de la poésie chinoise ancienne ; Jacques Gernet (né en 1921), pour son approche novatrice de la vie intellectuelle dans la société de la dynastie Ming (1368-1644) et de ses rapports avec l’Occident ; Pierre Etienne Will (né en 1944), le titulaire actuel de la Chaire, pour ses études du développement socioéconomique et des institutions de bienfaisance sous la dynastie Qing (1644-1911).

On ne peut clore cette liste sans mentionner deux autres sinologues dont la contribution fut insigne. D’abord Paul Pelliot (1878-1945), titulaire de la chaire d’archéologie d’Asie centrale au Collège de France, dont les travaux historiques et philologiques établirent de nouvelles normes de rigueur en sinologie ; son expédition mémorable à Dunhuang en 1908 enrichit la sinologie occidentale d’un corpus très considérable de documents authentiques, surtout bouddhistes, écrits ou transcrits du ve au xie siècle. Puis Marcel Granet (1884-1940), élève d’Édouard Chavannes et de Marcel Mauss, qui, combinant d’une manière très originale les principes de la sinologie et de la sociologie, proposa une interprétation novatrice de la structure profonde de la société chinoise, de ses pratiques religieuses et de ses mythes anciens.

Il y eut plusieurs autres institutions françaises qui contribuèrent puissamment à l’avancement des études chinoises : l’École nationale des langues orientales vivantes (1795) ; l’École pratique des hautes études (1870) ; le Congrès des orientalistes (1873) ; le Musée Guimet (Lyon 1879 ; Paris 1885) ; l’École française d’Extrême-Orient (1898) ; les cours sinologiques à la Sorbonne (1920) ; l’Institut des hautes études chinoises (1920) ; la Maison franco-japonaise de Tokyo pour l’étude de l’Extrême-Orient (1922) ; le Centre franco-chinois des études sinologiques de Pékin (1945). Ces institutions d’envergure nationale et internationale soulignent la continuité de l’engagement de la France à promouvoir la connaissance la plus large possible de la Chine ; cela explique pourquoi la sinologie française fut en avance sur les autres pays jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Cela dit, on ne saurait passer sous silence l’un des tout premiers sinologues du xixe siècle, le missionnaire britannique James Legge (1814-1895), traducteur et commentateur chevronné des plus importants classiques chinois, dont les Quatre livres. Un autre Britannique, scientifique éminent, venu tardivement à la sinologie, Joseph Needham (1900-1995), fut peut-être le plus grand sinologue occidental du xxe siècle. Ayant conçu dans un éclair en 1951 le plan d’une œuvre aux dimensions encyclopédiques sur l’histoire des sciences et des techniques de la Chine et de leur transmission vers l’Occident, il passa le reste de sa vie à réaliser, avec la collaboration de plusieurs spécialistes, cet immense projet, sans dévier du plan initial. Au moment de sa mort, il avait publié chez Cambridge University Press, sous le titre de Science and Civilisation in China, dix-sept des trente volumes prévus ; le projet continue sous la direction du sinologue Christopher Cullen. Une partie de cette œuvre a été traduite en plusieurs langues, dont le chinois. On doit également mentionner Michael Loewe, aussi de Cambridge, un spécialiste de l’histoire des mentalités et des institutions de la dynastie Han (~206-+220), qui, en plus de ses monographies, a publié plusieurs ouvrages de référence fort utiles comme instruments de travail.

Du côté allemand, la figure de Richard Wilhelm (1873-1930) s’impose. Longtemps missionnaire en Chine, il y traduisit de nombreux ouvrages en philosophie confucianiste et taoïste. Mais il est surtout connu pour sa traduction du Yijing (Classique des changements), dont l’importance philosophique n’a d’égale que la difficulté. La valeur de cette traduction allemande se laisse voir à ce que les traductions de référence du Yijing en anglais (1950) et en français (1968) ont été faites à partir de la traduction de Wilhelm, plutôt que du seul texte chinois.

Le linguiste suédois Bernhard Karlgren (1889-1978), en plus d’établir à l’Université de Stockholm un département d’études chinoises et de lancer une revue sinologique importante, fut l’un des grands maîtres de la langue chinoise ancienne. Il ouvrit la voie à la reconstruction de la phonétique des mots chinois anciens et proposa une nouvelle méthode pour le faire. Jusqu’aux années 1980, ses ouvrages étaient la référence obligée dans le domaine. Aujourd’hui, de nouvelles théories proposées, entre autres, par le linguiste canadien Edwin G. Pulleyblank, de l’Université de la Colombie-Britannique, ont remplacé ou modifié les conceptions pionnières de Karlgren.

À partir de 1945, en raison des intérêts stratégiques des États-Unis dans le Pacifique et l’Asie de l’Est au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, il se produisit une véritable explosion des études sinologiques dans ce pays. Pratiquement toutes les universités établirent un Department of Oriental Studies ou un Department of East Asian Languages and Literatures. Les plus connues sont Berkeley, Chicago, Columbia, Harvard, Princeton, Stanford, Yale et Pennsylvania (où j’ai eu le bonheur d’étudier sous la direction du grand sinologue et philosophe Derk Bodde). La plupart de ces institutions avaient d’ailleurs créé des programmes d’études de premier et de deuxième cycle dès le début du xxe siècle, certaines au xixe siècle. On trouve dans plusieurs universités, en plus du département d’études chinoises, un institut de recherche sur la Chine, par exemple le Harvard Yenching Institute. Certaines universités, comme Johns Hopkins, ont établi des jumelages avec des universités chinoises pour permettre à leurs étudiants de faire des stages prolongés d’étude et de recherche en Chine. Le nombre d’ouvrages et d’articles publiés annuellement par les centaines de sinologues américains dépasse ce qui se fait dans tout autre pays, excepté peut-être le Japon. Un nombre appréciable de sinologues américains sont des Chinois venus de Taiwan et, plus récemment, de la Chine continentale. La force de la sinologie américaine est qu’elle compte d’éminents sinologues dans à peu près tous les champs des études chinoises, aussi bien anciennes et traditionnelles que modernes et contemporaines.

Au Canada, l’Université de Toronto fut la première, dans les années 1930 à offrir un programme d’études chinoises, sur le modèle américain. Après la Deuxième Guerre mondiale, l’Université de la Colombie-Britannique établit un département et un centre de recherche qui devaient prendre par la suite une grande ampleur. Au Québec, l’Université McGill établit un département d’études est-asiatiques dans les années 1960 ; en 1976, l’Université de Montréal créait un Centre d’études de l’Asie de l’Est (c’est là où s’est déroulé l’essentiel de ma carrière).

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :