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Publié le 29.11.2021

« Ici, on me prend pour une personne et on ne me regarde pas comme une couleur »


Elle a été danseuse, chanteuse, meneuse de revue, engagée, résistante… Mais, tout au long de sa vie, elle aura été avant tout une femme libre. Portrait.

capture d’écran | Culture.gouv

« Osez Joséphine ! » Pour les plus jeunes, c’est un formidable tube d’Alain Bashung. Mais c’est aussi le titre d’une pétition qui a réuni quelque 40 000 signataires il y a trois ans. Elle reprenait une suggestion de Régis Debray en 2013, pour demander au Président de la République l’entrée de Joséphine Baker au Panthéon : « Artiste, première star internationale noire, muse des cubistes, résistante pendant la Seconde Guerre mondiale dans l’armée française, active aux côtés de Martin Luther King pour les droits civiques aux États-Unis d’Amérique et en France aux côtés de la Lica, Chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire, croix de guerre 1939-1945 avec palme, Médaille de la Résistance (avec rosette), Médaille commémorative des services volontaires dans la France libre. Nous pensons que Joséphine Baker, 1906-1975, a sa place au Panthéon. »

Ce sera chose faite, le 30 novembre, après une décision du Président de la République. Le corps de Joséphine Baker, selon les vœux de sa famille, restera à Monaco où elle repose au cimetière marin. La présence de l’artiste au Panthéon sera manifestée par un cénotaphe comme ce fut le cas, entre autres, pour Aimée Césaire, le chantre de la négritude, le poète, l’homme politique martiniquais, inhumé à Fort-de-France.


Une Française venue d’ailleurs

capture d’écran | Culture.gouv

Joséphine Baker… Une Française venue d’ailleurs, aussitôt adoptée par son pays d’adoption. Née à Saint-Louis, Missouri, le 3 juin 1906, la délicieuse Joséphine saisit la première occasion qui se présente à elle, en 1925, pour quitter son pays natal.  « Un jour, confiera-t-elle plus tard, j’ai réalisé que j’habitais dans un pays où j’avais peur d’être noire. C’était un pays réservé aux Blancs. Il n’y avait pas de place pour les Noirs. J’étouffais aux États-Unis. Beaucoup d’entre nous sommes partis, pas parce que nous le voulions, mais parce que nous ne pouvions plus supporter ça… Je me suis sentie libérée à Paris ».

De la France, elle disait encore : « Ici, on me prend pour une personne et on ne me regarde pas comme une couleur ». Et plus tard, lorsqu’elle accompagne la marche de Martin Luther King pour les droits civiques à Washington en 1963, vêtue de son uniforme de l’armée française, avec ses décorations : « En France, je n’ai jamais eu peur ».


Un succès phénoménal

Après avoir fait salle comble en 1925 au théâtre des Champs-Élysées, comme danseuse dans la Revue nègre, elle se lance avec autant de bonheur dans la chanson. On ne saurait trop recommander à ceux qui l’ont peut-être un peu oubliée, de recourir aux archives sonores pour comprendre et bien mesurer le phénoménal succès de celle qui chantait, avec un accent d’une irrésistible séduction « j’ai deux amours, mon pays et Paris », sur une musique de Vincent Scotto. Titre qui, dès lors, ouvrira chacun de ses récitals et imposera définitivement celle qu’on appelait la « Vénus noire » comme l’unique rivale de Mistinguett, l’autre grande vedette de ces Années Folles qui touchaient à leur fin. Nous sommes en 1929.

L’artiste, sa beauté, son charme, son talent, avait conquis le Tout-Paris, la France et l’Europe. La femme de tête, la femme de cœur, son sens de l’honneur, son courage, son amour de la patrie, sa nouvelle patrie, allaient toucher d’une tout autre manière encore le cœur de Français, lorsque, après la victoire, ils découvriront que dès 1939, elle s’était mise au service de la France libre.


Au service de la France libre

Quand la fête est finie, en 1939 donc, elle décide de servir son pays après l’avoir charmé et devient dès septembre un des agents du contre-espionnage français. Elle se mobilise aussi pour la Croix-Rouge. Après la bataille de France, elle s’engage en novembre 1940 dans les services secrets de la France libre, en Métropole puis en Afrique du Nord, jusqu’à la Libération.

Au lendemain de la guerre, en 1947, elle acquiert le château des Milandes, en Dordogne, qu’elle louait depuis 1937 et où elle vivra jusqu’en 1969. Elle ne peut pas avoir d’enfants. Qu’à cela ne tienne ! Son château en accueillera douze de toutes origines, qu’elle a adoptés et qu’elle appelle sa « tribu arc-en-ciel ». Quand on aime on ne compte pas. Joséphine aimait aimer.

La beauté et la bonté, le talent, le charme, la force, le courage, la générosité… Peut-on vraiment avoir tous les dons, tous ces dons ? N’est-ce pas trop pour un seul homme, pour une seule femme ? Bien sûr que non. On en a la preuve. Cela s’appelle la preuve par Joséphine.  

Osez Joséphine ? Évidemment !

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