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La Société Française d’Histoire de la Médecine (SFHM), association reconnue d’utilité publique, fondée en 1902, a pour but :
• d’étudier et de promouvoir l’histoire de la médecine et des sciences qui s’y rattachent
• de contribuer à la sauvegarde et à la conservation des documents et témoignages du passé des sciences médicales
Elle édite des revues : Histoire des sciences médicales et e.SFHM (supplément illustré)

Les six Conférences sanitaires internationales de 1851 à 1885 prémices de l’organisation mondiale de la santé. Par Bernard HILLEMAND et Alain SÉGAL . Séance d’octobre 2012. 119, boulevard Malesherbes 75008 Paris. HISTOIRE DES SCIENCES MEDICALES – TOME XLVII – N° 1 – 2013

Au XIXème siècle, elles ont joué un rôle majeur dans l’élaboration des règlements de police sanitaire maritime. C’est ainsi qu’Antoine Fauvel puis Adrien Proust en ont été parmi les principaux ténors


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Les Conférences sanitaires internationales ont été au nombre de dix dans la seconde moitié du XIXème siècle et de deux dans le premier tiers du XXème. Au XIXème siècle, elles ont joué un rôle majeur dans l’élaboration des règlements de police sanitaire maritime. C’est ainsi qu’Antoine Fauvel puis Adrien Proust qui en ont été parmi les principaux ténors, ont été aussi les rédacteurs respectifs des décrets français de 1876 et 1896 sur ce thème. La communication présente s’inscrit donc dans la suite logique des deux précédentes.

Au XXème siècle, ces conférences ont contribué aussi à l’élaboration de l’Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S.). Il a été parfaitement montré que de longue date des relations avaient existé entre les différents “bureaux de santé” des ports de Méditerranée, c’est-à-dire les émanations des administrations municipales chargées de prévenir les épidémies. Pour ce faire chaque administration cherchait à avoir son propre réseau d’information essentiellement sur l’état sanitaire de l’Empire ottoman et de la “Barbarie” considérés comme lieux principaux d’origine des épidémies en particulier de la peste. Les relations s’étaient accrues considérablement au XVIIIème siècle, après entre autres la peste de Marseille de 1720. Ce port par exemple correspondait essentiellement avec Toulon, Gênes, Livourne, Venise ; d’autres destinations s’y ajouteront : Trieste, l’Espagne etc., souvent en fonction des fluctuations diplomatiques et des relations internationales. Fait remarquable, bien avant Dunant et les conventions humanitaires de la Croix-Rouge, il était stipulé en introduction des règlements sanitaires de Marseille que même en temps de guerre les administrateurs de santé “correspondent toujours entre eux, pour s’éclairer d’avis réciproques sur tout ce qui peut concourir à la conservation de la santé dans la société universelle des hommes”.

Il y avait donc échange d’informations respectives et même à la fin du XVIIIème, le début d’une certaine constance de coopération internationale. Cette ébauche d’internationalisation se concrétisa parfois de façon ponctuelle avec la création de “Conseils de Santé” dont le premier fut le Conseil Supérieur de Santé de Constantinople. En 1838, le Sultan de Constantinople eut le courage de secouer le joug des préjugés nationaux et un Conseil Supérieur de Santé fut créé en 1839-40. Dans ce conseil cohabitaient des autochtones et une majorité d’occidentaux compétents. Initialement indépendant et de bonne valeur scientifique il obtint des résultats intéressants et rapides dans la lutte contre la peste sur le territoire de l’Empire ottoman. Des conseils de même type furent créés au Maroc en 1840, en Égypte en 1843, plus tard à Téhéran en 1867. La cohabitation d’autochtones et d’occidentaux dans ces organismes permit ainsi un début de collaboration avec les autorités locales.

Il n’en demeure pas moins qu’il n’existait aucune unité ni aucune cohérence entre les divers règlements sanitaires des différents ports méditerranéens car ils étaient soumis le plus souvent à l’arbitraire de leurs “bureaux de santé” respectifs. L’idée fut donc émise par Gautier, consul de France à Malte, et reprise en 1838 par le Comte Molé, ministre des affaires étrangères de Louis-Philippe, d’une sorte de Congrès International pour établir “les bases d’un système sanitaire uniforme dégagé d’arbitraire”.

Les vicissitudes des tensions diplomatiques et des crises internationales non seulement empêchèrent l’ouverture de cette conférence prévue en 1839 mais la reculèrent jusqu’en 1851. Ce fut alors la première Conférence sanitaire internationale tenue à Paris et tête de file de seize autres jusqu’en 1938. Le tableau synoptique donne le répertoire des six premières conférences, leur motivation éventuelle et leurs thèmes principaux (Fig. 1, page suivante)

capture d’écran | sfhm

La première Conférence sanitaire internationale Paris 1851 

Dans ses débuts cette conférence s’efforça de préciser la durée des quarantaines pour la peste et pour la fièvre jaune mais elle exclut le choléra des maladies quarantenaires “car il échappe à tous les moyens de prévention” selon Mêlier, et il fut proposé de lui opposer des mesures d’hygiène de propreté et d’aération. La pensée anticontagioniste n’était donc pas loin. Sous l’influence de David la conférence revint sur sa position et finalement admit le principe de la quarantaine d’observation, certes encore facultative, en cas de choléra dûment constaté.

Dans cette conférence fut soulignée une donnée capitale, fruit essentiellement des enquêtes des médecins sanitaires français d’Orient créés en 1847. Contrairement à l’opinion alors courante il apparaissait que la peste n’était pas permanente en Orient car elle avait alors disparu depuis près de cinq ans. Pour la Turquie le fait fut montré par Fauvel ; pour l’Égypte le fait fut objectivé par Prus, Willemin, Raffalovitch ; pour la Syrie le fait fut constaté par Suquet. Il serait cependant injuste de ne pas évoquer les noms de Ségur-Dupeyron, de Gobbi et autres médecins sanitaires français d’Orient comme Pezzoni, Pekarsky.

La politique d’isolement et de “purification” induite par le Conseil Supérieur de la Santé de Constantinople était invoquée pour expliquer la disparition de la peste de l’Empire ottoman, disparition que confirmait Bartoletti, délégué de la Turquie. La conférence par la mise en évidence de cette disparition contribua ainsi à une diminution des mesures quarantenaires si contraignantes en Méditerranée et elle émit un vote en faveur de la libre pratique pour les patentes nettes du Levant. Une atténuation de la gravité des sanctions pénales était souhaitée et la suppression de la peine de mort demandée. Les résultats si féconds du corps tout récent des médecins sanitaires français d’Orient conduisaient au vœu de faire passer le nombre de leurs postes de 6 à 26 avec l’élaboration de toute une structuration de ce service dont l’extension en Afrique était préconisée. On envisageait la réalisation de mesures de prévention non seulement à l’arrivée mais aussi au départ et pendant la traversée avec création de médecins de bord commissionnés par les gouvernements et l’élaboration d’un manuel d’hygiène navale. Les marchandises étaient classées en catégories selon leur soumission ou non à la quarantaine avec des techniques de traitements correspondantes. Des propositions étaient formulées sur les fonctions des directeurs du service portuaire de la santé sur la composition des conseils sanitaires représentant les intérêts locaux, sur les rapports respectifs entre directeurs, conseils et consuls etc. Bien d’autres sujets, lazarets, droits sanitaires, aide à la recherche etc. furent encore étudiés.

Tous les débats (ainsi que ceux des conférences suivantes) se firent exclusivement en français ; Mêlier, délégué de la France, y apparut comme un véritable dynamiseur tant par ses rapports élaborés que par la clarté de ses interventions impromptues dans lesquelles il savait synthétiser une discussion parfois confuse et bien recentrer le problème en cause. Le rôle de David, autre délégué de la France, fut important pour intégrer le choléra dans les maladies quarantenaires. Particulièrement remarquable fut le rapport de Rosenberger, délégué de la Russie, sur l’organisation du service sanitaire des médecins d’Orient.

La Conférence fut à la fois un succès et un échec. Succès, car il s’agissait d’un fait nouveau. Il y avait eu concertation globale entre délégués de douze puissances préparant “l’adoption de principes rationnels de prophylaxie maritime” et cherchant à promouvoir une uniformisation des mesures sanitaires jusque-là prises en charge par chaque état sans concertation préalable avec les autres. En 1851 pour la première fois les puissances s’étaient concertées dans un but d’intérêt commun. L’hygiène internationale était née. Échec, car il n’y avait pas eu de signature d’acte diplomatique. En effet la Conférence avait pour but non seulement l’élaboration conceptuelle de projets mais aussi leur concrétisation d’où la rédaction d’une convention internationale de 11 articles complétée par celle d’un règlement sanitaire international de 137 articles à respecter par tous les participants. Or, seuls des douze états en cause, la France, le Portugal et la Sardaigne en acceptèrent les clauses et signèrent la convention qui dès 1865 fut dénoncée par le Portugal et le jeune royaume d’Italie malgré une nouvelle conférence en 1859.


La deuxième Conférence sanitaire internationale Paris 1859 

Composée uniquement de diplomates cette conférence avait pour mission l’élaboration d’un projet de convention donnant une plus large part à la liberté d’action de chaque état. Le projet de règlement sanitaire international prévoyant un système administratif uniforme était apparu en 1851 comme la grande pierre d’achoppement car il contrariait les habitudes propres de chaque pays. Il était donc prévu la suppression de ce règlement mais en introduisant dans la Convention ses points fondamentaux. La situation internationale avec la guerre d’Italie empêcha l’aboutissement de l’entente espérée.

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