via Encyclopædia Universalis


Yannick RIPA, « PROSTITUTION DE 1789 À 1949 », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 février 2022.

URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/prostitution/


EXTRAITS

capture d’écran

La Révolution française ne représente pas une rupture dans l’histoire de la prostitution en France et en Europe. En revanche, le Consulat (1800-1804), en instaurant le réglementarisme, exporte sur tout le continent européen ce qui devient le « système français » dans un contexte où l’urbanisation croissante favorise le développement de la prostitution, qui est à la fois « le plus vieux métier [féminin] du monde » (la prostitution masculine est tue) et l’expression d’un vice, d’une déviance sociale ou pathologique. Après bien d’autres pays européens, la France abandonne finalement, en 1946, le réglementarisme et ferme ses maisons closes, selon l’expression consacrée. Un nouveau pas est franchi trois ans plus tard avec l’adoption par l’O.N.U., le 2 décembre 1949, de la Convention pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui.

[…]


Le réglementarisme, un système français

Le Consulat (1800-1804) instaure le système de la tolérance : la prostitution n’est pas un délit tant qu’elle respecte les règles imposées par l’État et contrôlées par la police des mœurs. La prostitution ne doit pas être supprimée, car elle est un « mal nécessaire », un « égout du trop-plein séminal », un régulateur du sexe et de l’ordre, comme l’affirmait déjà saint Augustin (De ordine, 386) et comme le confirmera, en 1836, le médecin hygiéniste Alexandre Parent-Duchâtelet dans son étude De la prostitution dans la ville de Paris, considérée sous le rapport de l’hygiène publique, de la morale et de l’administration.

[…] 


La diffusion du modèle français en Europe

Le modèle français inspire les réglementations d’autres pays européens. La Suisse adopte le réglementarisme, instauré dès le début du XIXe siècle à Genève (ville alors française), avec l’ouverture de maisons de tolérance (à Zurich vers 1840, à Bâle en 1873), un contrôle sanitaire et l’emprisonnement pendant quatre mois pour toute incitation à la débauche. Le proxénétisme est peu poursuivi et la double morale sexuelle est appliquée. La prostitution homosexuelle est, quant à elle, un délit de mœurs. Au Royaume-Uni, les Contagious Diseases Acts imposent en 1869, à tout le pays, le French system qui était réservé depuis trois ans aux ports et aux villes de garnison. Après deux siècles d’abolitionnisme officiel, les plus grandes villes espagnoles se convertissent au réglementarisme (Saragosse en 1845, Madrid en 1847), puis celui-ci se généralise par décisions municipales de 1854 à 1856, jusqu’à l’adoption de la législation générale de 1907-1908. L’Italie unifiée adopte un système proche du réglementarisme, dans un but essentiellement prophylactique.

[…]

Écrit par :
Yannick RIPA : professeure des Universités

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