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Bert MauriceBrevets d’invention français (1791-1902). Un siècle de progrès technique. In: Revue d’histoire des sciences et de leurs applications, tome 13, n°2, 1960. pp. 180-183.

www.persee.fr/doc/rhs_0048-7996_1960_num_13_2_3845

 

Par sa grande richesse documentaire et par le soin apporté à sa présentation, ce catalogue constitue un précieux outil pour tous les historiens des techniques. Peut-être peut-on regretter que les conditions mêmes de sa diffusion ne lui permettent pas d’atteindre le large public qu’il eût mérité.


 

Brevets d’invention français (1791-1902). Un siècle de progrès technique, Paris, ministère de l’Industrie et du Commerce, 1958, 16 X 21 cm, 321 p., 16 pi. hors-texte.

TEXTE INTÉGRAL

Sous ce titre a eu lieu, en mars 1958, dans les locaux de l’Institut national de la Propriété industrielle à Paris, une Exposition de brevets d’invention français. Il s’agissait essentiellement d’illustrer le développement de la technique au xixe siècle, au moyen d’exemples choisis parmi les brevets les plus caractéristiques. Après une sévère sélection, quelque trois cents brevets, couvrant toutes les branches de la technique ont été extraits des archives de cet Institut pour être présentés au public. De nombreux modèles d’appareils ou de machines et diverses pièces documentaires, prêtés par les musées techniques parisiens, par les grandes bibliothèques, les Archives nationales et par différentes collections particulières renforçaient considérablement la valeur documentaire de cette présentation.

La visite de cette Exposition était facilitée et rendue spécialement fructueuse et intéressante, par un important catalogue (321 p., 16 pi. hors-texte), bel ouvrage documentaire contenant, en dehors de la présentation des pièces exposées, une série d’articles tant techniques que législatifs sur les brevets d’invention, du plus grand intérêt.

Après une courte préface où M. Marcel Plaisant rappelle l’importance des brevets, M. G. Finnis, directeur de la Propriété industrielle, résume les grandes étapes de l’histoire des brevets d’invention en France, montrant en particulier que la période à laquelle appartiennent les documents exposés s’ouvre et se clôt par la promulgation de deux textes législatifs, qui ont affecté fondamentalement le statut du brevet d’invention, considéré comme un moyen de documentation technique : la loi du 7 janvier 1791, qui a reconnu et consacré pour la première fois le droit de l’inventeur à la protection de ses découvertes et la loi du 7 avril 1902, qui prescrivit la « publication in extenso par fascicules séparés de tous les brevets délivrés ». Dans un chapitre intitulé : « L’invention et le progrès industriel au xixe siècle », M. Maurice Daumas analyse ensuite les étapes essentielles du progrès technique au xixe siècle, replaçant l’apport des inventeurs français dans la perspective d’ensemble du développement technique.

La partie la plus importante de l’ouvrage est évidemment consacrée à la description et à la présentation des documents exposés.

Les branches représentées par ces brevets étaient : Agriculture, Alimentation, Locomotion, Textiles, Papeterie, Machines motrices, Machines-outils et Machines diverses, Construction, Travaux publics, Mines, Métallurgie, Arquebuserie et Artillerie, Horlogerie, Télécommunications, Métrologie légale, Électricité, Verrerie et Céramique, Chimie, Éclairage, Chauffage, Réfrigération, Arts graphiques et Photographie, Cinéma, Musique, Enregistrement du son, Inventions diverses.

Pour chacun de ces secteurs, la description des brevets présentés et des documents qui les accompagnaient est précédée d’une introduction, solidement documentée, rédigée par un spécialiste, introduction qui résume les progrès intervenus au cours du xixe siècle, en insistant tout spécialement sur ceux des brevets exposés qui ont joué un rôle déterminant dans cette évolution.

Nous ne pouvons naturellement citer que quelques-uns des brevets les plus marquants, en insistant sur ceux qui présentent un intérêt majeur pour l’histoire des sciences et des techniques.

  • Alimentation. — Brevets de Pasteur, du 11 avril 1865, sur la conservation des vins ; du 28 juin 1871, sur la fabrication de la bière.
  • Locomotion. — Brevets de Jouffroy d’Abbans, du 27 mars 1816, pour un bateau à vapeur ; de Sauvage, du 6 avril 1832, pour un appareil nouveau destiné à remplacer les roues des bateaux à vapeur (lequel appareil était l’hélice) ; de Goubet, du 26 octobre 1885, pour un nouveau bateau torpilleur sous-marin ; de Bollée, du 26 avril 1873, pour une voiture à vapeur à quatre roues ; de Penaud et Gauchot, du 18 février 1876, pour un « aéro-plane » ou appareil aérien volant ; d’Ader, du 19 avril 1890, pour une machine volante dite « Avion ».
  • Textiles. — Brevet de De Ghardonnet, du 17 novembre 1884, pour soie artificielle.
  • Machines motrices et machines-outils. — Brevets de Séguin & Cie, du 13 décembre 1827, pour une chaudière tubulaire ; de Beau de Rochas, du 16 janvier 1862, pour des perfectionnements à introduire dans les générateurs à vapeur ou les machines à gaz ; de Galle, du 4 juin 1829, pour chaîne sans fin et à engrenage ; de Thimonnier et Ferran, du 13 avril 1830, pour machine à coudre.
  • Travaux publics. — Brevet de Séguin Frères, du 25 avril 1825, pour innovations apportées dans la construction des ponts suspendus.
  • Métallurgie. — Brevet de Martin, du 10 août 1864, pour procédé de fabrication directe de l’acier fondu.
  • Arquebuserie et artillerie. — Brevets de Ghassepot, du 27 août 1866, pour fusil à aiguille se chargeant par la culasse ; de Turpin, du 7 février 1885, pour emploi comme explosif de l’acide picrique en poudre.
  • Horlogerie. — Brevet de Bréguet, du 19 Ventôse, An VI, pour échappement à force constante.
  • Télécommunications. — Brevets de Baudot, du 17 juin 1874, pour système de télégraphe imprimant rapide ; d’Ader, du 24 octobre 1879, pour téléphone récepteur à pôles magnétiques surexcités.
  • Métrologie légale. — Brevet de Palmer, du 7 septembre 1848, pour calibre à vis pour les mesures d’épaisseur et de diamètre.
  • Électricité. — Brevets de Ruolz, du 19 décembre 1840, pour procédé de dorure de l’argent sans mercure ; de Gramme, du 24 décembre 1863, pour perfectionnements aux machines magnéto-électriques ; de Planté, du 18 décembre 1867, pour nouvelle disposition des « batteries secondaires » qu’il avait présentées à l’Académie des Sciences, en 1860.
  • Chimie. — Brevet de Leblanc, du 27 septembre 1791, pour fabrication de soude extraite en grand du sel marin.
  • Éclairage. — Brevet de Lebon, du 6 Vendémiaire, An VIII, pour moyens nouveaux d’employer les combustibles plus utilement à la chaleur et à la lumière.
  • Cinéma. — Brevets de Reynaud, du 30 août 1877, pour appareil destiné à produire l’illusion du mouvement au moyen de dessins et de glaces mobiles, et du 1er décembre 1888, pour « Théâtre optique » ; de Marey, du 3 octobre 1890, pour tous dispositifs ayant pour effet de conduire une pellicule sensible au foyer de l’objectif en l’immobilisant au moment opportun pour la prise des images ; de Bouly, du 12 février 1892, pour « Cinématographe » ou appareil photographique instantané ; de Demený, du 10 octobre 1893, pour appareil destiné à prendre une série d’images photographiques à des intervalles de temps égaux et très rapprochés sur une pellicule sensible ; des frères Lumière, du 13 février 1895, pour appareil servant à l’obtention et à la vision des épreuves chrono-photographiques donnant l’illusion du mouvement.

Dans les inventions diverses, citons le brevet relatif au crayon Conté, du 11 Pluviôse, An III ; du chapeau-claque Gibus, du 28 février 1834 ; du manomètre Bourdon, du 18 juin 1849 ; du « procédé odorifique » Piver, du 20 juin 1856 ; du masque pour plongeur sous-marin de Rouquayrol, du 27 juin 1864. Parmi les pièces historiques exposées, on pouvait voir les lettres-patentes, délivrées le 7 juin 1551, à Abel Foullon, inventeur de caractères d’imprimerie, et le premier brevet français, délivré le 27 juillet 1791, à Louis-François Ollivier, manufacturier de fayence. Par sa grande richesse documentaire et par le soin apporté à sa présentation, ce catalogue constitue un précieux outil pour tous les historiens des techniques. Peut-être peut-on regretter que les conditions mêmes de sa diffusion ne lui permettent pas d’atteindre le large public qu’il eût mérité.
Maurice Bert.


 

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