Titre : Le miracle capétien / sous la dir. de Stéphane Rials Éditeur : Perrin Date d’édition : 1987 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k48089113


  1. AUX ORIGINES DE LA FORTUNE CAPÉTIENNE : L’HÉRITAGE MÉROVINGIEN ET CAROLINGIEN
    1. L ’attachement au principe dynastique
    2. L’exaltation du titre royal
    3. Le ministère royal et les engagements du sacre
AUX ORIGINES DE LA FORTUNE CAPÉTIENNE : L ’attachement au principe dynastique (pages 32 – 34)
Jacqueline THIBAUT-PAYEN

« Ce principe, découlant des pratiques mérovingiennes, et qui nous paraît évident pour l’avoir connu pendant treize siècles, ne l’était pas à l’origine »

M. Reydellet note finement que ce principe, découlant des pratiques mérovingiennes, et qui nous paraît évident pour l’avoir connu pendant treize siècles, ne l’était pas à l’origine. En effet, que l’on se tourne vers Rome ou vers les autres royautés barbares, l’hérédité n’est pas le mode habituel d’accession au pouvoir. Déjà pour Pline le Jeune, l’Empire doit appartenir à celui qui le mérite ; mais ce type de dévolution, apparemment séduisant, présenta en fait de graves inconvénients. Chez les Vandales, Genséric instaure à sa mort (477) un système relativement compliqué qui élimine la tradition du partage familial pour assurer l’unité de commandement. La transmission du pouvoir s’effectue uniquement en ligne masculine ; l’aîné des princes de la deuxième génération n’accède au titre royal qu’après la disparition du dernier survivant de la première. Ceci entraîne des crises lorsque le roi cherche à instaurer l’hérédité en ligne directe ; ainsi, malgré ses tentatives, Huniric ne peut empêcher que ses neveux Gunthamund et Thrasamund lui succèdent avant que son propre fils ne règne. Toutefois, nous ne pouvons suivre l’expérience vandale que durant quelques décennies puisque cette lignée est éliminée en 533 par la reconquête byzantine L’Espagne wisigothique connaît une destinée beaucoup plus longue et nous montre la rivalité des grandes familles pour le pouvoir. Parfois un roi cherche à associer au trône son frère ou ses fils, mais les essais échouent très rapidement. Si, à la fin du VIe siècle, on peut croire que l’hérédité va l’emporter avec les fils de Léogivile, l’aventure se termine mal pour Herménégild dont la conversion au catholicisme est perçue comme une trahison, et elle ne va pas au-delà de 601, date de la mort de son frère Récarède. Il faut d’ailleurs souligner que des rois fort appréciés et reconnus comme remarquables seront renversés et qualifiés de tyrans pour avoir voulu transmettre le pouvoir à leur fils. C’est le cas de Svintila, honni par le IVe concile de Tolède.

Cette histoire tumultueuse reflète donc des tentatives infructueuses pour essayer d’acclimater l’hérédité dynastique, tentatives toujours bouleversées par la pression des grands.

La situation est bien différente chez les Mérovingiens où l’on constate un très fort attachement au principe dynastique, aussi bien de la part de l’aristocratie que de celle des populations gallo-franques. Peut-être aussi les panégyristes gaulois de la fin du IIIe et du début du IVe siècle avaient-ils bien préparé les esprits des sénateurs gallo-romains à l’hérédité, favorisant ainsi son acceptation sans difficulté dans le regnum Francorum. Mais au-delà de cette empreinte, la vision chrétienne de l’histoire, liée à la conversion de Clovis, rejoint l’idée germanique d’une prédestination de la race royale à mener les destinées du peuple des Francs.

Ce sentiment se reflète dans les poèmes de Fortunat et dans l’œuvre de Grégoire de Tours. La race de Mérovée et de Clovis a seule le pouvoir de protéger les Francs et ce serait une malédiction de la voir s’éteindre. On voit éclater cette croyance dans le souhait exprimé par « les personnages les plus considérables […] de Soissons et de Meaux » qui sollicitent du roi Childebert II la présence d’un enfant royal afin, disent-ils, « que possédant chez nous un rejeton de ta lignée, nous résistions plus facilement aux ennemis, et que nous nous attachions plus vigoureusement à défendre le territoire de la ville ». Pourtant cet enfant n’avait que cinq ans !

Les liens tissés avec les Mérovingiens se manifestent aussi dans les difficultés rencontrées par les Pippinides lors de leur longue préparation du changement dynastique. Un coup d’essai est tenté par le maire du palais Grimoald (fils de Pépin l’Ancien) au milieu du VIIe siècle : il fait adopter son fils Childebert dit « l’Adopté » par le roi Sigebert III, alors sans descendance ; et lorsque celui-ci aura un fils, Grimoald l’écartera au moment de la succession. Mais cette expérience se soldera finalement par un échec et il faudra attendre presque un siècle pour que les Pippinides éliminent définitivement les descendants de Clovis.

A leur tour les Carolingiens appliqueront ce principe dynastique, lequel sera repris après quelques vicissitudes par les Capétiens qui hériteront ainsi d’un capital politique inappréciable. La durée, en effet, engendre la stabilité. Et c’est précisément la stabilité des institutions françaises que Machiavel nous enviera lorsque, écrivant Le Prince, il essaiera de conjurer le désordre de l’Italie de la Renaissance.

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