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Compositeur illustre de la Renaissance, Josquin Desprez bénéficia dans sa jeunesse de l’importante culture musicale de sa région natale, dans l’actuelle Picardie, avant de devenir lui-même l’un des plus talentueux promoteurs de l’École franco-flamande. Comme la plupart de ses pairs, il fut formé à la musique polyphonique sacrée, genre dominant de l’époque, avant d’accomplir une carrière nomade comme maître de Chapelle, en France et en Italie. Si l’essor de l’édition musicale favorisa sa renommée après sa mort, il fut reconnu dès son vivant comme un maître incontesté du contrepoint, cet art musical consistant à superposer plusieurs lignes mélodiques distinctes.

Josquin Desprez, de son vrai nom Josse Lebloitte, est né vers 1450 dans le Vermandois, petite région située autour de Saint-Quentin, entre Cambrai et Noyon. Son éducation musicale commence à la collégiale de Saint-Quentin, puis à Cambrai, célèbre à l’époque par la présence de Guillaume Dufay. Comme ses contemporains chanteurs, les années d’apprentissage de Josquin se poursuivent en « vicariant », en se déplaçant de cour princière ou royale en psallette ou chapelle musicale des dignitaires de l’église. En 1477, il rejoint la chapelle de René d’Anjou à Aix-en-Provence. À la mort de son protecteur en 1480, s’est-il mis au service du roi de France dans son château de Plessis-Lès-Tours ou à la Sainte-Chapelle à Paris ? Ces années d’itinérance, encore mal connues, lui permettent de connaître des maîtres qu’il admire, de connaître le style de chacun, de se forger ainsi le sien de même qu’une réputation dont témoignent ses premières œuvres (Adieu mes amours, Missa L’ami Baudichon), copiées en France comme en Italie.

Au début des années 1480, il est à Milan au service du cardinal Ascanio Sforza qu’il accompagne dans ses nombreux voyages lorsque ce dernier est nommé légat du pape. De cette période date le fameux Portrait de musicien de Léonard de Vinci dont le modèle pourrait être notre musicien. En juin 1489, il rejoint à Rome la chapelle papale et laisse, au cours de la décennie suivante, un grand nombre d’œuvres témoignant de sa maturité dans la science du contrepoint, dans la maitrise des grandes architectures musicales (les messes sur L’homme armé). À l’aube du siècle suivant, nous supposons que Josquin, maintenant considéré comme un des meilleurs maîtres de chapelle de l’époque par l’excellence de ses compositions,  se déplace beaucoup, en France à la cour de Louis XII, à Lyon, peut-être en Lorraine et en Espagne. Il accepte en 1503 la charge de « Maestro di Capella de Ferrare » et devient alors le chanteur le mieux rétribué de la chapelle ducale d’Hercule d’Este, forte de 34 chanteurs parmi les meilleurs de l’époque. Les chefs d’œuvre s’enchaînent dans cet univers stimulant (Virgo salutiferi, Miserere mei), mais en avril 1504, il prend définitivement congé de la cour et de la péninsule italienne, échappant ainsi l’année suivante à la peste qui emportera son duc et son successeur, le musicien Jacob Obrecht.

Manuscrit montrant le Kyrie de la Missa de Beata Virgine, une œuvre tardive. (Rome, Biblioteca Apostolica Vaticana) © WikiCommons

Josquin Desprez profite enfin de sa prébende à Notre-Dame de Condé-sur-l’Escaut, un bénéfice ecclésiastique accordé aux bons chanteurs pour leurs vieux jours. « Messire Josse des pres » y est prévôt, une charge enviée qui le met définitivement à l’abri de tout souci matériel. Son activité musicale est intense car il nourrit les premières éditions musicales de l’imprimeur Petrucci dès 1503 à Venise. D’autres volumes paraissent régulièrement jusqu’en 1514, reprenant chansons, motets et messes. En parallèle Josquin Desprez compose pour la cour de Marguerite d’Autriche à Malines (Mille regrets, Missa Faisant regrets) et le fameux atelier du copiste Alamire.

Le 23 août 1521, Josquin rédige son testament avant de rendre l’âme le 27 août. Il sera inhumé dans le chœur de Notre-Dame de Condé. Aujourd’hui, la tombe ainsi que l’église d’origine n’existent plus.

Le succès des pièces profanes (environ 75 chansons de trois à sept voix), ou religieuses comme ses motets (une soixantaine environ) se mesure déjà par le fait qu’un demi-siècle après la mort du compositeur, on les édite toujours. C’est très ironiquement que Georg Forster dans la préface d’un livre de motets paru à Nuremberg en 1540 signale la singulière activité post mortem de Josquin : « … Depuis la mort de Josquin, on trouve de lui davantage de motets que de son vivant… »

18 messes avérées et 14 fragmenta missarum complètent sa production religieuse. Elles témoignent, par le nombre de copies manuscrites, de l’estime dont le compositeur jouissait dans la seconde moitié du quinzième siècle. Les éditions imprimées tout au long du siècle suivant assoient définitivement la consécration du compositeur comme le  princeps musicorum, le prince des musiciens, le premier d’entre eux.

Portrait de Josquin Desprez, gravure parue dans Famous Composers and their works, vol.1, 1906 © WikiCommons

Ses œuvres sont imitées, prises comme modèle par les musiciens contemporains, ou citées dans les œuvres littéraires et traités musicaux. Josquin est ainsi « le maître des notes » pour Luther (1538), « l’empereur des chanteurs » pour Glarean (1547) qui le compare à Ovide, Cosimo Bartoli (1567) le plaçant à l’égal de Michel Ange ; François Rabelais le cite dans la liste des plus grands compositeurs de son temps (1552). Pierre Moulu (v. 1480 – 1550) l’évoque dans la pièce Mater floreat, résumant ainsi l’avis de tous : Josquin incomparabilis.

Jacques BARBIER, ancien Professeur des Universités
Centre d’Études Supérieures de la Renaissance – Université de Tours.

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