source : https://francearchives.fr/fr/pages_histoire/40061

Auteur du texte : Montaubin, Pascal

Recueil 2014

Louis IX a développé de manière exceptionnelle dans son gouvernement monarchique les vertus alors attendues d’un souverain chrétien et il n’eut pas d’égal dans la chrétienté contemporaine.


Poissy (Yvelines), 25 avril 1214 – Carthage (auj. une banlieue de Tunis), 25 août 1270

La naissance, le 25 avril 1214 à Poissy, du second fils du prince Louis (VIII) et de Blanche de Castille passa presque inaperçue, alors que les troupes du roi d’Angleterre Jean Plantagenêt (Jean sans Terre) et ses alliés menaçaient le domaine royal français jusqu’aux victoires capétiennes de La Roche-aux-Moines et de Bouvines (2 et 27 juillet 1214). Mais douze ans seulement plus tard, les morts successives de son frère aîné Philippe (1218), de son glorieux grand-père Philippe II Auguste (1223) et de son courageux père Louis VIII (1226) le conduisaient sur le trône de France, sous la tutelle de sa mère, régente puis en collaboration avec elle jusqu’à son décès en 1252.

Dans le « millénaire capétien », il figure parmi les plus éminents des souverains, par la longueur de son règne (1226-1270), par son éclat coïncidant avec l’apogée économique, politique et culturel de la France médiévale (le « bon temps de Monseigneur saint Louis »), par la reconnaissance de ses vertus chrétiennes sur les autels rapidement acquise en 1297. Il porta au plus haut point le prestige de la France et de la monarchie dans le monde euro-méditerranéen du XIIIe siècle dont il constitue la figure emblématique.

Son destin singulier apparaît d’autant plus attachant qu’il est éclairé par des sources historiques abondantes qui, malgré les constructions de modèles hagiographiques, laissent entrevoir l’individu dans sa vie quotidienne, entre sa mère envahissante, son épouse aimante Marguerite de Provence, et leurs onze (au moins) enfants, au milieu de ses sujets dans la simplicité qu’il imposa à sa cour, dans ses dévotions quotidiennes, dans la rage chevaleresque des batailles (Taillebourg en 1242, La Mansourah en 1250), ou encore dans son agonie sur un lit de cendres devant Tunis en 1270…

Ce roi s’est inscrit dans une histoire de France présentée sous le signe de la continuité depuis le baptême de Clovis assimilé à un sacre, comme en témoignent le réaménagement de la nécropole royale de Saint-Denis (1263-1267) ou encore la chronique de Primat. Il a poursuivi l’œuvre politique amorcée par ses prédécesseurs d’agrandissement du domaine royal (achat du comté de Mâcon en 1239, influence familiale en Toulousain et en Provence, renforcement de la pyramide féodale à son profit), de centralisation étatique et de modernisation administrative (Parlement, Cour des comptes, bailliages et sénéchaussées, etc.), occupant une place notable dans la lignée des « rois qui ont fait la France ».

Louis IX a développé de manière exceptionnelle dans son gouvernement monarchique les vertus alors attendues d’un souverain chrétien et il n’eut pas d’égal dans la chrétienté contemporaine. Il avait reçu ses valeurs de sa mère, entre autres, et s’évertua à les inculquer à ses enfants (Enseignements, vers 1267-1270, qui peuvent se résumer par « avance le bien de tout ton pouvoir »). Amoureux de son peuple, il opta pour une mise et un train de vie modestes (surtout à partir de la croisade de 1248), et il resta accessible pour rendre une justice impartiale, même à l’encontre des plus grands seigneurs du royaume, tel Enguerrand de Coucy. Personnellement vertueux et établissant un lien très étroit entre le souci du bien de son peuple et de son royaume et celui de son salut personnel, il entendit que ses officiers le fussent aussi, lançant de grandes enquêtes pour réparer leurs éventuels torts, tout comme il n’hésitait pas à user de coercition pour promouvoir un certain ordre moral, accentué par l’atmosphère pénitentielle qu’il développa pour préparer ses croisades : répression du blasphème, de l’usure et de la prostitution, marginalisation accrue des Juifs, mais aussi promotion des institutions religieuses (Sainte-Chapelle dans son palais, fondations d’hôpitaux comme les Quinze-Vingts pour 300 aveugles à Paris) et de courants ascétiques (cisterciens, franciscains et dominicains), tout en contenant les interventions temporelles du clergé.

Il triompha aussi comme roi pacifique selon les critères de son époque, imposant la paix publique dans son royaume (limitation des guerres privées), rétablissant la concorde avec les puissances chrétiennes (traité de Corbeil avec l’Aragon en 1258, traité de Paris avec les Plantagenêts d’Angleterre en 1259) afin de concentrer ses forces contre les musulmans. Sa conduite du peuple de France que Dieu lui avait confié pour le mener vers sa Cité céleste, conformément à la mission définie par son sacre le 29 novembre 1226, passait pour lui par la reprise de la Jérusalem terrestre. Il consacra dans ce but une grande partie des forces de son royaume et toutes ses forces personnelles, affrontant la maladie et la captivité en Égypte durant sa première croisade (1248-1254), rencontrant la mort à Tunis lors d’un second « pèlerinage outremer » qu’il laissa inachevé.

Ce modèle de charité continue à impressionner au-delà des tentatives de récupérations politico-religieuses dont il a fait l’objet au fil du temps, depuis les morceaux de son corps devenus reliques distribuées avec circonspection jusqu’aux images laïcisées de l’école communale. Son héritage apparaît par certains côtés difficile à promouvoir pour la République française et même l’Église catholique actuelle, mais par beaucoup d’autres, il reste à travers les siècles un exemple édifiant : « Il n’est pas donné à l’homme de porter plus loin la vertu » (Voltaire, Essai sur les mœurs, chap. LVIII). Et pour les peuples de la terre, il demeure Saint Louis, indissociable des Français.


Pascal Montaubin
maître de conférences en histoire médiévale université de Picardie-Jules Verne (Amiens)

Source : Recueil des commémorations 2014

 

 

 

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