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Création de la charge de lieutenant de police de Paris

Auteurs du texte : Stoll, Mathieu

Recueil des commémorations 2017

La création en 1667 de la charge de lieutenant général de police marque une étape décisive dans le processus de distinction entre « police » et « justice », jusqu’alors largement confondues


Création de la charge de lieutenant de police de Paris
La Police et la Sûreté rétablies dans Paris, 1665, étude de Charles Le Brun, vers 1674-1689, Paris, musée du Louvre, D. A. G. © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

Comme le racontent les vers de Boileau, lorsque Louis XIV « prend le pouvoir » en 1661, Paris a la réputation – méritée – d’être une ville insalubre et agitée. L’assassinat en 1665, dans leur propre hôtel, du lieutenant criminel du Châtelet et de son épouse décide le roi et Colbert à agir. Un conseil de police élabore pendant deux ans une série de mesures législatives pour améliorer l’état de la capitale. Puis, constatant l’incapacité de la myriade d’institutions chargées de la police de Paris à agir efficacement, Louis XIV profite de la mort du lieutenant civil du Châtelet, Dreux d’Aubray, pour dédoubler sa charge par un édit de mars 1667 et confier ses fonctions d’administration de l’ordre public à un lieutenant de police, qui devient lieutenant général de police en 1674.

Le terme même de « police » recouvrant alors des attributions bien plus étendues qu’aujourd’hui, les fonctions de ce personnage sont très vastes : urbanisme, sécurité contre les incendies, santé et hygiène, contrôle de la mendicité et ramassage des vagabonds qui sont envoyés à l’Hôpital général, surveillance de l’opinion, des moeurs et des marchés qui approvisionnent la ville, etc. Premier titulaire de la charge, Nicolas de La Reynie est à la manoeuvre lors du nettoyage de la cour des Miracles et de l’affaire des Poisons. Jusqu’à la Révolution, le lieutenant général de police joue également un grand rôle dans les affaires de moeurs, dont le roi et ses ministres sont friands, qui se concluent souvent par une lettre de cachet et l’embastillement. Au XVIIIe siècle, le lieutenant général de police devient un collaborateur régulier du roi ; cinq titulaires de la charge accèdent d’ailleurs par la suite à de véritables fonctions ministérielles. L’administration qu’il dirige se développe et se spécialise (six bureaux sous Sartine, neuf bureaux en 1789), jusqu’à dépasser en nombre celles des ministères des Affaires étrangères et de la Maison du roi. Sur le terrain, ses principaux collaborateurs sont les quarante-huit « commissaires enquêteurs examinateurs au Châtelet » (parmi lesquels le célèbre Nicolas de La Mare) répartis dans les vingt quartiers de la ville.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, l’essor des Lumières et la diffusion des idées nouvelles viennent contester le « despotisme de la police », devenue le symbole de la protection des nantis et de l’oppression des pauvres et des faibles. La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, traduit également le rejet de sa surveillance, de ses méthodes et de son emprise, considérées comme tentaculaires.

La création en 1667 de la charge de lieutenant général de police marque une étape décisive dans le processus de distinction entre « police » et « justice », jusqu’alors largement confondues. Elle signe également le début de l’effacement des institutions locales parisiennes, en particulier du Bureau de Ville, effacement qui durera jusqu’en 1977 sous l’égide de la préfecture de police de Paris, dernier avatar du lieutenant général de police.


Mathieu Stoll
archiviste paléographe

 

 

 

 

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