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RENOLIET, Jean-Jacques. L’UNESCO oubliée : La Société des Nations et la coopération intellectuelle (1919-1946). Nouvelle édition [en ligne]. Paris : Éditions de la Sorbonne, 1981 (généré le 30 avril 2021). Disponible sur Internet : . ISBN : 9791035103804. DOI : https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.46863.

Présentation

La faillite politique de la SDN ne doit pas faire oublier son action dans bon nombre de domaines techniques, souvent poursuivie après 1945 par des organismes dépendant de l’ONU. Ainsi, dans le domaine de la coopération intellectuelle, l’UNESCO a pris le relais de l’Organisation de Coopération Intellectuelle (OCI), qui a fonctionné de 1922 à 1946 et dont l’élément moteur a été l’Institut International de Coopération Intellectuelle (IICI). Ce dernier, malgré ses défauts – notamment son caractère élitiste – a été un véritable laboratoire de la coopération culturelle en vue de favoriser l’activité des intellectuels et la diffusion d’une conscience universelle et pacifiste. La présente étude retrace l’histoire de l’OCI de 1919 à 1946 et tente d’établir un bilan de l’action de l’IICI tout en rendant compte du fonctionnement d’une organisation internationale dans l’entre-deux-guerres, notamment dans ses rapports avec les États et en particulier avec la France, qui a été à l’origine de l’IICI et qui l’a hébergé à Paris de 1926 à 1946.

Préface
René Girault
p. 3-5
Texte intégral
Référence électronique du chapitre
https://books.openedition.org/psorbonne/46913

Voici un livre qui va beaucoup surprendre. Si l’actuelle UNESCO est relativement bien connue en France, quoique son action soit souvent comprise de manière fragmentaire et diverse, il n’en va pas de même pour ses « ancêtres », c’est à dire pour les Institutions internationales qui, pendant l’entre-deux-guerres, avaient tenté d’organiser une vie intellectuelle et scientifique commune pour tous les États membres de la Société des Nations (et même au delà). Si l’on réalisait un sondage aujourd’hui sur la connaissance de l’existence de ces Institutions, on peut estimer que 99 % des réponses seraient négatives ou « ignorantes », y compris chez les intellectuels. L’oubli est à peu près total sur le rôle et la place de l’Organisation de Coopération Intellectuelle (OCI) ou de l’Institut International de Coopération Intellectuelle (IICI) pendant l’entre-deux-guerres.

Pourtant, ces organismes ont eu alors une relative influence et, surtout, ils ont dégagé des idées neuves, ils ont proposé des actions concrètes largement porteuses d’avenir. Lorsque, durant le second conflit mondial, à Londres, les Alliés ont voulu préparer une Institution qui pourrait rassembler, coordonner, orienter la vie intellectuelle internationale future, l’éducation à la Démocratie et à la Justice parmi les peuples, ils disposaient déjà des expériences antérieures, même si les Anglo-Saxons, maîtres d’œuvre en ce domaine, affectèrent de vouloir totalement innover par rapport à ce passé culturel trop inspiré à leurs yeux par les Français.

Il était donc naturel, indispensable même, de faire revivre ces Institutions trop oubliées car trop discréditées à l’image de la Société des Nations, victime de son impuissance politique pendant les années trente. On a en effet englobé les Institutions genevoises spécialisées, tels le BIT, la Commission des Mandats ou de l’Hygiène, le Haut Commissariat aux Réfugiés, dans une sorte de réprobation ou de mépris global alors que les actions entreprises par celles-ci, notamment durant les années vingt, avaient largement préparé la réflexion et l’action des futures Institutions spécialisées de l’ONU. Certes, 1945 demeure un point de départ pour la diplomatie multilatérale du monde d’aujourd’hui, mais les orientations et les choix faits alors furent souvent inspirés par des expériences précédentes ; d’ailleurs, la permanence de certains acteurs d’hier dans les Institutions créées après 1945 montrait clairement que les continuités l’emportaient souvent pour traiter des problèmes culturels internationaux, bien que les « Grands » fussent différents des Puissances des années vingt.

Jean-Jacques Renoliet avait donc à reconstituer un passé largement oublié au point de se trouver presque devant des pages « blanches » au point de vue bibliographique – exception faite des travaux contemporains de l’entre-deux-guerres – ; toutefois, il disposait d’un atout de poids dans la mesure où les archives utiles se trouvaient à Paris, au siège de l’UNESCO, ou à Genève, dans les documents de l’ancienne SDN. Encore fallait-il trier dans un fatras de papiers le plus souvent administratifs fort techniques, assez tristes pour tout dire, afin de donner à cet obscur passé une consistance vivante, ou faire réapparaître les hommes à partir de rapports rébarbatifs. Il fallait aussi bien cadrer la recherche entreprise ; celle-ci était destinée non pas à dépeindre comment se réalisaient les relations culturelles internationales entre savants et écrivains, entre professeurs et philosophes, etc., mais à mesurer comment des Institutions internationales avec un noyau de fonctionnaires permanents avaient pu, ou su, faciliter, accélérer, orienter des actions conjointes de ces intellectuels dans une forme de diplomatie culturelle multilatérale. Les promoteurs de ces Institutions avaient bien en effet dès les débuts de leur action l’idéal de promouvoir de grandes idées communes avec des buts généraux susceptibles de répondre aux aspirations des peuples si durement touchés par le premier conflit mondial ; il s’agissait d’une politique culturelle cohérente visant à l’extension d’une culture capable d’assurer la paix entre les nations, la justice entre les hommes, le développement continu des progrès scientifiques et techniques. Compléter l’action pacifiste de la SDN par un volet culturel.

Grâce à une exploitation rigoureuse et minutieuse des différentes sources d’archives, J.-J. Renoliet restitue les étapes de ces « constructions culturelles », avec leur lente et difficile gestation, puis les enjeux politiques qu’elles représentaient, d’où les combats entre Puissances du moment, notamment entre Français et Britanniques, enfin les difficultés des années trente lorsque les extrêmes tensions internationales réduisaient de plus en plus les possibilités d’organiser de valables relations culturelles internationales. D’une certaine manière, on trouvera dans ce livre confirmation de l’opposition entre les années vingt – en fait jusqu’en 1931 –, où l’espoir d’organiser un monde meilleur pouvait encore exister, et les années trente, où le pessimisme ambiant et les secousses imprimées par les dictatures ne laissaient plus guère d’illusions quant à de fructueuses collaborations scientifiques ou culturelles. Preuves, s’il en fallait, que l’histoire des relations internationales comporte bien un volet culturel, comme le volet économique, le volet militaire ou le volet « mentalités collectives ». Dans sa Thèse, soutenue en 1995, J.-J. Renoliet avait arrêté son travail au début de la seconde guerre mondiale ; dans ce livre, il poursuit l’analyse jusqu’à l’immédiat après-guerre, soulignant ainsi combien l’UNESCO doit à ses devancières, bien que les esprits aient, à l’évidence, évolué devant les bouleversements introduits par – et dans – une guerre encore plus totale que la précédente. Peut-être les nouveaux rapports de forces issus du conflit, faisant des États-Unis et de l’URSS les grands vainqueurs, ont-ils également fortement joué pour expliquer les différences entre hier et aujourd’hui, tandis que les « vieux » États européens, auparavant à la tête de la SDN, devaient rentrer dans le rang. Ceci explique en particulier les raisons d’un relatif déclin de la France dans l’organisation d’une nouvelle Institution culturelle internationale, alors que son rôle avait été déterminant dans la création des années vingt ; toutefois, le choix de Paris comme siège permanent de l’UNESCO attestait d’une certaine reconnaissance de l’influence française en ce domaine. Encore une permanence.

Il ne saurait être question en quelques lignes de rendre compte de la richesse de l’ouvrage. L’auteur ne se contente pas de retracer l’évolution d’une Institution internationale illustrant déjà le fonctionnement si délicat de la diplomatie multilatérale ; il montre des responsables, notamment les directeurs Luchaire ou Bonnet, constamment préoccupés par des problèmes d’intendance et par les rivalités entre les acteurs-fonctionnaires de l’Institution ; l’étude des grandes orientations philosophiques ou littéraires demeure nécessaire, mais l’analyse au quotidien des déficits financiers ou des incompréhensions humaines fait mesurer les limites vraies d’un projet nécessaire et ambitieux. Il ne suffisait pas de rassembler les plus grands noms des communautés scientifiques ou intellectuelles pour promouvoir une action culturelle ; il fallait aussi des moyens – qui ne vinrent vraiment jamais, malgré un efficace et intéressé concours français – ; il fallait que les réflexes nationaux cèdent le pas à un idéal nouveau de coopération dépassant les traditionnels clivages nationaux. L’un des grands intérêts de ce livre est de ne pas s’en tenir à la façade des choses, aux grandioses projets, aux grandes rencontres entre intellectuels (même si ceux-ci ont une grande signification), mais, par le petit bout de la lorgnette, de nous entraîner dans le jeu complexe des rivalités étatiques ou personnelles rendant « laborieux » le rôle de l’OCI ou de l’IICI. C’est bien la juste mesure des choses que J.-J. Renoliet veut exprimer : des ambitions aux réalités, il y eut souvent plus qu’un écart, quelles qu’aient pu être les qualités et la persévérance des principaux acteurs. L’histoire des Institutions, c’est d’abord celle des hommes qui les servent et qui s’en servent. Sans tout ramener à l’intendance et au quotidien, l’auteur sait nous montrer la part du rêve ou de l’espoir et la part du prosaïque et de l’illusion. Pour autant, ainsi qu’on l’a déjà dit, cette UNESCO oubliée méritait de sortir de l’ombre, à la fois pour ce qu’elle fut, un précurseur dans une époque très troublée, et pour ce qu’elle présageait, une volonté de réunir les intellectuels dans des perspectives communes, au service d’idéaux de paix et de progrès. Encore un livre pionnier, solide, neuf et clair.

Introduction
p. 7-8
Texte intégral
Référence électronique du chapitre
https://books.openedition.org/psorbonne/46918

Bien que le Pacte de la SDN ne contienne aucune disposition relative à la coopération intellectuelle, le Conseil et l’Assemblée de la SDN adoptent en septembre 1921 une proposition française suggérant la constitution d’un organisme international du travail intellectuel destiné à renforcer la collaboration dans ce domaine et à susciter la formation d’un esprit international pour consolider l’action de la SDN en faveur de la paix. La Commission Internationale de Coopération Intellectuelle (CICI) est officiellement créée en janvier 1922 et constitue la première pièce de ce qui va devenir une organisation technique de la SDN formellement reconnue en septembre 1931, l’Organisation de Coopération Intellectuelle (OCI). Celle-ci comprend d’autres institutions créées autour de la CICI : les commissions nationales de coopération intellectuelle, constituées dans un nombre croissant d’États à partir de 1923 ; l’Institut International de Coopération Intellectuelle (IICI), inauguré à Paris en 1926 ; l’Institut International du Cinématographe Éducatif (IICE), ouvert à Rome en 1928. Le destin de ces différents organismes n’est pas le même : l’IICE est fermé le 31 décembre 1937 quand l’Italie quitte la SDN ; la CICI tient sa dernière session en juillet 1939 ; l’IICI fonctionne jusqu’en juin 1940 – date à laquelle il est fermé par les autorités allemandes –, rouvre ses portes en 1945 et disparaît en 1946 pour laisser place à l’UNESCO – au sein de laquelle subsistent les commissions nationales –, qui assure donc avec l’OCI une continuité institutionnelle et même géographique puisque, comme l’IICI, son siège est à Paris.

Seul un public de spécialistes connaît aujourd’hui l’OCI, dont la brève existence a été éclipsée par l’UNESCO. Pourtant, les deux organisations sont intimement liées par une origine commune – les ravages de la guerre – et un but identique – contribuer au rapprochement des peuples pour favoriser la paix – : l’UNESCO est fille de l’OCI – comme l’ONU l’est de la SDN – et leur structure différente, loin d’en faire des étrangères, prouve que l’UNESCO s’est bâtie en tenant compte de l’expérience de l’OCI. De façon générale, en tant qu’excroissance de la SDN, l’OCI est un bon exemple du développement, caractéristique du XXe siècle, des organisations internationales spécialisées dans un domaine technique : longtemps considérées comme secondaires, celles-ci, gouvernementales ou non, s’affirment aujourd’hui comme des partenaires indispensables des relations internationales, profitant depuis longtemps de l’impuissance ou de la paralysie, liées aux rivalités politiques des États, des institutions généralistes comme la SDN ou l’ONU. Étudier l’histoire de l’OCI, c’est donc contribuer à écrire l’histoire des organisations techniques de la SDN, dont beaucoup survivent d’ailleurs dans le système onusien (le BIT, par exemple). Mais la coopération internationale que veut développer l’OCI s’applique à un domaine un peu particulier, à savoir celui de l’esprit. Étudier l’action de l’OCI, c’est essayer de montrer ce que fut la première expérience de coopération intellectuelle internationale visant à créer une conscience universelle et pacifiste, en signalant ses carences mais aussi ses promesses et ses leçons pour l’avenir : en particulier, c’est poser la question de l’engagement politique des intellectuels et montrer la difficulté d’une organisation internationale à concilier ses idéaux fondateurs fondamentalement politiques – la défense de valeurs humanistes – avec un apolitisme nécessaire à l’obtention de la participation de tous les États. Car l’action de l’OCI se développe dans un environnement politique et économique particulier – celui de l’entre-deux-guerres – et doit compter avec les États, qui interviennent à un double titre : d’une part, la culture – et en particulier l’éducation – est un de leurs centres d’intérêt et devient de plus en plus, depuis la fin du XIXe siècle, un outil de leur diplomatie et un vecteur de leur influence, notamment en ce qui concerne la France ; d’autre part, toute organisation internationale a vocation à affirmer ses compétences et à écorner la souveraineté des États. Étudier l’histoire de l’OCI, c’est donc apprécier le rôle de la culture comme moyen de rapprochement ou d’affrontement des États, mais aussi éclairer leurs rapports – toujours actuels – avec une institution internationale.

Les réponses à toutes ces questions ont été recherchées dans une documentation qui fait la part belle aux archives de l’IICI, conservées à l’UNESCO, de la SDN et du Quai d’Orsay. Pour rendre intelligible l’histoire de l’OCI – dont a été exclu l’IICE, qui constitue une entité bien distincte, mais au sein de laquelle l’IICI, qui s’impose comme son organe principal dans les années trente, a été privilégié –, cette abondante documentation a été organisée selon un plan à la fois chronologique et thématique. La première partie retrace l’histoire, courte mais mouvementée, de l’OCI : les conditions de sa formation, de 1919 à 1926, lorsque la SDN décide de s’occuper de la coopération intellectuelle, qui n’est pourtant pas mentionnée dans son Pacte, en acceptant la création de la CICI puis de l’IICI, en grande partie sous l’influence de la France, qui semble mue par une véritable ambition culturelle ; sa contestation et sa réforme, de 1926 à 1930, sous les coups répétés de la Grande-Bretagne et du Secrétariat de la SDN ; sa promotion au sein de la SDN, de 1931 à 1940, dans un contexte difficile ; enfin sa disparition, de 1940 à 1946, handicapée par la fermeture de l’IICI pendant l’Occupation et concurrencée par le projet anglo-saxon d’UNESCO. La deuxième partie décrit le fonctionnement de l’IICI, poumon de l’OCI, sous quatre principaux aspects : les problèmes matériels (en matière de personnel, de locaux et surtout de budget), qui sont souvent révélateurs de ses difficultés à se faire accepter par les États ; l’intérêt globalement limité que lui portent ces derniers ; l’importance des autres partenaires (commissions nationales et associations notamment) ; enfin, les réalisations somme toute honorables, étant donné les circonstances défavorables et les difficultés matérielles.

Chapitre I. La formation de l’OCI (1919-1926)
p. 11-76
Première page
Référence électronique du chapitre.
https://books.openedition.org/psorbonne/46928

Bien que le Pacte de la SDN n’ait pas prévu la création d’un organisme technique chargé de la coopération intellectuelle, la Commission Internationale de Coopération Intellectuelle (CICI) est créée par la SDN en 1922. Ses débuts modestes sont marqués par l’influence de la France, qui suscite en retour la méfiance de la Grande-Bretagne. Proposé par la France en 1924 pour conforter son influence et pour permettre à la CICI de poursuivre ses travaux, l’Institut International de Coopération Intellectuelle (IICI) est inauguré à Paris en 1926.

[…]

Jean-Jacques Renoliet
Est agrégé d’histoire et enseigne actuellement en lycée à Evreux. Il a soutenu à Paris-I, en novembre 1995, une thèse sur l’Institut International de Coopération Intellectuelle de 1919 à 1940, qui a été enrichie par de nouvelles recherches pour les besoins du présent ouvrage.

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