via books.openedition.org/

GAUDE-FERRAGU, Murielle (dir.) ; VINCENT-CASSY, Cécile (dir.). « La dame de cœur » : Patronage et mécénat religieux des femmes de pouvoir dans l’Europe des xive-xviie siècles. Nouvelle édition [en ligne]. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2016 (généré le 22 avril 2021). Disponible sur Internet : http://books.openedition.org/pur/45650. ISBN : 9782753555563. DOI : https://doi.org/10.4000/books.pur.45650.

Quatrième de couverture

Entre dévotions privées et mémoire dynastique, la question du mécénat et du patronage religieux des femmes de pouvoir permet d’aborder l’histoire de leur spiritualité, mais s’inscrit aussi dans une histoire plus politique du pouvoir, et de son partage entre les sexes. Majoritairement écartées de la Couronne et du pouvoir réel au bas Moyen Âge, les reines se sont-elles distinguées par un investissement plus grand dans le domaine du sacré ? Dans l’association délibérée d’un couple, le monarque incarnait-il davantage l’auctoritas et son épouse la caritas ? Loin de l’histoire engagée du genre, il faut concevoir le pouvoir en termes de complémentarité. Il est néanmoins nécessaire de s’interroger sur la (ou les) spécificités du patronage féminin ; en d’autres termes, existe-t-il des domaines spécifiquement féminins d’appropriation ou d’incarnation du sacré ? C’est sous cet angle d’analyse, à la confluence du politique et du religieux, qu’est abordé l’ensemble des reines-consorts des royaumes européens (France, Italie, Espagne, Pays-Bas) dont les parcours sont examinés sur un temps long, du xive au xviie siècle, dans une perspective comparatiste.

Toutes les formes d’interventions religieuses sont ici évoquées par les meilleurs spécialistes internationaux de l’histoire politique et artistique du Moyen Âge et de l’époque moderne : fondations d’églises, de couvents et d’hôpitaux, legs pieux et charitables, patronages et collections d’ouvrages religieux, mais aussi commandes architecturales ou artistiques.

L’image et le culte de saint Louis dans la Monarchie hispanique
Le rôle des « reines de paix » (du milieu du XVIe siècle au milieu du xviie siècle)
Fabien Montcher
p. 167-191
Référence électronique du chapitre
http://books.openedition.org/pur/45681


EXTRAIT
§ 1 à 4

Entre le XVIe siècle et le XVIIe siècle, l’échange de princesses entre la France et la Monarchie hispanique contribua à la stabilité des relations politiques entre chacune de ces monarchies. Leurs mariages avec l’un des héritiers de la monarchie voisine servirent à sceller les paix franco-espagnoles les plus prometteuses. Depuis peu, ces reines, en particulier celles d’origine française devenues reines à la cour d’Espagne, font l’objet d’études visant à comprendre les modes d’exercice de leur pouvoir et leur contribution aux interactions franco-espagnoles dans des domaines aussi variés que ceux de la politique, des arts ou encore des dévotions de la réforme catholique. Entre le milieu du XVIe siècle et le milieu du XVIIe siècle, le patronage religieux de ces reines fut l’un de leurs principaux atouts politiques. Ce dernier joua un rôle prépondérant dans la construction transnationale des pratiques et des images du pouvoir royal à l’époque moderne.

En privilégiant une approche biographique de ces reines tout en restant sensible à leurs entourages et à leurs sphères d’influence à la cour d’Espagne, cet article examine comment le patronage religieux des reines de paix d’origine française, en particulier à travers la mémoire du saint roi Louis IX (1214-1270), fut utilisé pour diversifier les voies de communication politique et consolider les images du pouvoir entre la France et la Monarchie hispanique. En tant que médiatrices du sacré et de la paix, ces reines peuvent être présentées comme les héritières des « Filiae regis Francorum » qui, entre 1270 et 1380, contribuèrent à la consolidation du lignage et du pouvoir par la grâce de la royauté française. On sait aussi, grâce à Jacques Le Goff et à Cecilia Gaposchkin, que les représentations historiques de la vie de saint Louis servirent à délimiter un espace symbolique favorable à son intercession au-delà des frontières du royaume de France. Or, à travers l’internationalisation du culte de saint Louis à la fin du XVIe siècle, par l’intermédiaire du patronage religieux des reines de paix, les Habsbourg d’Espagne trouvèrent une nouvelle voie pour légitimer leur présence à la tête de la Monarchie hispanique bien au-delà du règne des Rois Catholiques.

Le culte de saint Louis permit un profond renouvellement de l’image du pouvoir royal dans la Monarchie hispanique à la fin du XVIe siècle. À l’inverse de la France, la Monarchie hispanique ne disposait pas d’un roi saint. Les rois d’Espagne accaparèrent l’image la plus humaine du saint roi Louis IX. Certes, ce phénomène d’appropriation ne se limita pas à cette seule figure historique. Dans le domaine du théâtre par exemple, le dramaturge Antonio Mira de Amescua (1577-1644) créa plusieurs pièces qui adaptaient les faits historiques les plus célèbres de la royauté française tels que la conversion de Clovis (r. 481-511) au christianisme. Mais par ses liens directs avec l’Espagne, la mémoire de saint Louis vint couronner un système de représentation visant à l’exaltation catholique de la Monarchie hispanique. Durant les périodes de paix franco-espagnoles, le contenu de ce culte devint extrêmement malléable de part et d’autre des Pyrénées. En France, cette appropriation hispanique suscita les inquiétudes d’une royauté en reconstruction.

En insistant sur les phénomènes d’appropriation de l’imaginaire monarchique français dans les mondes ibériques, cet article prendra le contre-pied d’une historiographie qui souligne de manière unilatérale les influences hispaniques dans la France du XVIIe siècle. Je me concentrerai sur les périodes d’alliances et de conflits qui, entre 1559 et 1640, contribuèrent à ce que le patronage religieux des rois d’Espagne fît sien le culte de saint Louis. Lorsque les princesses de France, Élisabeth de Valois (1545-1568) et Isabelle de Bourbon (1602-1644) arrivèrent dans la Péninsule Ibérique, elles établirent depuis la cour d’Espagne un point de contact décisif à partir duquel circulèrent les multiples représentations de saint Louis. L’analyse portera aussi sur la façon dont les rois de France tentèrent de récupérer ce culte à travers le prisme hispanique pour en faire l’un des fondements de la monarchie absolue française. Cette récupération prit deux formes : l’une fut celle de la concurrence du culte avec l’Espagne, l’autre celle d’une association avec ce même royaume. Dans les deux cas, l’appropriation du culte de saint Louis par la Monarchie hispanique devint une véritable industrie qui, en plus des reines de paix, impliqua de multiples traducteurs, hommes de lettres, anciens ligueurs et peintres ainsi qu’un nombre considérable de fondations pieuses.


Fabien Montcher
Assistant Professor à Saint Louis University. Il travaille sur les pratiques savantes et la circulation des savoirs dans les monarchies ibériques et la République des lettres à l’époque moderne. Il prépare actuellement un ouvrage intitulé Scholarship and the Making of Politics in Early Modern Empires. The Iberian Routes of the Republic of Letters (c. 1580-c. 1640).

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