source : https://francearchives.fr/fr/commemo/recueil-2000/38798

Auteur du texte : Thuillier, Jacques

célébrations nationales (archivesdefrance)
Recueil 2000
Claude Gellée, dit le Lorrain
Chamagne, près de Mirecourt, 1600 – Rome, 23 novembre 1682

« Son propos essentiel, c’est à chaque fois l’étude de la lumière« 


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Paysage au joueur de flûte Nancy, musée des Beaux-arts © RMN – Jean Schormans

Claude Gellée, surnommé de son vivant Claudio Lorenese ou Claude Lorrain, est resté l’un des peintres les plus célèbres du XVIIe siècle. Avec Poussin, son aîné de quatre ans et son ami, il forme un de ces couples qui en France scandent toute l’histoire de l’art et de la littérature : on dit Claude et Poussin comme on dit Rabelais et Montaigne, Corneille et Racine, Boucher et Fragonard, Voltaire et Rousseau, Ingres et Delacroix, Braque et Picasso…

Mais faut-il parler d’une célébrité française ou internationale ? Claude est né en Lorraine, alors que ce duché faisait encore partie de l’Empire, mais dans le bourg de Chamagne, qui relevait du diocèse de Toul, soit l’un des « Trois Évêchés », déjà plus ou moins dépendants du royaume de France. Dès l’âge de 13 ou 14 ans, il se rend à Rome et il va y passer toute sa vie, à part un séjour à Naples, vers 1619-1620, et une tentative pour s’établir à Nancy, en 1625-1626. Mais en 1627 il se retrouve à Rome qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort. Cette existence fut confortable et calme, entièrement consacrée à la peinture. Le succès, la célébrité viennent vite. Dès 1640, les prix de Claude sont si élevés qu’il peut réserver ses tableaux aux amateurs les plus avertis et les plus riches d’Italie et d’Europe. Parmi eux figurent quelques Français, comme Philippe de Béthune ou Liancourt, de sorte que les collections royales, à la fin du siècle, posséderont un certain nombre de ses paysages, ceux-là mêmes qui aujourd’hui forment le fonds du Louvre, somme toute assez mince. Ce seront les Anglais qui, dès la fin du XVIIe siècle et au XVIIIe, s’engoueront du peintre et accapareront la plus grande partie de ses toiles ; c’est dans la peinture anglaise que l’art de Claude trouvera l’écho le plus fidèle (Richard Wilson, Turner, etc.).

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Le Débarquement de Cléopâtre à Tarse Paris, musée du Louvre © RMN – Jean Arnaudet

Claude a volontiers accepté le surnom de « Lorrain » et n’a jamais oublié Chamagne, qu’il appelait la mia patria. Mais son art ne relève ni de la Lorraine ni de Paris. Même s’il a pu subir l’influence de Goffredo Wals à Naples et celle d’Agostino Tassi, formé à Florence, il appartient tout entier au foyer romain. Il s’inspire souvent de sites précis de Rome (le Forum, le palais du Capitole, la villa Médicis, etc.), et c’est la Méditerranée, entre Ostie et Naples, qui lui inspire ses plus belles marines. Ses sujets sont pour la plupart empruntés à la légende latine. Il semble bien que son éducation soit restée assez rudimentaire ; mais le milieu romain lui a offert beaucoup mieux : un savoir diffus qui lui venait des amis, des conversations, des exemples, des monuments et même des paysages, une culture vécue au quotidien sur le mode poétique. D’où ce curieux mélange, propre à l’art de Claude, d’érudition dans le choix des sujets et de réalisme familier, parfois même touchant à la naïveté, dans la composition et les personnages.

Comment expliquer alors l’audience internationale qu’il a obtenue ? C’est que le sujet et le site ne sont chez lui guère plus que des prétextes, et que cette naïveté poétique est aussitôt transfigurée par l’audace du parti et par une sensibilité infaillible. Son propos essentiel, c’est à chaque fois l’étude de la lumière : et par là il atteint d’emblée à une poésie universelle. Car la lumière ne vient pas seulement agrémenter ses compositions : Claude lui soumet tout le tableau. Un schéma géométrique assez simple, colonnes de palais ou mâts de navires bien souvent, suffit à établir une structure solide ; et dès lors la lumière peut s’insinuer partout, se glisser dans le gréement des bateaux, multiplier les reflets sur les vagues, sur les dalles humides des quais, s’éparpiller dans les feuillages, fondre les lointains et faire briller au premier plan quelques taches de bleu et de rouge vif. Grâce à Claude, et jusqu’à la fin de l’Impressionnisme, cette quête passionnée de la lumière sera désormais au centre de la peinture de paysage. Mais on ne peut oublier qu’il fut le premier à oser peindre de face le soleil.


Jacques Thuillier
professeur au Collège de France
 

 

 

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