via Persée

Josifov Miloschev Boris. La contribution de la France au développement de l’instruction supérieure en Bulgarie, au cours de la seconde moitié du XIXe siècle.. In: Revue d’histoire des sciences et de leurs applications, tome 23, n°2, 1970. pp. 165-169.


TEXTE INTÉGRAL

Les relations entre la Bulgarie et la France au cours de la deuxième moitié du xixe siècle sont spontanées et très diverses. Aussi bien en période d’esclavage que de liberté (après 1878) nos intellectuels ont toujours entretenu avec la France des relations en voie d’incessant développement dans le domaine de la science et des arts, de la culture et de l’enseignement.

Ces pages sont le résumé d’une monographie inédite consacrée pour une bonne part à la grande contribution de la France au développement de l’instruction supérieure de 1836 à 1910. Les données sont authentiques et proviennent uniquement de sources officielles bulgares. C’est pour la première fois chez nous qu’on examine ce problème et notre étude reflète objectivement le volume réel de la contribution française dans ce domaine.

La situation politique et les événements diplomatiques du xixe siècle expliquent l’accroissement de l’influence culturelle de la France au sein des Slaves du Sud dans le cadre de l’Empire turc. La politique officielle de la France avait été, dans une grande mesure, mise en pratique par les missionnaires, les médecins, les journalistes, les pédagogues, les ordres et la presse catholiques, dans les hôpitaux modernes et les écoles d’élite français qui se trouvaient dans la partie européenne de l’Empire turc, généreusement subventionnés par la France. C’est à ces personnes et ces institutions que revient le grand mérite de l’élargissement et de l’approfondissement de l’influence politique de la France au sein des Slaves du Sud et de la Sublime Porte.

La jeunesse romantique bulgare suivait avec un vif intérêt les événements politiques de France, qui offraient l’occasion de grands débats révolutionnaires. Les intellectuels bulgares éprouvaient une profonde estime pour la science et la culture françaises, aspirant à une instruction solide et moderne.

Pour cette raison la France a été depuis toujours le rêve des intellectuels et de la jeunesse révolutionnaire bulgares. Même au cours de la sombre époque de l’esclavage turc, un certain nombre de jeunes Bulgares (34 pendant la période 1836-1877) avaient obtenu des diplômes d’études supérieures en France, dont 29 à Paris, 3 à Montpellier et 2 à Aix. Selon les spécialités ils se répartissent comme suit : médecine, 15 ; droit, 7 ; belles-lettres, 1 ; histoire, 1 ; génie civil, 1 ; théologie, 1 ; sciences commerciales, 1 ; et différentes autres disciplines, 7 personnes. Une partie de ces étudiants s’étaient installés à Paris, comme les médecins N. Piccolo, P. Beron, At. Bogoridi, Iv. Bogorov, où ils travaillaient paisiblement et s’élevèrent au rang de savants de renommée européenne.

Ces 34 talentueux Bulgares, dignes disciples des Français, jouèrent un rôle important dans l’histoire de la Bulgarie comme dirigeants de la lutte pour l’indépendance religieuse et la liberté politique. Après la libération du pays du joug turc (1878), ils furent les premiers édifîcateurs du nouvel Etat bulgare.

Selon leur tempérament et leur talent, on compte parmi eux des Révolutionnaires : N. Voïvodov, Dr G. Mirko vitch, 0. Panov, etc. ; des Politiciens : M. Balabanov, Dr Al. Exarque, etc. ; des Médecins : Z. Stroum- ski, Iv. Seliminski, St. Jordanov, T. Stoyanovitch, etc. ; des Juristes : l’Exarque Joseph Ier, T. Ghichkov, At. Ghopov, etc. ; des Ecrivains : St. Mikhaïlovski, I. Grouev, St. Popov, Dr Iv. Bogorov, etc. ; des Instituteurs-pédagogues : R. Radoslavov, D. Slavtchev, II. Jetchkov, T. Kra- levski, etc. ; des Professeurs : Dr P. Protitch, Dr St. Tchomakov, etc. ; des Savants : Dr N. S. Piccolo, Dr P. Beron, Dr At. Bogoridi, etc. ; des Journalistes : Ghr. Vaklidov, N. Guénovitch, N. Mikhaïlovski, D. Velixin, etc. ; des Philologues : At. Ouzounov, V. Naïtchov, P. Dobro- vitch, etc. ; des Ministres : D. Grekov, Dr G. Athanassovitch, Gr. Natcho- vitch, etc. ; des Diplomates : G. Krastevitch, K. Tzankov, N. Guéndovitch, St. Popov, etc. ; des Métropolites : Panaret Rachev, le Dr méd. Evêque Evstatii Zografski et un Exarque : l’Exarque Joseph, le Prométhee bulgare, diplomate en soutane, primat de l’Eglise orthodoxe bulgare.

Vers la fin de l’esclavage, en Bulgarie habitaient un certain nombre de médecins français : Puillet (1859, à Stara-Zagora) ; Nicot, Lamère, Chartoula, Spagnolo (1875-1877, à Istanbul) ; les ophtalmologistes Leibnessi et Ghagran (1875-1877, à Istanbul), Cimmène et Gouraud dans différentes villes bulgares ; Ducorp, Ducar, Desillies, et Calivient (1865- 1877, à Sofia). Tous ces médecins étaient en relations étroites avec la population bulgare locale et jouissaient d’une grande autorité auprès d’elle. Quelques-uns d’entre eux collaboraient à la presse bulgare (Ghar- toula et autres), d’autres défendaient le peuple bulgare dans la presse turque (Gouraud, etc.). Une troisième catégorie de médecins fit l’objet de dignes louanges dans la presse bulgare à cause de leur attitude humanitaire envers notre peuple (Gimmène, Ducorp, etc.).

Après la libération du pays (1878), l’une des tâches principales du nouvel Etat bulgare fut la formation de cadres de jeunes gens instruits.

Pour ce faire on envoya de jeunes Bulgares talentueux étudier comme boursiers de l’Etat dans différentes universités en Europe, et on fonda en 1888-1889 l’Université de Sofia. On faisait appel à des spécialistes étrangers en cas de besoins particuliers.

Au cours de la période 1879-1909 plus de 1 988 jeunes Bulgares (dont 86 femmes) terminèrent des études supérieures en Europe. De ces 1 988 personnes plus de 500 personnes (25 %) firent des études supérieures en France.

Pendant la période 1879-1897 les écoles supérieures françaises avaient délivré des diplômes d’enseignement supérieur à 182 Bulgares, dans les spécialités suivantes : agriculture, 1 ; sciences politiques, 4 ; sciences administratives, 4 ; finances, 4 ; belles-lettres, 1 ; génie civil, 9 ; architecture, 4 ; chimie, 1 ; histoire, 1 ; pédagogie, 1 ; musique, 2 ; arts, 4 ; droit, 18 ; sciences naturelles, 4 ; philologie française, 12 ; commerce, 1 ; médecine, médecine vétérinaire, stomatologie, pharmaceutique et gynécologie, 83 personnes, ainsi que 28 autres diplômés de plusieurs écoles spéciales. Ce sont incontestablement les pionniers de l’édification de la vie spirituelle et matérielle du jeune Etat bulgare. Quelques-uns sont devenus ministres (Beltchev, Goudev, Ludskanov, etc.), économistes de renom (Sakarov, etc.), éminents médecins (Golovina, Kalevitch, etc.), politiciens, etc.

La période de 1898-1909 est marquée par la prédominance de l’instruction française. Des 1 593 personnes diplômées des écoles supérieures étrangères, 318 l’ont été en France. La priorité française dans le développement de l’instruction supérieure en Bulgarie est très bien illustrée par le tableau suivant :

Ces données confirment la première place de l’Université de Montpellier suivie par celle de Paris. Quant aux jeunes filles bulgares ayant fait des études supérieures en France, au nombre de 21, la première place revient à Nancy : 11 personnes, suivie de Montpellier : 5, Lyon : 3 et Toulouse : 2.

En outre, la période 1898-1909 est très intéressante au point de vue du développement qualitatif et quantitatif de l’instruction supérieure en Bulgarie. Les spécialistes ayant étudié en France se répartissent ainsi :

Parmi ceux qui ont étudié en France dans la période 1898-1909 il faut mentionner d’éminents savants bulgares : les professeurs de médecine : M. Popov, К. Pachev, M. Petrov, T. Petrov, V. Boev, K. Dimitrakov, Kiprov, L. Popov, Sahatchiev, P. Stoyanov, etc. ; de droit : Dr St. Danev, Dr T. Koulev, qui ont été ministres et diplomates, St. Mikhaïlovski, poète et écrivain satirique, Dr P. Stoyanov, le plus grand spécialiste bulgare en matière de finances ; de philosophie : Em. p. Dimitrov, poète et écrivain, et Iv. Sarailiev ; de chimie : D. Ivanov et de mathématiques : K. Popov ; les médecins révolutionnaires : B. Tatartchev, D. Vladov, Chr. Dimitrov, N. Guérassimov, P. Kouchev, G. Nicolov, N. Golev, Jor. Yantchoulev et médecins hommes publics : T. Philippov, G. Stoyanov, P. Lazarov, P. Morphov, D. Stoyanov, N. Golev, etc., qui, en tant que médecins de l’Exarchat bulgare à Constantinople, travaillèrent en Macédoine et en Thrace, soumises à la domination turque, jusqu’à la Guerre balkanique de 1912. Quelques-unes de ces personnalités étaient de proches amis de l’éminent journaliste français Pressensé et par son truchement, dans les colonnes du journal L’Aurore, firent connaître à l’opinion publique européenne l’équité de la cause nationale bulgare.

Une partie du corps enseignant et des assistants de la première Université bulgare « Sv. Kliment Ohridski » à Sofia, sont de formation scientifique française ou ont fait des stages de spécialisation en France. Au cours de la période 1888-1928 plus de 257 professeurs et 30 chargés de cours avaient fait leur études supérieures en France et 44 y avaient suivi des stages de spécialisation (jusqu’en 1910). Sous ce rapport le cas de la Faculté de Médecine est typique. Ouverte en 1918, parmi ses 32 professeurs et titulaires des chaires fondamentales, 11 sont de formation française et 13 autres sont allés faire, après l’ouverture de la Faculté, des stages en France. La proportion des cadres d’assistants de la Faculté est à peu près semblable : de 106 personnes 20 possédaient des diplômes français d’enseignement supérieur et 9 avaient fait des stages en France. Ainsi, il est logique d’admettre que la Faculté de Médecine de Sofia est fortement influencée par la pensée, l’école et les traditions médicales françaises. Dans le domaine des arts, les grands maîtres bulgares Andrei Nicolov (sculpteur) et Vladimir Dimitrov-Maïstora (peintre décorateur) sont de formation française.

Jusqu’à la libération de la Bulgarie (1878), une grande partie de ceux qui ont étudié en France sont d’actifs vulgarisateurs de la culture française au sein du peuple bulgare. Ils ne se contentent pas de traduire différents auteurs français en bulgare, mais rédigent aussi des dictionnaires, grammaires, syntaxes et manuels pour l’étude de la langue française en Bulgarie.

Signalons encore que le peintre français Fourcaud, qui a vécu en Bulgarie après 1878, a laissé des traces profondes dans notre peinture, ayant enseigné à l’Ecole de Dessin (la future Académie des Beaux- Arts) jusqu’en 1896.

Le nouvel Etat bulgare a apprécié hautement la noble et utile contribution de la France aux différentes branches de la culture, de la science, des arts et de la technique bulgares : durant la période de 1879-1909 plus de 400 Français de diverses professions ont été honorés de décorations et distinctions bulgares.

La présente étude n’est qu’un fragment d’une plus vaste enquête sur les Relations culturelles entre la Bulgarie et la France dans le passé ; on voit l’intérêt qu’elle présente aussi bien pour l’histoire et la science de la Bulgarie que pour celles de la France.

Sofia, 1968.

Dr Boris Josifov Miloschev.

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