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Le petit journal. Supplément du dimanche 04 juin 1911, p. 2/8

Fondé en 1863 par Moïse Polydore Millaud, Le Petit Journal était un quotidien parisien républicain et conservateur parmi les plus populaires sous la troisième République. Le journal jouit vite d’un succès commercial sans précédent, renforcé par la publication de divers suppléments, parmi lesquels son célèbre « supplément du dimanche » ou encore Le Petit Journal illustré. La publication s’achève à l’orée de l’année 1944.

Le petit journal. Supplément du dimanche 04 juin 1911, p. 2/8 – copie d’écran

EXTRAIT

Tel est l’événement dont la Normandie fête aujourd’hui le millénaire. Eh quoi, diront les gens à principes intransigeants, mais ce qu’on va célébrer là c’est l’anniversaire d’une conquête étrangère, le triomphe de la barbarie du Nord sur la civilisation de Charlemagne. Pas tout à fait, quoiqu’il en semble.

D’abord, Rollon devenu duc de Normandie n’était plus un barbare. Son long séjour au pays neustrien l’avait affiné et civilisé. Il était déjà plus franc que Scandinave. Et puis, dans la circonstance, le vrai conquérant ne fut pas celui qu’on pense. A la vérité ce sont les vainqueurs qui se plièrent aux mœurs, aux coutumes, au langage, à la religion des vaincus. Ces hommes du Nord venus seuls, sans femmes et sans famille, du pays des brumes, se marièrent avec des filles de Neustrie et créèrent des foyers français. Dès la première génération, ils s’étaient fondus dans la race vaincue par eux.

Mais ils lui avaient apporté de nouveaux éléments de force, d’énergie, un amour des conquêtes, un goût des aventures qui se traduisirent par ces expéditions épiques des Tancrède, des Robert Guiscard, de Guillaume le Conquérant, et de tous ces navigateurs normands qui firent retentir le monde du bruit de leurs exploits.

Ce que fête la Normandie, ce n’est pas l’anniversaire d’un traité qui la livra à un prince étranger, c’est le millénaire de sa véritable fondation territoriale. Auparavant, elle se confondait dans le royaume neustrien avec une partie de la Bretagne, avec la Picardie, l’Artois. De cette année 911, où le pays fut érigé en duché, la race normande exista ; elle vécut de sa vie propre et donna librement la mesure de son génie. Les princes Scandinaves n’étaient pas seulement des hardis guerriers : c’étaient encore des administrateurs habiles et énergiques. Sous leur gouvernement, le pays prospéra et la Normandie fut la plus active la plus riche, la plus puissante des provinces françaises.

Voilà ce que fêtent les Normands d’au jourd’hui. Ils fêtent la puissance, la grandeur, la richesse de leur province et tous ces fastes du passé dont profite si largement la France du présent. Quelle région française, en effet, peut plus justement que celle-ci se glorifier de ce que lui doit la France ? A l’heure où l’on commence à comprendre, dans ce pays, tous les dangers d’une centralisation excessive, comment n’applaudirait-on pas à l’initiative de cette province qui, avec un légitime orgueil, évoque les plus beaux souvenirs de son histoire et s’efforce de maintenir ainsi des traditions qui sont les plus hauts témoignages de son glorieux passé ? Ernest LAUT.

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