Bruxelles ville d'art et d'histoire, Le quartier royal (Région de Bruxelles-Capitale, 1995)
Bruxelles ville d’art et d’histoire, Le quartier royal Broché / 50 pages / édition de 1995 langue(s) : français éditeur : Région de Bruxelles-Capitale collection : Bruxelles, Ville d’Art et d’Histoire numéro : 15 dimensions : 210 (h) x 150 (l) x 5 (ép) mm poids : 130 grammes

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Bruxelles ville d’art et d’histoire, Le quartier royal (Région de Bruxelles-Capitale, 1995)


EXTRAITS

Après l’incendie de l’ancienne Cour en 1731, sept siècles d’histoire furent effacés pour laisser la place au projet urbanis­tique du quartier Royal, important ensemble architectural clas­sique, réalisé sous l’impulsion conjointe du gouvernement autrichien et des autorités de la Ville de Bruxelles au début des années 1 770.

Bruxelles ville d'art et d'histoire, Le quartier royal (Région de Bruxelles-Capitale, 1995)
Représentation théâtrale sur la place des Bailles au XVIIe siècle.

[…]


LA CRÉATION DU PALAIS ROYAL

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Vue de la place Royale avec, au centre, la statue pédestre du duc Charles de Lorraine.

Tant la Maison impériale que la Ville et les États de Brabant souhaitaient ardemment la réédification du palais, symbole du prestige de Bruxelles, mais les finances d’aucune des parties ne permettaient une entreprise d’une telle envergure. Des pro­jets furent avancés, mais aucun ne vit le jour. li fallut attendre près de quarante ans avant que le duc d’Ursel, gouverneur militaire de Bruxelles, ne proposa de transformer la place des Bailles en une esplanade pour les parades militaires. La Ville fit une requête auprès du· gouvernement autrichien afin que l’ingénieur Claude Fisco, contrôleur des travaux publics de Bruxelles, soit chargé d’un plan d’aménagement assez simple, prévoyant une place rectangulaire autour de laquelle seraient maintenus les bâtiments existants. Cependant, le plan initial fut abandonné lorsqu’en 1769 les Etats de Brabant votèrent une statue pour célébrer les vingt-cinq années de gouvernement de Charles de Lorraine. Le ministre plénipotentiaire de l’impéra­trice Marie-Thérèse encouragea vivement ce projet et proposa également la création d’une place Royale en guise d’écrin pour le monument commémoratif. Le choix de l’emplacement se porta immédiatement sur la place des Bailles, et en 1774, le projet était approuvé par Vienne qui nomma Ange de Limpens alors conseiller des finances pour régler les problèmes pra­tiques avec la Ville tandis que le prince Adam de Starhemberg, ministre plénipotentiaire depuis 1 770, était responsable des travaux et rendait régulièrement des comptes au gouverneur et à Vienne. Désireux d’élever Bruxelles au rang des capitales européennes, Charles de Lorraine suggéra qu’il soit fait appel à des architectes français, jouissant alors d’une grande renom­mée.


Urbanisme et Raison

Belg_bruxelles_place-royale_©Photo News
Vue aérienne de la Place Royale, Bruxelles_©Photo News

Faisant largement recours au programme architectural imposé, le modèle d’urbanisme du Siècle des Lumières est le reflet des concepts philosophiques de Descartes et Voltaire qui préconi­saient la supériorité d’une ville créée de toute pièce sur les agglomérations ayant connu un développement plus empirique. La ville n’existe plus uniquement pour satisfaire les seuls caprices d’un monarque, mais devient une œuvre de la raison et de la volonté humaine, qui se doit d’offrir un cadre meilleur à tous les hommes.

Guidée certes par un souci de qualité de vie, cette architecture de décor se tourne avant tout vers la vie publique, sociale et mondaine. En effet, le XVIIIe siècle voit la construction de places, de halles, de fontaines ou encore de théâtres et autres lieux de divertissements où prédomine l’alignement de façades d’une grande sobriété, voire d’une façade unique reprenant la forme d’un palais ou d’un hôtel de maître. Les places royales découlent de ces ensembles à programme imposant aux acquéreurs des terrains une servitude perpétuelle auxquels s’ajoute un élément nouveau, l’érection d’un monument en l’honneur du souverain. Chaque fois qu’elles en ont l’occa­sion, les villes demandent au roi la permission de lui élever une statue. Jusque dans les années 1750, elles représentent ce dernier en guerrier victorieux, mais ensuite, on assiste à une mutation des mentalités et le souverain, despote éclairé et pacificateur, est représenté debout ou assis. Afin de conduire le regard vers la statue érigée au centre, l’accès à la place se fait par les axes médians. D’autres rues aboutissent malgré tout aux angles des places, mais elles sont cachées par des artifices, des grilles ou des arcades. A l’imitation de la France et des places royales de Paris, Nancy ou Reims, ce thème se répandit dans toute l’Europe au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle, comme en témoignent la place du commerce à Lisbonne, la place Amalienborg à Copenhague et bien enten­du la place Royale à Bruxelles.


Du Moyen Âge au Néoclassicisme

Pour Bruxelles qui en cette fin de siècle présentait encore des ruelles pittoresques et tortueuses, reflet d’une société bour­geoise ancrée dans ses traditions médiévales, le projet d’amé­nagement de l’ancien Palais ducal constitua une rupture qui marqua tous les grands travaux d’aménagement du XIXe siècle. Découlant d’une réflexion urbanistique globale qui allait bouleverser la structure du haut de la ville, la création d’axes et de percées larges et rectilignes mettait en communi­cation directe les différents quartiers et les principaux édifices: ainsi la rue Royale se prolongera d’une part vers la rue de la Régence dont la perspective est fermée par le Palais de Justice et d’autre part vers le palais de Laeken, avec une interruption du tracé au niveau de l’église Sainte-Marie; la rue de la Loi aboutira au Cinquantenaire pour se prolonger jusqu’à Tervueren tandis que les rues transversales du parc s’ouvraient vers la vieille ville par des «fenêtres panoramiques», et du côté opposé, donneront naissance au quartier Léopold et à sa struc­ture en damier.


Un plan général d’aménagement

Comme les finances de la Ville ne permettaient pas de s’atta­cher les services d’un nom prestigieux, c’est finalement Gilles ­Barnabé Guimard de Larabe qui fut chargé d’exécuter une grande partie des plans et intervint en 1775 comme conduc­teur des travaux. Il était assisté de Claude Fisco, du contrôleur ­adjoint Louis-Joseph Baudour et du jardinier de l’orangerie Joachim Zinner, lequel supervisa les travaux du parc. Par contre, l’architecte français Jean-Benoît-Vincent Barré, dont le nom revient régulièrement dans les documents de l’époque, semble avoir essentiellement joué un rôle consultatif bien qu’il ait proposé de nouveaux plans et élévations pour la façade de l’église Saint-Jacques et pour le Passage des Colonnes, sugges­tions qui ne furent que peu suivies. L’ensemble du projet appa­raît finalement comme une entreprise collective orchestrée par Guimard.

Ponctuée de huit pavillons reliés par des portiques à chaque angle, dont certains camouflent une voie de passage, la place s’ouvre suivant les axes médians et l’église Saint-Jacques occu­pe le centre du long côté face à la ville basse et à la flèche de l’hôtel de ville. Les façades des édifices, recouvertes d’un enduit et peintes selon les spécifications de l’architecte, sont faites de la répétition d’une même travée présentant une arca­de fermée en bossage au rez-de-chaussée et deux croisées de hauteur inégale à pilastre plat, couronnées par une balustrade. Les plans à peine acceptés par l’impératrice Marie-Thérèse, Starhemberg lui suggéra d’élargir le projet en créant un parc autour duquel s’agencerait un nouveau quartier à la place de la Warande, laissée à l’abandon. Le parc devenant le pivot central du projet, il fallut modifier l’orientation de la place, laquelle au lieu d’être dans la continuité de la rue Royale fut placée dans l’axe d’une des allées du parc.

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