Histoire militaire de la France, des Merovingiens au Second Empire
Histoire militaire de la France Des mérovingiens au Second Empire Olivier WIEVIORKA, Hervé DREVILLON, Xavier HÉLARY, Benjamin Deruelle, Annie CREPIN, Bernard GAINOT Date de parution : 30/08/2018, Editions PERRIN, 550 p.

PRÉSENTATION

Toute l’histoire militaire de la France des Mérovingiens à nos jours, en deux volumes.

Que la guerre ait contribué à la construction institutionnelle et sociale de la France relève de l’évidence, d’autant que l’armée représente un élément fondateur de l’État-nation. Pour mieux comprendre la nature des liens unissant les Français à leur armée comme la guerre à l’Etat, il fallait rendre compte de 1 500 ans d’histoire. Dans sa globalité. Car le fait militaire dépasse les grands cadres d’organisation, le matériel ou les structures de l’armée ainsi que sa composition… Il oblige à penser le rapport au politique ainsi qu’à la société dans son ensemble et incite à revenir sur les engagements, en réfléchissant sur la stratégie et la tactique, en décrivant les grands conflits, en s’attardant, enfin, sur la réalité du combat, l’armement, la violence de guerre et son imposition aux civils.

Ce premier tome s’ouvre avec les Mérovingiens pour se conclure sur la guerre franco-prussienne de 1870. Non que l’on puisse dès le ve siècle parler de la France en tant que telle, mais il est nécessaire d’insister sur une forte continuité, matérialisée par le titre de Rex Francorum, « roi des Francs », porté par les souverains de trois dynasties sur plus de mille ans. A l’époque moderne, la figure du roi puise dans la guerre le fondement même de sa souveraineté, à l’image de François Ier recevant à Marignan son sacre militaire ou de Louis XIV, « roi de guerre » par excellence. La gloire du souverain mobilisa alors, avec une ampleur et une intensité inédites, les ressources du royaume et contribua ainsi à l’affirmation de la nation, qui se constitua en corps politique souverain avec la Révolution française.

La formation d’une armée véritablement nationale se combina alors avec d’autres innovations, telles que le système divisionnaire, qui conférèrent aux armées une efficacité et une mobilité inédites, dont Napoléon sut exploiter tous les avantages, au point de se laisser griser par cette faculté de porter le danger au cœur des territoires ennemis. La défaite de Waterloo ne mit pas fin à l’ambition d’étendre la domination française à des territoires lointains, mais cette stratégie impériale quitta l’horizon européen pour investir les espaces coloniaux. Ainsi, des champs catalauniques aux contreforts des Aurès, l’histoire militaire de la France raconte la genèse d’une riche et passionnante relation entre la nation, l’Etat et le territoire.


Introduction générale

LES CONTROVERSES NÉES DE RÉCENTS DÉVELOPPEMENTS de l’historiographie ont fini par construire l’illusion d’une incompatibilité radicale entre les approches globale et nationale de l’Histoire. L’histoire militaire de la France permet de dépasser cette stérile opposition : elle envisage la Nation dans un environnement qui la dépasse. La guerre, en effet, est une relation à l’Autre. Comme le souligne Thierry Widemann, la stratégie est le « registre de l’action humaine dont l’objet est la volonté de l’autre ». De fait, la guerre oblige à une interaction permanente avec l’adversaire, contribuant ainsi à l’affirmation d’une culture partagée. Dès le Moyen Age, la pensée militaire revêtit une dimension européenne nourrie de la référence commune aux auteurs latins, tels que Végèce (IVe siècle apr. J.C.), puis, portée par la diffusion de l’imprimerie, elle se déploya dans un véritable espace public transnational. La fréquence des guerres et la circulation des hommes (mercenaires, prisonniers, déserteurs, etc.) renforcèrent l’uniformisation des pratiques et des théories. Comme le soulignait le comte de Guibert en 1772 : « Aujourd’hui donc toutes les nations de l’Europe se modèlent les unes sur les autres. Mais c’est dans les constitutions et les méthodes militaires que cette imitation est la plus marquée et la plus générale. » Et c’est précisément à l’apogée de ce processus d’uniformisation que certains auteurs tentèrent de concevoir un « système de guerre national », en imaginant de nouvelles formes de service militaire et des principes tactiques jugés plus fidèles au génie français.

Le lien entre globalisation et nationalisation de la guerre n’est pas propre au siècle des Lumières. Les deux conflits mondiaux du XXe siècle ont révélé d’inédites échelles de la guerre, mais également de nouvelles formes d’interdépendances, dans le jeu des coalitions et des régulations internationales. C’est ainsi que s’affirmèrent, après 1945, de nouvelles structures interétatiques telles que l’ONU, l’OTAN ou l’Union européenne. Dans cet environnement, la France se dota de l’arme nucléaire, ultime instrument de la souveraineté, qui sacralisa le principe de la sanctuarisation du territoire jadis imaginé par Vauban. La bombe atomique s’affirmait alors comme la continuation du pré carré par d’autres moyens. Dans Penser la guerre, Clausewitz, Raymond Aron s’est interrogé sur la pertinence, à l’ « âge planétaire », du modèle de Clausewitz à une époque où la volonté politique engagée dans la guerre reposait intégralement entre les mains du monarque.

Au-delà de la théorie clausewitzienne réactualisée par Raymond Aron, la guerre interroge le fait national. L’histoire militaire de la France ne se réduit pas à une glorieuse identité nationale toujours égale à elle-même, depuis ses origines franques. Elle montre comment, dans l’interaction avec ses voisins et dans un environnement de plus en plus mondialisé, la France s’est constituée en nation, par la structuration de l’Etat et la mobilisation du corps social qui, à partir de la Révolution française, s’affirma comme corps politique, lorsque le soldat façonna le citoyen. Le fait militaire se révèle ainsi comme un phénomène total relié à tous les secteurs de la société, de l’économie, de la politique, de la diplomatie et, bien sûr, de la culture. L’histoire militaire a longtemps souffert d’avoir négligé cette polysémie, mais elle se prête désormais à une grande diversité d’approches qui l’intègrent pleinement dans le champ des renouvellements historiographiques.

Toutefois, la diversité de ces points de vue ne doit pas occulter la spécificité de la dimension militaire. La violence de guerre n’est pas réductible à la souffrance infligée aux individus. Elle a ses raisons qui se déploient à l’échelle du combat, de la tactique ou de la stratégie. Longtemps, cette rationalité a été dominée par des motifs logistiques et les paramètres de l’économie de moyens, qui déterminait le déploiement de la force sur le théâtre des opérations. L’historien du fait militaire cherche ainsi à comprendre comment l’ensemble des facteurs politiques, économiques, sociaux, diplomatiques et culturels se combinent pour façonner la réalité des champs de bataille. Cette configuration singulière constitue, selon l’expression de Clausewitz, une « grammaire », c’est-à-dire la forme spécifiquement militaire de la politique.

La guerre, toutefois, n’est pas le seul objet de l’histoire militaire. La « constitution militaire » de la France, selon une expression courante à la veille de la Révolution française, en a également déterminé l’organisation politique, y compris en temps de paix. La pratique de la guerre a, depuis longtemps, structuré le corps social. Dans la société féodale, elle justifiait l’essence même de la noblesse, l’ordre des bellatores, dans la tripartition fonctionnelle résumée par Adalbéron de Laon au XIe siècle : « Sur terre, les uns prient, d’autres combattent et d’autres enfin travaillent. » A partir du règne de Charles VII, en se transformant progressivement en institution permanente, l’armée exigea, pour son administration et son financement, le renforcement de l’appareil d’Etat et de la fiscalité, qui marqua durablement la relation entre le roi et ses sujets. Plus tard, à l’âge de la conscription, le service militaire façonna le corps politique et social de diverses façons, en contribuant notamment à la cristallisation d’archétypes de masculinité modelés par la vie des casernes.

Profondément enracinée dans la société, l’institution militaire, du reste, ne fut jamais exclusivement dédiée à des missions de guerre. Elle fut également une force de police, dont la gendarmerie nationale créée en 1791 à partir de la maréchaussée fut la principale composante.

Aujourd’hui encore, l’affectation des forces armées à des missions de sécurité reste un fait majeur illustré, au-delà de la mission « Sentinelle », de multiples façons. L’armée de l’air assure la surveillance de l’espace aérien, tandis que la marine nationale est chargée de l’ « action de l’Etat en mer », qui recouvre un très large spectre d’activités, depuis la surveillance du littoral jusqu’aux opérations militaires en haute mer.

L’ambition de présenter l’histoire militaire de la France dans toute la diversité de ses fondements et de ses déclinaisons constitue un héritage de l’entreprise collective dirigée, en 1992, par André Corvisier. Cette œuvre pionnière a ouvert de nombreuses voies, que les auteurs des deux présents volumes ont explorées et prolongées pour découvrir de nouveaux horizons selon un plan chronologique qui permet à chacun de présenter une vision globale de sa séquence, conformément à l’ambition de décloisonner l’histoire militaire.

La césure de 1870 sépare les deux volumes, car elle marque l’entrée dans un nouvel âge de la guerre où l’universalisation de la conscription, dans un nouvel environnement technologique, crée les conditions d’une massification des conflits et de leurs dommages. De fait, les taux de mobilisation et le niveau des pertes franchirent des seuils inédits lors de la Première Guerre mondiale. En 1915, alors qu’il voyait se déchaîner l’apocalypse qui allait engloutir son propre fils, Emile Durkheim dénonça la « guerre systématiquement inhumaine » dont il attribuait la responsabilité à l’Allemagne, mais dont la logique entraînait également la France dans la spirale de la guerre totale. Cent ans après la fin de ce cataclysme subsiste encore le défi de le comprendre et de le situer dans la longue histoire militaire de la France.

HERVÉ DRÉVILLON et OLIVIER WIEVIORKA


Introduction du premier volume

EN 1857, Napoléon III inaugura le camp de Châlons appelé à devenir un haut lieu de la culture et de la mémoire militaires françaises. Desservi par une ligne de chemin de fer et équipé du télégraphe, ce camp à la pointe de la modernité était destiné à l’entraînement de l’armée, mais également à l’exposition de son faste retrouvé après les années d’humiliation consécutives à la défaite de 1815. C’est cette fonction de célébration qui fut illustrée par le peintre Edouard Detaille dans son tableau La Revue de Châlons du 9 octobre 1896.

Situé à l’ouest de Valmy sur l’axe Verdun-Paris, le camp de Châlons se trouvait sur la route des invasions qui visaient la capitale, comme l’avaient démontré les campagnes de 1792 et de 1814. Le souvenir de la chute du Premier Empire était encore vivant sous le Second, car la France avait alors vécu l’expérience traumatisante de l’invasion et de l’occupation. Ainsi s’explique le mythe de la bataille d’arrêt livrée in extremis dans les plaines de Champagne autour de la Marne, dont le scénario ne surgit pas par hasard en septembre 1914. Cette mythologie illustrée par Bouvines, Valmy et d’autres exploits guerriers plus anciens fut ressuscitée par le goût de Napoléon III pour l’archéologie.

L’empereur ordonna des fouilles sur le site du camp de Châlons, qui était établi sur l’oppidum de La Cheppe réputé avoir été occupé par Attila au moment de la bataille des champs Catalauniques livrée en 451. Comme à Alésia et à Gergovie, Napoléon III entendait retrouver les traces archéologiques de cette protohistoire de la nation française forgée dans la résistance à l’envahisseur. La concordance entre le camp d’Attila et celui de Châlons établissait un parallèle trop flagrant pour échapper au zèle des thuriféraires de l’Empire. En 1858, Adolphe Guérard en exposa l’évidence dans un ouvrage au titre bavard : Camp de Châlons. Attila, roi des Huns – Napoléon III, empereur des Français. La barbarie et la civilisation ou le camp d’Attila et le camp de Napoléon III (dans les champs Catalauniques ou plaines de Châlons), Ve et XIXe siècles :

Quelle étrange, quelle merveilleuse chose que de voir ces Huns atroces, ces dévastateurs sans pitié ni merci, ces rêveurs insensés de la conquête du monde, anéantis au cinquième siècle sur le même sol, dans la même contrée, sur le même théâtre, où, après quatorze siècles, les fils de leurs vainqueurs et les vainqueurs de leurs fils apparaissent glorieux et calmes pour essayer de nouvelles forces, se préparer à de nouvelles luttes et pour de nouveaux lauriers.

Adolphe Guérard établissait une douteuse filiation entre l’armée française victorieuse en Crimée (1854-1856), terre des Tatars, et la coalition des Romains et des Wisigoths vainqueurs des Huns d’Attila lors d’une violente « tempête des nations ». Partisan de l’Empire, il voyait dans la Nation non pas l’affirmation d’un corps politique souverain, mais l’épiphanie d’une identité rêvée. Mais les vainqueurs d’Attila ne formaient pas une nation. Pas plus que l’assemblage composite de soldats réunis, quelques décennies plus tard, dans l’armée de Clovis qui, probablement, accueillit même des Huns et d’autres Barbares.

A défaut de révéler l’essence éternelle d’une improbable identité nationale, le fait militaire contribua à la construction institutionnelle, territoriale et même sociale de la France. Longtemps, ce processus s’incarna dans la figure du roi, qui puisa dans la guerre le fondement même de sa souveraineté, à l’image de François Ier recevant à Marignan son sacre militaire représenté sur le bas-relief de son tombeau dans la basilique de Saint-Denis. Avec Louis XIV, la figure du « roi de guerre » atteignit un paradoxal apogée, car la gloire du souverain mobilisa avec une ampleur et une intensité inédites les ressources de son royaume. La milice royale inaugura, en 1688, une forme primitive de conscription, tandis que l’accroissement de la pression fiscale justifiait la critique de ceux qui, comme Fénelon, appelaient le roi à ne pas sacrifier à ses ambitions les intérêts de ses sujets.

L’armée, l’impôt et la Nation. C’est au cours de la guerre de Cent Ans que cette équation s’était esquissée. Dès le début du conflit, en 1342, sous le règne de Philippe VI, l’impôt de la gabelle s’était étendu à tout le royaume. Un siècle plus tard, en 1439, la taille fut instituée pour financer les réformes militaires mises en œuvre par Charles VII. A ce moment-là, la « nation France » s’incarnait à la fois dans l’armée qui se battait pour bouter les Anglais hors du royaume et dans la communauté de ceux qui payaient l’impôt pour financer l’armée royale. La guerre devint alors l’affaire de l’Etat, dont la raison fut théorisée à l’initiative de Richelieu, au sortir des guerres de Religion. Dans un royaume divisé par la guerre civile, l’armée s’était imposée comme un espace de coexistence religieuse où catholiques et protestants apprirent à combattre côte à côte. L’Etat et ses raisons façonnèrent la Nation et délimitèrent les contours d’une nouvelle forme de civisme. En 1775, lorsque Turgot élabora un projet de réforme fiscale dans son Mémoire sur les municipalités, il décrivit l’obligation fiscale avec des accents qui rappelaient l’exigence civique du service militaire. Le patriotisme avait alors le double visage de l’engagement militaire et du consentement à l’impôt. Cette convergence n’était pas abstraite. Elle s’incarnait dans le territoire, à la fois fondement de l’organisation fiscale, objet et enjeu de la stratégie militaire.

La défense du territoire façonna progressivement le système militaire de la France. Le développement de stratégies de domination territoriale se concentra sur l’enjeu des fortifications, qui subirent à partir de la fin du XVe siècle un profond mouvement de transformation, aboutissant deux siècles plus tard à la formation du pré carré. La guerre fut alors dominée par les exigences d’une rigoureuse économie de moyens, par laquelle la monarchie répartissait et gérait les forces sur l’ensemble du territoire. Ce faisant, le roi unifiait le territoire placé sous sa souveraineté et conférait à la France une réalité inscrite dans l’espace et dans les structures militaires affectées à sa défense.

La gestion des moyens humains et matériels déployés dans la guerre relativisa le rôle des batailles, au point que celles-ci semblèrent se résumer, au XVIIIe siècle, à une sorte de rituel de violence. Nulle bataille ne pouvait alors décider du sort des guerres, qui se jouaient, avant tout, dans la maîtrise des espaces dominés par les places fortes où se concentraient les ressources logistiques nécessaires à la survie des armées ainsi assignées à résidence.

Les innovations, telles que le système divisionnaire, introduites par la Révolution française conférèrent aux armées une mobilité inédite, dont Napoléon sut exploiter tous les avantages, au point de se laisser griser par cette faculté de porter le danger au cœur des territoires ennemis et de les soumettre par les armes. La campagne de 1812 témoigna de cette hybris et rappela à l’Empereur qu’il était impossible, malgré l’agilité et l’efficacité de la Grande Armée, d’occuper l’Espagne et en même temps d’envahir la Russie. Comme le souligna le général Rogniat en 1817, Napoléon, qui était « admirable pour combattre et vaincre ses ennemis sur le champ de bataille, admirable pour les surprendre dans leur marche, attaquer et dissiper leurs colonnes, ne savait pas faire une guerre méthodique, la seule cependant qui puisse asseoir des conquêtes stables en Europe ».

L’échec napoléonien ne mit pas fin à l’ambition d’étendre la domination française à des territoires lointains, mais cette stratégie impériale quitta l’horizon européen pour investir les espaces coloniaux. En Algérie, la logique territoriale transforma la conquête coloniale en une entreprise sanglante motivée par la volonté de soumettre sans partage un espace et sa population. Cette entreprise militaire façonna une nouvelle image de la Nation désormais étendue au-delà de la métropole et symbolisée par le zouave, cet exotique combattant d’Afrique du Nord accoutré d’un improbable uniforme qui devint un archétype de la valeur française. Dans les Souvenirs d’un zouave, publiés en 1866, l’écrivain et journaliste Louis Noir présenta cette nouvelle figure du panthéon militaire national en écrivant : « De même que, d’après la recette si connue : pour faire un civet il faut d’abord un lièvre ; pour faire un vrai zouave il faut d’abord un Français. »

Des champs Catalauniques aux contreforts des Aurès, l’histoire militaire de la France raconte non pas la geste d’une éternelle identité, mais la genèse d’une riche et complexe relation entre la Nation, l’Etat et le territoire.

HERVÉ DRÉVILLON

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