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Hecht Jacqueline. Pierre de Boisguilbert ou la naissance de l’économie politique. (Présentation d’une publication de l’I.N.E.D.). In: Population, 22ᵉ année, n°1, 1967. pp. 111-116.

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RÉSUMÉ

Poursuivant la série des rééditions de grands classiques, l’I.N.E.D. vient de publier un ouvrage en deux volumes sur Boisguilbert, économiste plus ancien encore mais aussi important que Cantillon et Quesnay. Mme Jacqueline Hecht, spécialiste des doctrines économiques, qui a dirigé les recherches sur tous les points, et rassemblé une importante documentation inédite, présente ici le nouveau cahier et l’auteur qui l’a inspiré.


Plan

  • Les raisons d’un choix.
  • La vie et l’œuvre de Pierre de Boisguilbert.
  • Le Boisguilbert classique.
  • L’interprétation moderne.
  • La descendance spirituelle de Boisguilbert.
  • La publication de l’I.N.E.D.
  • Biographie, correspondance, bibliographies.
  • La réédition des œuvres.
  • Perspectives nouvelles.

PIERRE DE BOISGUILBERT
OU LA NAISSANCE DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE

Présentation d’une publication de l’I. N. E. D.

TEXTE INTEGRAL


Les raisons d’un choix.

S’il est un titre âprement discuté, c’est bien celui de « père de l’économie politique ». Longtemps attribué à Adam Smith, il parut ensuite devoir être conféré à « l’ingénieux et profond auteur » du Tableau économique, François Quesnay, auquel Smith avait eu l’intention de dédier son ouvrage. Hommage, certes, grandement mérité par celui qui, dès le milieu du XVIIIe siècle, avait su bâtir tout un corps de doctrine, où Smith, aussi bien que Ricardo et Marx, devaient butiner leur miel. La contestation n’en fut pas close pour autant, car le progrès des recherches et des études critiques devait faire remonter les origines de la science au début du XVIIIe, au moment où Richard Cantillon disputait à Law les bénéfices de la folie mississipienne, ou même à la fin du XVIIe, époque où, des deux côtés de la Manche, deux esprits combatifs et non-conformistes devaient, à quelques années d’intervalle, élaborer cette « arithmétique politique » grosse de deux sœurs jumelles : l’économie et la démographie. William Petty en Angleterre, Pierre Le Pesant de Boisguilbert en France eurent des destinées comparables et laissèrent une œuvre dont la puissance et l’originalité, déjà entrevues par un auteur aussi compétent que Marx, ne devaient être pleinement reconnues que de nos jours. Séparé de Quesnay par l’étonnant Richard Cantillon, Boisguilbert sut à peu près seul, sans littérature économique antérieure capable de le former, sans contact (hormis Vauban et Saint-Simon) avec les grands esprits de sa génération, sans appui officiel ou privé, mais, au contraire, raillé, combattu, ignoré, créer de toute pièces, à partir d’une observation tout empirique, l’embryon de la théorie économique pure d’aujourd’hui. Après Cantillon et Quesnay il était donc indispensable de rendre à ce remarquable précurseur la place éminente qui lui est due.


La vie et l’œuvre de Pierre de Boisguilbert.

Né en 1646 à Rouen, Pierre Le Pesant, sieur de Boisguilbert, était fils d’un avocat général à la Cour des Comptes de Normandie. Élevé aux Petites Écoles, chez les célèbres messieurs de Port-Royal, après de solides études de droit, un passage aux armées et une brève tentative de carrière littéraire, Boisguilbert revint s’installer, à 30 ans, dans sa Normandie natale où son père et sa mère ne l’ayant « avancé de rien », il ne dut qu’à lui-même l’achat d’une charge de juge-vicomte, puis de conseiller du Roi, président et lieutenant général au baillage et siège présidial de Rouen, et enfin de lieutenant de police. Charges qui lui coûtèrent de l’or, de la sueur et des larmes, et qu’il dut défendre contre les exactions des traitants et les empiétements de ses concurrents, mais qui eurent le mérite de le faire vivre parmi le peuple misérable des campagnes.

Pendant des années, il tentera de convaincre le pouvoir, en l’occurrence les Contrôleurs généraux, que la politique suivie ne pouvait mener le royaume qu’à sa perte, et il exposera sans relâche les mesures qui lui semblent devoir s’imposer. Peine perdue : il criera dans le désert, et c’est en désespoir de cause, quand tout aura pris fin « faute de matière » et qu’il n’y aura plus « d’huile dans la lampe », quand la France ne sera plus qu’un immense cadavre témoignant à la face du ciel, qu’il se décidera à instruire publiquement le « plus grand procès qui ait jamais été traité avec la plume depuis la création du monde ». Violant la légalité, il publie à Rouen, sans nom d’auteur ni privilège royal, sous le titre de Factum de la France, un recueil de ses principaux écrits, dont certains avaient déjà été imprimés dans les mêmes conditions (le Détail de la France en 1695); d’autres avaient été adressés sous forme manuscrite au Contrôleur général, qui s’était refusé à en faire cas; d’autres, enfin, n’étaient jamais sortis de ses tiroirs.

Le recueil se terminait sur une brûlante philippique, le Supplément du Détail, où, comme le remarque Saint-Simon, « il étalait avec tant de feu et d’évidence un si grand nombre d’abus sous lesquels il était impossible de ne succomber pas, qu’il acheva d’outrer les ministres », et que la vengeance ne tarda pas. Un arrêt du Conseil privé du Roi, le 14 mars 1707, condamnait l’ouvrage au pilon, et un exil de trois mois en province punissait l’audacieux magistrat qui, à l’instar de Vauban, dont le Projet de Dixme royale venait de subir la même sanction, n’avait pas cru pouvoir garder le silence sur les malheurs du temps.


Le Boisguilbert classique.

Sans presque en avoir conscience, en voulant expliquer la crise où se débattait le royaume et en rechercher les remèdes, Boisguilbert réussissait du premier coup à s’élever à un niveau d’abstraction remarquable, et à élaborer une théorie économique déjà fortement articulée, mais qui dut attendre plus de deux siècles pour voir repris et développés ses thèmes essentiels.

L’interprétation traditionnelle voit en Boisguilbert un antimercantiliste précurseur des physiocrates, soucieux du bonheur et du bien-être du peuple, autant, sinon plus, que de la puissance et de la richesse du Prince; cherchant à rénover l’agriculture et à éviter les disettes périodiques, en maintenant les grains à un « bon prix », par la multiplication des « avances » ou investissements agricoles (une bonne partie du vocabulaire de Quesnay se trouve déjà chez lui), et par la liberté d’exportation, garantie de débouchés. Partisan du laissez-faire, opposé en principe à l’intervention de l’État comme contraire aux lois de la nature, Boisguilbert est le premier à concevoir l’ordre naturel sur lequel repose le système économique, tout comme Sussmilch découvrira l’ordre divin qui règle les phénomènes démographiques. Ordre reposant sur l’harmonie des intérêts personnels et des intérêts collectifs, sur la solidarité et l’interdépendance, grâce à la division du travail, des individus, des classes et des nations. Cette solidarité et cet équilibre doivent s’exprimer, en particulier, par un système de prix proportionnels, conformes à l’intérêt de chacun. Théoricien des prix, théoricien de la monnaie, en laquelle il voit un simple instrument des échanges et dont il vante la vitesse de circulation, Boisguilbert méconnaît quelque peu l’importance de l’épargne et de l’accumulation du capital; mais il n’a pas voulu (comme Duhring, durement contré par Marx, avait cru pouvoir l’assurer), se poser, tel Law, en champion du papier-monnaie.

Réformateur fiscal s’élevant contre la multiplicité et l’iniquité des impôts, théoricien enfin de l’organisation sociale, si Boisguilbert se fait par certains côtés, et non des moindres, l’apôtre du libéralisme et du capitalisme, il s’avère par d’autres un tenant du socialisme : n’a-t-il pas conscience de la division de la société en classes et de la lutte entre les travailleurs et leurs maîtres, adhérant ainsi, selon Schumpeter, à une sociologie proche de celle de Marx?

Sur la population, Boisguilbert prend encore le contrepied des mercantilistes : il ne met pas, comme eux, la population à la source de la richesse, mais la richesse à la source de la population, tout en admettant que la population est en elle-même une richesse. Boisguilbert anticipe donc Quesnay et Malthus en établissant une relation implicite entre l’accroissement de la population et la quantité de subsistances disponible. Il sous-estime quelque peu la population de son temps en l’évaluant à 14 ou 15 millions, mais assure que 200 à 300.000 créatures périssent chaque année de misère. Une fois l’économie réorganisée selon ses vues, la France pourrait, affirme-t-il, nourrir 100 millions d’habitants.


L’interprétation moderne.

Antimercantiliste, donc, précurseur des physiocrates, théoricien, entre autres, des prix, de la fiscalité, de la monnaie, de la population, de l’organisation sociale, etc., tel était le Boisguilbert classique, envisagé comme tel jusqu’à la première guerre mondiale. Mais entre les deux guerres se produit un renouveau dans l’interprétation des anciens textes. Désormais, ce qui ressort en Boisguilbert, c’est tout ce qui, en lui, annonce les calculateurs du revenu national, les théoriciens de l’équilibre et des fluctuations économiques, les initiateurs de l’analyse en termes de circuit et de flux, les « inventeurs » de l’effet multiplicateur et du rôle moteur de la demande globale, bref toute l’école de Keynes et de ses successeurs.

Relevons son apport le plus original : identifiant consommation et revenu, Boisguilbert a été l’un des premiers à élaborer la notion de revenu national. Centrant son analyse autour du concept de circuit, et des flux, réels ou monétaires, qui relient les différents pôles ou groupes sociaux, il a fourni à Quesnay les éléments du Tableau économique et a esquissé le premier modèle de comptabilité nationale. Il a montré que la propension à consommer est inversement proportionnelle au revenu et qu’elle est fonction de la répartition du revenu entre les classes sociales. Il a entrevu les mobiles psychologiques de l’épargne et de l’investissement et les notions prékeynésiennes d’anticipation et de préférence pour la liquidité. Il a encore été l’un des premiers à déceler des baromètres de la conjoncture économique, à constater l’alternance des périodes de prospérité et de dépression (opulence et misère, suivant sa terminologie), c’est-à-dire l’existence de cycles ou [de fluctuations séculaires et décennales; à décrire le déroulement d’une crise, en mettant l’accent sur le modèle en toile d’araignée des prix du blé, et à en chercher l’explication scientifique, qu’il trouve dans l’oscillation des revenus agricoles et les variations de la demande, ou consommation globale. C’est pourquoi il préconise une réforme de la fiscalité, qui, en libérant la consommation, multipliera le revenu. En faisant du peuple, notamment des agriculteurs, les meilleurs consommateurs de masse (l’argent circulant beaucoup plus vite entre leurs mains qu’en celles des riches), Boisguilbert annonçait déjà les théories modernes de la sous- consommation.


La descendance spirituelle de Boisguilbert.

De qui et de quoi, a-t-on pu s’écrier, Boisguilbert n’est-il pas le précurseur? Il a, semble-t-il, tout vu, tout pressenti de ce que deviendrait l’économie politique après lui. Ancêtre de Cantillon et de Quesnay, bien sûr, mais aussi de Smith : un auteur américain a consacré sa thèse à démontrer que Smith a puisé l’essentiel de son inspiration chez Boisguilbert. Démonstration un peu abusive, sans doute, mais qui n’en repose pas moins sur des analogies réelles, quoique Marx ait pu opposer le caractère humanitaire du laissez-faire, chez Boisguilbert, au réalisme trop cynique, à son goût, de l’école anglaise. Boisguilbert énonce encore, avant Say, la loi des débouchés, montre, avant Malthus et Keynes, le rôle joué par la demande globale, découvre, avant Ricardo, la notion de la rente et la loi des rendements décroissants. Marx enfin le louera d’avoir fait plus ou moins consciemment du temps de travail la mesure de la valeur des marchandises.

Précurseur, certes, mais aussi novateur en avance sur son temps. Il faut considérer son œuvre comme un tout et rechercher son unité profonde. Sa pensée tourne autour d’une idée-force : la consommation des masses étant la clé de la richesse nationale, c’est cette consommation qu’il s’agit de restaurer et de protéger. Les économistes modernes ne disent pas autre chose, et il est significatif que, de Quesnay à Schumpeter, en passant par Marx, les théoriciens les plus notoires se soient intéressés à lui. 


La publication de l’I.N.E.D.

Telles sont donc les raisons qui, après Cantillon et Quesnay et avant Sussmilch, ont incité l’I.N.E.D. à rééditer Boisguilbert. Les mêmes principes généraux ont guidé ces entreprises successives. Il s’agit d’une part de faire le point sur ce que l’on sait déjà de l’auteur étudié, mais aussi et surtout d’apporter du nouveau, de l’inédit, de retrouver des manuscrits inconnus, de combler les lacunes entachant la biographie, et enfin de renouveler la compréhension de l’auteur, en présentant les commentaires les plus récents sur son œuvre. D’où le plan adopté.

Le premier volume comprend, en première partie, des articles critiques rédigés par des auteurs de formation idéologique et de nationalité différentes, témoignant du rayonnement international de notre doctrinaire et de la multiplicité des interprétations auxquelles il se prête.

Pour M. Alfred Sauvy, professeur au Collège de France, l’œuvre de Boisguilbert, fruit de la misère, est un de ces exemples de souffrance créatrice dont l’histoire est jalonnée; bien qu’à notre époque il n’y ait plus de pensée subversive, il est réconfortant de trouver, chez cet auteur fécond, le germe de tant de façons de penser et d’expliquer. Replaçant Boisguilbert parmi ses contemporains, M. J.-J. Spengler, professeur à l’Université de Duke (États-Unis), examine comment notre auteur se situe par rapport à ces autres courageux critiques du système existant que furent Vauban, Fénelon, Boulainvilliers et l’abbé de Saint-Pierre. Le docteur J.-H. Bast, des Pays-Bas, compare la pensée de Boisguilbert à celle des mercantilistes pour conclure à leur opposition fondamentale : Boisguilbert n’a jamais été mercantiliste et il se sépare des physiocrates avant même l’apparition de ces derniers. Cependant, pour M. Louis Salleron, professeur honoraire à la Faculté libre de Droit de Paris, la dette des physiocrates envers Boisguilbert est lourde, et il faut voir, dans l’œuvre de Quesnay, le prolongement de celle de Boisguilbert. M. Jean Féry (Belgique) rappelle que son système fiscal et monétaire repose sur un principe fondamental : la protection du pouvoir d’achat des masses, condition de la prospérité économique; auteur d’avant- hier, Boisguilbert est aussi un auteur d’aujourd’hui. Pour M. A. Kubota, professeur à l’Université de Waseda (Japon), la théorie de l’équilibre chez Boisguilbert est inséparable de celle des prix proportionnels, ou proportionnés, à la fois entre eux et aux coûts de production. M. Jean Molinier, de Paris, s’attarde sur l’analyse globale de Boisguilbert, dans laquelle il voit l’ébauche du tableau de Quesnay; le mérite de Boisguibert est surtout, selon lui, d’avoir tenté la première synthèse de l’économie d’un pays. Il était enfin réservé à M. Stephen McDonald, de l’Université d’Austin (États-Unis), de souligner les aspects modernes des théories de Boisguilbert : avec Boisguilbert, précurseur de l’analyse macro-économique et de la théorie de la demande globale, commence l’analyse économique de type scientifique.


Biographie, correspondance, bibliographies.

La seconde partie, toujours dans le premier volume, est d’ordre biographique et bibliographique. La vie de notre héros était jusqu’ici mal connue. Le meilleur écrit à ce sujet, celui de Boislisle, restait enfoui dans les archives de l’Académie des sciences morales et politiques. Un grand travail de défrichement a dû être entrepris à partir des archives publiques et privées, afin d’éclaircir l’histoire de Boisguilbert, celle de l’homme, du magistrat et de l’économiste. Un portrait et un tableau généalogique illustrent l’étude biographique, complétée par la reproduction de l’importante correspondance adressée aux Contrôleurs généraux. La majeure partie de cette correspondance, d’un grand intérêt théorique, avait déjà été publiée au siècle dernier, mais de nouvelles découvertes ont permis de l’enrichir. Puis vient un tableau chronologique, où les œuvres manuscrites et les diverses éditions des œuvres imprimées de Boisguilbert se trouvent décrites et commentées. Enfin la bibliographie offre plus de deux cents titres, suivis d’une brève analyse, avec indication des bibliothèques et des cotes qui permettent d’y avoir accès.


La réédition des œuvres.

Le deuxième volume contient les œuvres qui, depuis leur parution en 1695-1707, et leur publication partielle et infidèle par Danjou en 1840, et surtout par Daire en 1843, n’avaient pas été rééditées. Aux œuvres déjà connues ont été ajoutés d’importants manuscrits inédits conservés aux Archives nationales, au Service historique de l’Armée et au Ministère des Affaires étrangères.

Le souci qui a présidé à cette réédition est le respect et la fidélité à l’original. Pour faciliter la compréhension d’un texte touffu, difficile, dont les obscurités ont rebuté des générations de lecteurs, nous avons modernisé l’orthographe, introduit une ponctuation rationnelle et quelques notes explicatives, corrigé les erreurs de grammaire et de syntaxe trop grossières. Mais nous n’avons pas voulu modifier en quoi que ce soit le style. Désireux de lui garder son acre saveur primitive, nous avons délibérément sacrifié l’élégance à l’authenticité.


Perspectives nouvelles.

Si cette réédition couronne une longue suite de travaux sur Boisguilbert, elle ne la clôt certainement pas. L’œuvre si personnelle de Boisguilbert ne cesse d’exercer un singulier attrait sur de nombreux chercheurs. Diverses thèses sont en préparation à l’Université, et les études à son sujet se multiplient.

D’ores et déjà l’I.N.E.D., poursuivant son dessein, a entrepris de rééditer l’œuvre fondamentale du grand démographe allemand J.-P. Sussmilch, YOrdre divin (1741-1761), qui n’avait jamais été traduite en français ni en anglais. Cette réédition suivra de près celle de Boisguilbert. Ainsi seront peu à peu mises au jour ces « richesses recouvertes de sable », comm tant d’autres de par le monde, auxquelles faisait allusion M. A. Sauvy.

Jacqueline Hecht.

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