via lemonde.fr


Steve Meacham. 20.04.2010. Les Français d’Australie


Au XIXe siècle, ingénieurs, banquiers, journalistes et réfugiés politiques fuyant la Révolution française s’installent à Sydney.

Vêtue à la mode prude et collet monté qu’approuvait à l’épo­que l’Église catholique, la mariée était magnifique. Elle s’est pourtant fait voler la vedette. Pas par une autre femme, non, mais par une gigantesque pièce montée. Le photographe Max Dupain n’avait pas pour habitude de pren­dre des photos de mariage. Mais en 1951, il fit une exception pour une charmante Française, Jacqueline Playoust, fille du négociant en laine Jacques Playoust. « Je pense que Max avait deviné qu’on allait bien manger », glousse Margot Riley, commissaire de l’exposition Vive la différence ! The French in New South Wales [Les Français en Nouvelle-Galles du Sud], qui célèbre plus de deux siècles de relations franco-australiennes. Pour l’essentiel, ces relations sont méconnues. « La plupart des Australiens ne connaissent que les explorateurs français, explique Margot Riley. Ils ne savent rien des autres Français venus s’installer en Australie. »

Pourtant, il y en a eu, des Français : des forçats, des réfugiés politiques, des scientifiques, des chercheurs d’or, des hommes d’affaires, des négociants en laine, des banquiers et, fort heureusement, des cuisiniers. Mais ils n’ont jamais été très nombreux. Contrairement aux Italiens, aux Grecs ou aux Chinois, ils ne se sont jamais regroupés. Il n’y a jamais eu de quartier français à Sydney, seulement des ban­ques et des entreprises françaises sur Bond Street.

Mais n’allez pas croire pour autant que les Français n’ont eu qu’une modeste influence sur le patrimoine culturel australien. Bien au contraire. Leur impact a été à la fois si subtil et si durable qu’il est désormais un ingrédient essentiel de notre société. Le premier Français à avoir mis le pied sur le sol australien était un forçat du nom de Peter Parris, arrivé avec la First Fleet le 18 janvier 1788. Il se serait réfugié auprès de La Pérouse, le célèbre explorateur français, qui avait jeté l’ancre à Port Jackson peu après le capitaine Phillip. Mais son évasion était vouée à l’échec. Les deux hommes moururent lors de leur voyage de retour vers la France. La disparition de La Pérouse fut à l’origine de la vague suivante d’explorateurs français, dont Baudin et les frères Freycinet. La plupart furent reçus fort aimablement à leur arrivée sur le sol australien, en dépit des tensions qui, en Europe, opposaient alors la monarchie britannique à la France révolutionnaire. Les hommes d’affaires ne tardèrent pas à suivre les traces de ces explorateurs. Beaucoup étaient issus de riches familles dépossédées par la Révolution.

De même, la première personne de sang royal à s’être rendue en Australie n’est pas, comme il est communément admis, le futur roi Édouard VII d’Angleterre, mais Louis-Philippe d’Orléans, prince de Condé, petit-fils du roi français Louis-Philippe. Il connut une fin tragique à Sydney, succombant à la tuberculose le 24 mai 1866, cinq semaines seulement après son arrivée. Louis Sentis, le consul de France de l’époque, nommé par la République, se retrouva à cette occasion confronté à un véritable dilemme diplomatique. Il finit tout de même par assister à titre privé aux obsèques du prince en la cathédrale Sainte-Mary, en compagnie de quelque 2 000 habitants de Sydney.

Au début des années 1890, on recensait 4 000 Français installés en Australie, dont la moitié en Nouvelle-Galles du Sud. Parmi eux, des ingénieurs, des banquiers, et même des journalistes. Le Courrier australien, lancé en 1891, est la plus ancienne publication en langue étrangère du pays. Mais c’est dans le domaine de la gastronomie et du vin que l’influence française a été décisive. Pendant trente ans, des années 1890 aux années 1920, le Paris House, propriété du Lillois Gaston Liévain, fut le restaurant le plus chic de la ville. Il disposait d’un bistrot en rez-de-chaussée, de salles à manger privées où pouvaient se retrouver les amoureux, et d’un étage entier parrainé par les champagnes Moët.


1952 : l’influence française à son apogée

Les générations suivantes se pressèrent dans les French Coffee Rooms, sur Pitt Street, à L’Hermitage, sur Ash Street, et surtout au Prince’s, sur Martin Place, qui ont vu se bousculer toutes ces « dames habillées par Pellier et coiffées par Lamotte ». Finalement, c’est en 1952 que l’influence française s’est manifestée de la façon la plus ostensible dans la cuisine et la culture australienne, lorsque Ted Moloney et Deke Coleman publièrent l’ouvrage « Oh, for a French Wife ! » [Mon royaume pour une Française !], illustré par George Molnar. Un vrai manuel de savoir-vivre, assorti d’une série de recettes et de conseils distillés par les grandes dames* de Sydney d’origine française, comme Madame Playoust.
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