Un grand épidémiologiste franco-mauricien  Joseph Désiré Tholozan (1820-1897)

J. Théodoridès (1) (2).  Congrès de Médecine tropicale de langue française No5 , MAURICE (18/11/1996). Publié in BSPEAM.  1998, vol. 91, no 1, pp. 5-103, pp. 104-108.  (1) Directeur de recherche honoraire au CNRS, 16 square Port-Royal,75013 Paris. (2) Conférence MR1996/127. Article accepté le 2 octobre 1997.

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RESUME

Né en 1820 de parents français à Diego Garcia, atoll alors rattaché à l’Ile Maurice, où il fit à Port-Louis ses premières études, Joseph Désiré THOLOZAN fut un personnage hors du commun. Il entreprit ses études médicales en France (thèse : Paris, 1843). Etant entré comme chirurgien au Service de santé des armées (1841), il fut affecté à diverses garnisons de province, puis à Paris à l’hôpital du Val-de-Grâce (1849). Reçu à l’agrégation de médecine (1853), il participa ensuite à la campagne de Crimée (1854-1855), d’où il rapporta d’intéressantes observations médicales. En 1858, il fut appelé en Perse comme médecin personnel de Nasreddin Shah et demeura jusqu’à son décès à Téhéran (1897), où il est enterré. THOLOZAN laisse une oeuvre importante (plus d’un cinquantaine d’articles et d’ouvrages), traitant principalement de pathologie infectieuse et d’épidémiologie, écrite à une époque où l’étiologie microbienne et la spécificité de telles maladies étaient totalement inconnues. Ses publications s’échelonnent de 1847 à 1892. Il se consacra principalement à la peste bubonique (étude, dès 1871, du foyer du Kurdistan iranien, qui sera reprise par M. BALTAZARD et ses élèves de 1947 à 1971) et au choléra oriental, dont il retraça magistralement l’histoire et la géographie au Proche et Moyen-Orient. Il réalisa également des observations personnelles en Crimée et en Perse sur la tuberculose, la diphtérie, la fièvre récurrente, l’acrodynie, et sur d’autres maladies étudiées en France (staphylococcies cutanées, farcin, hémorragies pulmonaires, etc…). En Perse, il réorganisa la santé publique et l’enseignement médical, en formant de nombreux médecins et chirurgiens. Bénéficiant de la confiance absolue du shah, il joua un rôle culturel très important et favorisa l’influence française. Titulaire de nombreuses décorations françaises et étrangères, THOLOZAN fut membre de l’Académie de Médecine (correspondant, puis associé national) et de l’Académie des Sciences (correspondant). Son nom a été donné par LABOULBÈNE à Ornithodoros tholozani, tique vectrice de la fièvre récurrente à Borrelia persica, dont il avait décrit les symptômes et découvert l’arthropode transmetteur (1882).


Premières lignes

Le savant, dont je vais tenter d’évoquer brièvement la carrière et l’oeuvre, est un personnage hors du commun. Né dans un îlot de l’Océan Indien rattaché à l’Ile Maurice, où il commença ses études avant de les continuer en France, c’est en Iran (alors Perse) qu’il termina une longue existence déroulée, dans le temps, de la Restauration à la Troisième République. […]

Il faut rappeler les circonstances dans lesquelles je fus, pour la première fois, confronté à cet étonnant personnage. C’était à l’automne 1959 : envoyé en mission à l’Institut Pasteur de Téhéran, j’y fis la connaissance d’un autre savant hors du commun, son directeur, le Dr Marcel BALTAZARD (1908-1971), qui, avec son équipe franco-iranienne, étudiait alors l’épidémiologie de la peste dans le Kurdistan iranien. Ce fut lui qui, le premier, connaissant mes penchants historiques, prononça devant moi les trois syllabes magiques : THO-LO-ZAN.

[…]

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