Tholozan et la Perse *

par  Jean THÉODORIDÈS **

  • Comité de lecture du 13 décembre 1997 de la Société française d’Histoire de la Médecine.

** Directeur de recherche honoraire CNRS, 16 square de Port-Royal, 75013 Paris

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Les relations diplomatiques et culturelles entre la France et la Perse remontent au XVIIe siècle avec les récits des voyages dans ce pays de Jean-Baptiste Tavernier et de Jean Chardin.

En 1715 l’ambassadeur de Perse Mehemet Riza Beg fut reçu en grande pompe à Versailles par Louis XIV. Les Lettres Persanes de Montesquieu (1721) constituent un reflet de cette vogue en France de la Perse et des Persans.

En 1792 la Convention envoya au Proche-Orient (Empire Ottoman, Perse) une mission scientifique et politique composée de deux médecins naturalistes : Jean-Guillaume Bruguière et Guillaume-Antoine Olivier.

Leur voyage dura six ans et ils visitèrent la Perse (Hamadan, Téhéran, Ispahan, etc.) où régnait alors Aga Mohammed Khan, en 1796. Leurs observations concernent surtout l’histoire naturelle (botanique, zoologie). Napoléon 1er entretint des relations cordiales avec Fath Ali Shah qui régna de 1797 à 1833, ayant signé un traité d’amitié en 1807 et envoyé une mission dirigée par le Général Gardane dont J.M. Tancoigne publia le récit de voyage.

Jusqu’alors les rapports entre les deux pays étaient principalement d’ordre commercial et militaire. Les relations médicales ne débutèrent que vers le milieu du siècle dernier lorsque Ernest Cloquet (1818-1854) fut appelé à Téhéran comme médecin du Shah.

Lors de son arrivée en 1846 sévissait une épidémie de choléra dont il guérit une des épouses et une fille du monarque. Pour lui marquer sa reconnaissance, ce dernier fit de Cloquet son conseiller intime et le décora de l’ordre du Lion et du Soleil.

La même année 1846 il fut élu correspondant étranger de l’Académie de Médecine, mais mourut prématurément des suites d’un empoisonnement accidentel huit ans plus tard, âgé seulement de trente-six ans. La première Ecole de Médecine fut créée en 1850 à Téhéran sous le règne de Nasreddin-Shah et faisait partie du Darol-Fanoune  (Ecole Polytechnique) où étaient également enseignés l’Art, la Littérature et les Sciences.

Quelques années plus tard deux autres Ecoles comportant des sections médicales furent fondées à Téhéran et à Tabriz.

Pour organiser l’enseignement médical à Darol-Fanoune, il fut fait appel à une mission autrichienne dirigée par le professeur Polak, un ophtalmologiste qui avait appris le persan dans lequel il traduisit des traités médicaux (chirurgie et anatomie). Mais il fut obligé de rentrer à Vienne en 1858 et c’est alors que Nasreddin-Shah demanda par l’intermédiaire de Farrokh Khan son ambassadeur à Paris d’envoyer à Téhéran un médecin français.

C’est J.D. Tholozan, alors professeur agrégé au Val-de-Grâce qui fut choisi sans doute à cause de son expérience médicale pendant la Guerre de Crimée.

C’est en septembre 1858 que Tholozan partit pour Téhéran. Selon le Médecin-Général Bernier il s’embarqua le 4 de ce mois à Marseille pour Constantinople et adressa avant son départ une lettre d’adieu à Michel Lévy (Archives historiques du Val-de-Grâce, C. 140 bis) dans laquelle il écrivait notamment :

« Je ne me  suis point décidé sans un vif regret et sans des motifs puissants à renoncer temporairement à une carrière dans laquelle j’avais rencontré des amis excellents et partout une grande bienveillance ».

Dès son arrivée en Perse il fut nommé directeur de l’Ecole de Médecine de Téhéran et hakim bachi, c.à.d. médecin en chef de la Cour

Grâce à ses efforts la médecine française s’implanta profondément en Perse et  il  forma de jeunes médecins persans qui devinrent ses disciples, en envoyant plusieurs d’entre eux en France afin d’y terminer leurs études.

Il nous faut maintenant préciser brièvement quel était le souverain qui régnait alors à Téhéran. Il s’agissait de Nasreddin-Shah (1831-1896) de la dynastie des Kadjars, « roi des rois » depuis 1848. Tout au long de son règne, il fut confronté à l’agitation entretenue par la secte des bâbis, partisans de Mirza Ali Mohammed  dit le « bâb » (la porte) exécuté en 1850. Malgré les réalisations dont il fut responsable (construction du premier chemin de fer en Perse, de divers monuments de Téhéran et de Darol-Fanoune) ce souverain manquait d’étoffe et d’envergure. Un  extrait d’une dépêche diplomatique d’Arthur de Gobineau, alors chargé d’affaires de France à Téhéran, datée du 20 février 1857 donne un très bon aperçu de la faiblesse du régime impérial :

« En somme rien ne saurait donner l’idée… de la désorganisation du pays et de celle du pouvoir. Le Roi ne s’occupe de rien en ayant l’air de s’occuper de tout et surtout ne comprend rien »

Le même Gobineau écrira quelques années plus tard à Thouvenel, son ministre de tutelle, le 5 mai 1863 :

« M. le docteur Tholozan qui appartient au corps médical de l’armée jouit ici auprès du Roi d’un crédit et d’une faveur aussi solides que mérités. Son engagement étant expiré au printemps, le Roi a tenu à le renouveler d’une façon qui témoignât d’une estime toute spéciale et il a conclu à m’en faire prévenir par une lettre du Ministre des Affaires Etrangères dont j’ai l’honneur de vous envoyer ci-joint la traduction »

[…]

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