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Sonnedecker Glenn. Réflexions sur une vieille pharmacie américaine. In: Revue d’histoire de la pharmacie, 52ᵉ année, n°181-182, 1964. pp. 107-108.

www.persee.fr/doc/pharm_0035-2349_1964_num_52_181_6765

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TEXTE INTÉGRAL

La Revue d’histoire de la pharmacie relatait récemment, par la plume de M. Collard, l’inauguration d’une plaque commémorative apposée, à la Nouvelle-Orléans, sur l’officine de Louis Dufilho, un des pionniers de la pharmacie en Amérique. Le professeur Glenn Bonnedecker, directeur de l’Institut américain d’histoire de la pharmacie, sous les auspices duquel cette cérémonie eut lieu, nous a communiqué à ce sujet quelques réflexions que l’on aura plaisir à lire et dont on appréciera la portée dans les circonstances actuelles.

A parcourir cette vieille pharmacie soigneusement préservée, on se sent envahi par le sentiment que l’histoire de la profession pharmaceutique est bien celle d’un des services les plus essentiels à la civilisation. Certes, dans son aspect technique et scientifique, la pharmacie a subi des changements qui la rendraient méconnaissable à nos ancêtres. Combien apparaissent démodés les appareils à main des Dufilho ! Mais le pharmacien, lui, n’est pas démodé. Loin de là : ses responsabilités n’ont fait qu’augmenter au fur et à mesure que les médicaments devenaient plus complexes et plus puissants et que des connaissances croissantes étaient exigées pour leur fabrication leur distribution et leur emploi. La pharmacie-musée de la Nouvelle-Orléans symbolise l’avènement en Amérique d’une conception de la pharmacie fondée sur une haute compétence technique jointe à un sentiment élevé de responsabilité sociale.

Dans une démocratie, on attend de ceux qui assurent un service aussi vital pour la santé publique et pour le bien-être général qu’ils se mettent à la disposition de tous, quelle que soit leur position sociale, pour répondre dans la confiance aux besoins légitimes de leurs concitoyens. Ceci n’est pas pour diminuer l’admiration que l’on doit aux grands pharmaciens, un Scheele, un Serturner, un Ernest Fourneau, dont l’œuvre et les découvertes ont acquis une portée universelle. Mais ce que le nom de Dufilho représente, c’est, plutôt que l’éclat de la découverte, la certitude d’une compétence au contact du peuple.

La famille Dufilho a apporté à l’Amérique l’ensemble de formation professionnelle et d’idéal qui caractérise à un si haut degré la pharmacie française. La Louisiane a ainsi été marquée par l’influence française dans cette partie du domaine médical comme elle l’a été dans d’autres matières, culturelle notamment.

Le premier pharmacien du nom arriva sans doute à la Nouvelle-Orléans vers le début du xixe siècle. Son fils Louis Joseph, né en France, l’y rejoignit en 1816, après avoir étudié au Collège de pharmacie de Paris : il est ce « J. L. Dufilho Jr. » qui fut, jusqu’à plus ample informé, avec François Grandchamps, de la Nouvelle-Orléans également, le premier détenteur d’une licence d’exercice de la pharmacie aux États-Unis.

Pourquoi célébrer cet événement ? Après tout, l’exercice de la pharmacie en Amérique ne date pas de 1816. Oui, mais jusqu’alors il n’était subordonné à aucune garantie et, purement commercial, il faisait largement application du principe Caveat emptor. Le système d’autorisation d’exercer la pharmacie, que la Louisiane venait d’instaurer, s’étendit à la Caroline du Sud, à la Géorgie, puis à d’autres Etats. S’il lui arriva de connaître par la suite des traverses, du moins un principe essentiel avait-il été posé et demeurait : celui d’une compétence technique et d’une responsabilité sociale au service de tous les membres de la collectivité.

Y eut-il ou non des pharmaciens spécialement autorisés en tant que tels avant Dufilho, c’est ce que nous ne saurons sans doute jamais avec certitude. Quoi qu’il en soit, la licence au nom de Dufilho symbolisera longtemps ce que la plaque apposée sur sa charmante « Pharmacie française » de la rue de Chartres exprime ainsi : « les débuts d’un système consacrant la compétence professionnelle du pharmacien et la reconnaissance de l’importance vitale de cette compétence pour la santé publique »

Dr Glenn Sonnedecker,

(Traduction de Mlle Landon, adaptation de P. Julien.)

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