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PREMIÈRE PAGE

Ce petit livre pourrait aussi bien être intitulé : Introduction à l’histoire de France ; c’est à la France qu’il aboutit. Et le patriotisme n’est pour rien en cela. Dans sa profonde solitude, loin de toute influence d’école, de secte ou de parti, l’auteur arrivait, et par la logique et par l’histoire, à une même conclusion : c’est que sa glorieuse patrie est désormais le pilote du vaisseau de l’humanité. Mais ce vaisseau vole aujourd’hui dans l’ouragan, il va si vite, si vite, que le vertige prend au plus fermes, et que toute poitrine en est oppressée. Que puis—je dans ce beau et terrible mouvement ? Une seule chose : le comprendre ; je l’essaierai du moins. Mais il part de haut et de loin, ce ne serait pas trop de l’histoire du monde pour expliquer la France. Peut—être aurai-je le temps d’exposer ailleurs ce que je ne puis qu’indiquer aujourd’hui. Je voudrais dans ce rapide passage, obtenir quelques momens du tourbillon qui nous entraîne, seulement ce qu’il en faut pour l’observer et le décrire, qu’il m’emporte après, et me brise s’il veut !

Paris, 1er avril 1831


DERNIÈRES PAGES (71-75)

Si le sens social doit nous ramener à la religion, l’organe de cette révélation nouvelle, l’interprète entre Dieu et l’homme, doit être le peuple sociable entre tous. Le monde moral eut son Verbe dans le christianisme, fils de la Judée et de la Grèce, la France expliquera le Verbe du monde social que nous voyons commencer.

C’est aux points de contact des races , dans la collision de leurs fatalités opposées, dans la soudaine explosion de l’intelligence et de la liberté , que jaillit de l’humanité cet éclair céleste qu’on appelle le Verbe, la parole, la révélation. Ainsi quand la Judée eut entrevu l’Égypte, la Chaldée et la Phénicie, au point du plus parfait mélange des races orientales , l’éclair brilla sur le Sinaï, et il en resta la pure et sainte unité. Quand l’unité juive se fut fécondée du génie de la Perse et de l’Égypte grecque , l’unité s’épanouit , et elle embrassa le monde dans l’égalité de la charité divine. La Grèce, mère du mythe et de la parole, expliqua la bonne nouvelle; il ne fallut pas moins que la merveilleuse puissance analytique de la langue d’Aristote pour dire aux nations le verbe du muet Orient.

Au point du plus parfait mélange des races européennes, sous la forme de l’égalité dans la liberté, éclate le verbe social. Sa révélation est successive ; sa beauté n’est ni dans un temps ni dans un lieu. Il n’a pu présenter la ravissante harmonie par laquelle le verbe moral éclata en naissant : le rapport de Dieu à l’individu était simple ; le rapport de l’humanité à elle-même dans une société divine, cette translation du ciel sur la terre, est un problème complexe, dont la longue solution doit remplir la vie du monde ; sa beauté est dans sa progression, sa progression infinie

C’est à la France qu’il appartient et de faire éclater cette révélation nouvelle et de l’expliquer. Toute révolution sociale ou intellectuelle , reste inféconde pour l’Europe, jusqu’à ce que la France l’ait interprétée , traduite , popularisée. La réforme du saxon Luther qui replaçait le nord dans son Opposition naturelle contre Rome , fut démocratisée par le génie de Calvin.

La réaction catholique du siècle de Louis XIV fut proclamée devant le monde par le dogmatisme superbe de Bossuet. Le sensualisme de Locke ne devint européen qu’en passant par Voltaire , par Montesquieu, qui assujettit le développement de la société à l’influence des climats. La liberté morale réclama au nom du sentiment par Rousseau, au nom de l’idée par Kant; mais l’influence du Français fut seule eur0péenne.

Ainsi chaque pensée solitaire des nations est révélée par la France. Elle dit le Verbe de l’Europe, comme la Grèce a dit celui de l’Asie. Qui lui mérite cette mission? C’est qu’en elle, plus vite qu’en aucun peuple, se développe, et pour la théorie et pour la pratique , le sentiment de la généralité sociale.

A mesure que ce sentiment vient à poindre, chez les autres peuples, ils sympathisent avec le génie français, ils deviennent France, ils lui décernent au moins, par leur muette imitation, le pontificat de la civilisation nouvelle. Ce qu’il y a de plus jeune et de plus fécond dans le monde, ce n’est point l’Amérique, enfant sérieux qui imitera longtemps; c’est la vieille France, renouvelée par l’esprit. Tandis que la civilisation enferme le monde barbare dans les serres invincibles de l’Angleterre et de la Russie, la France brassera l’Europe dans toute sa profondeur. Son intime union sera, n’en doutons point, avec les peuples de langues latines, avec l’Italie et l’Espagne,ces deux îles qui ne peuvent s’entendre avec le monde moderne que par l’intermédiaire de la France. Alors nos provinces méridionales reprendront l’importance qu’elles ont perdues.

L’Espagne résistera longtemps. La profonde démagogie monacale qui la gouverne , la ferme à la démocratie modérée de la France. Ses moines sortent de la populace et la nourrissent. Si pourtant ce peuple,rassuré du côté de la France , reprend son génie d’aventure, c’est par lui que la civilisation occidentale atteindra l’Afrique, déjà si bien nivelée par le mahométisme.

L’Italie, celtique de race dans les provinces du nord , l’Italie préparée à la démocratie par le génie anti-féodal de l’église et du parti guelfe, appartient de cœur à la France, qui ne lui demande pas plus aujourd’hui. Ces deux contrées sont sœurs,même génie pratique : Salerne et Montpellier, Bourges et Bologne n’avaient-elles pas un esprit commun? L’économie politique, née en France, a retenti en Italie.

Il y a un double écho dans les Alpes. La fraternité des deux contrées fortifiera le sens social de l’Italie, et suppléera à ce qu’elle laissera toujours à désirer pour l’unité matérielle et politique. Chef de cette grande famille, la France rendra au génie latin quelque chose de la prépondérance matérielle qu’il eut dans l’antiquité, de la suprématie spirituelle qu’il obtint au moyen âge. Dans les derniers temps , le traité de famille qui unissait la France, l’Italie et l’Espagne dans une alliance fraternelle, était une vaine image de cette future union qui doit les rapprocher dans une communauté de volontés et de pensées. Mais la vraie figure de cette union future de l’Italie et de la France, c’est Bonaparte. Ainsi Charlemagne figura matériellement l’unité spirituelle du monde féodal et pontifical qui se préparait. Les grandes révolutions ont d’avance leurs symboles prophétiques.

Quiconque veut connaître les destinées du-genre humain doit approfondir le génie de l’Italie et de la France. Rome a été le nœud du drame immense dont la France dirige la péripétie. C’est en nous plaçant au sommet du Capitole , que nous embrasserons, du double regard de Janus, et le monde ancien qui s’y termine, et le monde moderne, que notre patrie conduit désormais dans la route mystérieuse de l’avenir

 

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