source : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb333770473

histoire-des-progres-de-la-civilisation-en-europe-depuis-lere-chretienne-jusquau-xixe-siecle-etudes-contemporaines-m-roux-ferrand-1843
Histoire des Progrès de la Civilisation en Europe depuis l’Ère chrétienne, jusqu’au XIXe siècle : études contemporaines, M. Roux-Ferrand. – 1843

 

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[Compte-rendu, 29p.]


EXTRAIT (pages 1 -8)

L’activité et la suite avec lesquelles M. Roux-Ferrand poursuit son honorable et utile entreprise, nous paraissent mériter une mention particulière. D’ailleurs, le sujet des travaux de M. Roux-Ferrand nous intéresse puisqu’il touche de près à la partie de la science qui depuis quelques années, a reçu la plus puissante impulsion l’histoire est aujourd’hui l’aliment nécessaire de toutes les classes de la société, et l’espèce d’histoire dont s’occupe l’auteur a, par l’originalité de ses points de vue, de quoi satisfaire amplement aux exigences des hommes instruits. Quoique le compte-rendu de cet ouvrage ne rentre pas absolument dans le cadre habituel de nos études, différents motifs nous engagent à nous charger pour aujourd’hui de cette tâche. En premier lieu, ce livre, comme d’autres également sérieux, nous a semblé quelque peu négligé par la presse quotidienne; ensuite la tournure nouvelle de cet ouvrage, la manière dont l’auteur y envisage l’histoire générale, les chapitres qu’il consacre à l’histoire, abrégée il est vrai, des doctrines de philosophie qu’il rencontre sur sa route, le font rentrer dans le cadre des études philosophiques. Le mouvement intellectuel, en France particulièrement, tel est le but de tous nos travaux; et sous ce rapport, le tableau du moyen-âge, présenté par M. Roux-Ferrand, réclame notre attention par des innovations heureuses et les riches matériaux qu’il renferme.

Avant d’entrer en matière, rappelons brièvement quelques-uns des titres de l’auteur dans la carrière des travaux historiques. Ce sont, en premier lieu, une courte et substantielle Histoire de France racontée aux enfants ce petit livre ne doit pas être confondu avec une foule d’autres du même genre il expose les faits avec clarté et rapidité; il est simple et convient parfaitement à l’éducation de la jeunesse. L’ Histoire abrégée des inventions et découvertes est renfermée dans un cadre semblable, et traitée avec le même soin. Citons donc ces deux petits livres comme des œuvres légères, il est vrai, mais dont le mérite ne doit pas être indifférent aux vrais amis du progrès; car combien l’éducation et l’instruction de la jeunesse n’influent-elles pas sur celles de toute la société actuelle?

L’Histoire des progrès de la civilisation, commencée en 1832, est le résultat d’un cours professé à Nimes à cette même époque. L’auteur nous a donné, dans son premier volume, le début de ses leçons; il nous apprend que cet enseignement fut ensuite abandonné; nous pouvons penser que ses élèves y perdirent, mais nous croyons que le public en masse y gagnera par la forme nouvelle de l’ouvrage, qui, dégagé de la division un peu pédantesque et professorale des leçons, acquiert ainsi la forme plus réellement méthodique d’un livre. M. Roux-Ferrand y développe la manière toute moderne d’envisager l’histoire dont nous avons essayé de donner une idée, en traitant ailleurs les œuvres de M. Michelet ce système qui a succédé à la chronique un peu sèche du moyen-âge, à la narration emphatique du xviiiè siècle, mêle ensemble le récit, la critique et les réflexions qu’elle suggère à l’esprit. Ce système, entaché de quelques inconvénients, possède néanmoins beaucoup d’avantages l’auteur entreprend d’en donner lui-même une idée dans le discours d’introduction, où il expose le plan et le but du cours tout entier; nous lui empruntons ses propres paroles

« L’histoire de ce qu’on nomme la civilisation n’est pas seulement dans le récit des faits elle n’est pas dans le développement de l’état des arts, des sciences, de l’industrie ou des lettres; elle n’est pas dans l’état des mœurs d’une nation ou d’une époque l’histoire de la civilisation est l’ensemble de toutes ces choses; elle les comporte toutes; l’univers physique et moral est de son domaine; la plus modeste analyse du chimiste, l’observation la plus simple du naturaliste ne doivent pas plus être oubliées que les sanglantes victoires des conquérants, par l’historien de la civilisation, si elles ont fait avancer d’un pas la science et l’industrie.

« Le christianisme, et j’aurai souvent l’occasion d’en donner les preuves, est dans l’histoire du monde l’événement le plus important, considéré dans sa source et son influence sur le bonheur des peuples; il a modifié leur caractère et créé en Europe des hommes tout différents des anciens; il a donné le premier exemple d’un gouvernement libre et a ouvert aux nations une nouvelle existence.

« Ces raisons étaient déjà assez puissantes pour m’engager à faire de cette immense révélation le point de départ de mon cours mais j’en avais une autre encore. Sans partager le doute éternel du Vieillard de Ferney sur tout ce qui est ancien, je crois que l’histoire prend, depuis le Christ, un intérêt qu’elle était loin d’avoir avant, soit à cause de l’incertitude des faits, soit parce que le paganisme renversé nous touche infiniment moins que le christianisme répandu sur la surface du globe.

« Ce qui m’a engagé à traiter l’histoire générale d’Europe, plutôt que telle ou telle autre en particulier, c’est que, depuis l’ère chrétienne, elles sont toutes liées ensemble leurs rapports sont plus intimes qu’autrefois ; il y a plus de généralités que dans l’histoire d’Athènes de Sparte ou de Rome. On ne peut les séparer sans de graves inconvénients, qui n’existent plus si on réunit les événements autour d’un centre commun qui les rattache par l’intérêt, la majesté ou la force des choses.

« L’empire romain est nécessairement celui des premiers siècles ; Constantinople, quoique déchue lui succède ; et si le chaos de la conquête des Barbares n’en admet pas, Charlemagne, l’autorité de Rome chrétienne, les croisades, les guerres de religion, etc., etc., impriment à leur siècle un caractère original et profond. Que s’il m’arrivait parfois de prendre la France pour pivot dans les événements de l’Europe, on doit le pardonner à un Français ; et, dans le fait, ne l’a-t-elle pas été souvent ?

« La France, a-t-on dit avec raison, la France a gouverné l’Europe quand il n’y avait plus en Europe un seul gouvernement qui ne fût au berceau, l’empire de Constantinople excepté.

« Dès ce temps, il lui a été donné d’attacher les destinées des peuples à ses idées de guerre, de gloire, de politique et d’administration. L’origine des lois, des coutumes, des arts, l’ancien droit public de vingt nations est là depuis huit ou dix siècles. C’est dire : l’histoire de la France a été dès lors, pour vingt nations, une histoire nationale.

« Les abrégés d’histoire ont besoin d’une idée fondamentale, dominante, sans laquelle ils n’auraient qu’une médiocre utilité. II est impossible de tout dire, de tout peindre dans un résumé qui ne comporte pas de développements d’un autre côté, l’étude spéciale d’une branche de connaissances ne peut s’isoler des événements qui l’ont modifiée il faut donc prendre un terme moyen tout faire marcher ensemble, mais non dans les mêmes proportions. Que celui qui a fait une étude particulière des sciences des lettres ou de l’industrie, écrive l’histoire avec le but spécial d’en connaître la source et d’en suivre le cours que le jurisconsulte y cherche l’origine des lois, des institutions et leur influence sur les mœurs, et que l’homme d’état s’instruise des institutions politiques, des guerres ou des traités qui ont changé la face du globe. Le résumé ainsi conçu présentera souvent plus d’utilité que de grands ouvrages où le fruit de l’étude se perd en se disséminant.

« Les progrès de la civilisation, sans être notre but unique, sont « cependant le point de vue vers lequel nos observations se tournent le plus souvent. Et quel sujet plus grand, plus intéressant, pourrions-nous choisir, que celui de ces progrès toujours croissants, dans le développement de la société, dans le bonheur des nations et des individus ? »

Ce fragment peut suffire à montrer la route nouvelle dans laquelle s’est engagé M. Roux-Ferrand; il a voulu, avant toutes choses séduire son lecteur par l’attrait de la variété et du mouvement; il y a là une excellente intention, qui a été remplie avec succès par l’auteur. Il a su, dans le premier volume, suivre et développer l’histoire entière du monde, durant les premiers siècles de l’ère chrétienne, à partir de l’avénement de Jésus-Christ et dans un lumineux résumé, il a mis au jour l’esprit de la civilisation chrétienne, dont il a fait ressortir l’influence immense sur le moyen-âge.

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