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Russes et Français, souvenirs historiques et anecdotiques, 1051-1897. Préface par M. E. Flourens,… / François Bournand, 1898

 

 

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APPENDICE
 
FRANÇAIS EN RUSSIE (pages 285 à 289)

Sous Pierre le Grand, nous trouvons un assez fort contingent de Français venant aider au développement militaire de la Russie; ce furent : de Brazas, Villeneuve-Trans, Cailleau (un ancien cordelier), qui devinrent officiers dans l’armée russe ; Lepinau , Lambert, Coulons, de Collonges, qui construisaient des forteresses ; Villebois, qui devint amiral; Saint-Hilaire, qui fonda une académie de marine.

Avec l’impératrice Elisabeth on retrouve l’influence française partout. Sous son règne, il y a un théâtre français. Elisabeth charge Voltaire d’écrire l’Histoire de Pierre le Grand; Trédiakouski traduit le Télémaque; Kniajunio s’attache à Molière et à Regnard.

A l’Académie des beaux-arts, qui avait été bâtie par l’architecte français Vallin de la Mothe, l’impératrice Elisabeth appela des artistes français. Le peintre François Tocqué vint lui faire son portrait. Elle charge les peintres Lagrenée et Lelorrain de former des élèves peintres russes, et le sculpteur Gillet de faire des sculpteurs russes.

A l’Académie française, l’impératrice appela aussi des savants français : Louis Nicolas, qui y professa l’astronomie pendant vingt ans; les deux Delisle.

Ce fut un favori de l’impératrice, Ivan Chouvaloff, un fervent de la civilisation française, qui fonda la première université russe, à Moscou, puis celles de Saint-Pétersbourg et de Batourine, et l’Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg.

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Les instituteurs français eurent une influence considérable pour la transformation morale et intellectuelle de la Russie. Ces outchitéli tinrent une grande place dans l’éducation.

Durant sa jeunesse, passée en Allemagne, Catherine II eut pour institutrice une Française, Mlle Gardel. A la fondation du célèbre Institut de Smolna, destiné aux jeunes filles de l’aristocratie russe, elle en confia la direction à une Française, Mme Lafond. L’impératrice donna Laharpe pour gouverneur à ses petits-fils Alexandre, Nicolas, Constantin. Il n’y avait pas une grande maison russe qui n’eût son outchitéli ou instituteur français.

Parmi les professeurs du futur Alexandre II figure un Français, Gille. Chez les Strogonof il y avait Romme, le futur montagnard ; chez les Panek, il y avait Binchotte.

A l’époque de l’émigration, ce fut une armée fort grande d’abbés, de moines, de nobles, qui devinrent éducateurs.

A l’époque de l’invasion française, ce furent des prisonniers de la Grande Armée, des officiers et même des tambours, qui devinrent outchitéli.

Charpentier fut l’auteur de la première grammaire russe publiée en français.

Pendant son professorat, le Français Levesque prépare sa grande Histoire de Russie.

« Ces outchitéli, écrit Masson, ont contribué à policer la Russie, puisqu’ils l’ont instruite en détail, homme après homme. Ce sont les seuls personnages dont le ministère ait été d’y prêcher la philosophie, la morale et la vertu, en y répandant quelques lumières… C’était, sans excepter les académiciens, la seule classe de gens, en Russie, qui cultivât un peu les sciences et la littérature. »

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Rappelons un fait qui a son importance, et qui cependant est peu connu : c’est celui de la colonisation des steppes occupés jadis et ravagés en même temps par les Tatars et appelés la Nouvelle-Russie. Cette colonisation est l’oeuvre de Français, et une belle oeuvre, car là s’est fondée une population de six millions d’habitants. Ce fut le cardinal Richelieu qui tira Odessa du néant, créa les quais et les ports, qui ouvrit le lycée Richelieu; célèbre établissement d’instruction. C’est un Français, Laugeron, qui aida encore à la transformation d’Odessa; un Français, Raincourt, qui fonda Sébastopol ou Sévastopol; un Français, le marquis de Traversay, qui fonda Nicolaïev. Les premiers professeurs de l’université de Kharkof furent des Français : Jeudy-Dugon, Belin de Ballu, Paquis de Sauvigny, Delavigne ; les premiers professeurs du lycée Richelieu furent des Français : Viard, Laurent, Nicolle, Gillet, Bouin, Raflide.

Les premières fouilles archéologiques faites en Crimée furent exécutées par un Français, Paul Dubruc, ancien soldat du corps de Condé.

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L’influence de la France sur la Russie a été surtout intellectuelle et morale, et c’est en cela qu’elle se différencie des influences allemandes et hollandaises, qui ont été surtout matérielles. Les Allemands et les Hollandais ont apporté en Russie des militaires, des laboureurs, des ingénieurs, des employés ; la France y a apporté surtout des idées moralisatrices, des idées de liberté, d’égalité, de dignité humaine, « celle qui a fait l’émancipation des paysans ».

Le 15 mai 1891, une exposition exclusivement française fut ouverte à Moscou. Sa clôture eut lieu le 18 octobre de la même année.

Elle avait été spécialement autorisée par un ukase impérial, en date du 20 avril 1890, et installée dans le palais qui avait servi à l’exposition russe de 1882.

Cette entreprise, quoique d’initiative privée, avait pris un caractère national et patriotique.

Le classement général des produits se divisait en neuf groupes, à savoir :

1er groupe : oeuvres d’art.

2e — éducation, enseignement.

3e — mobiliers.

4e — tissus, vêtements.

5e — industries extractives.

6e — outillages, industries mécaniques, électricité.

7e — produits alimentaires.

8e — agriculture, viticulture.

9e — horticulture.

Ce fut le tzar lui-même qui décida du succès des efforts des organisateurs de l’exposition française par la visite qu’il y fit le 30 mai.

« Vers deux heures, a écrit M. Flourens, emportés par une troïka attelée de chevaux noirs, et conduite par l’empereur lui-même, l’empereur et l’impératrice, « lui, l’image de la bonté « dans la force ; elle, l’idéal du charme féminin sous le dia« dème, » entrèrent dans l’exposition française.

« Leurs Majestés étaient suivies par la grande-duchesse, Keïne, l’aînée de leurs filles ; LL. AA. II. le grand-duc Serge, gouverneur de Moscou; la grande-duchesse Elisabeth et une brillante escorte. Alexandre III avait amené, en outre, avec lui, le général Vannoski, ministre de la guerre, et le comte de Dournowo, ministre de l’intérieur. La présence des deux ministres donnait à la visite de Leurs Majestés un caractère de solennité officielle qu’il y a intérêt à ne pas méconnaître.

« L’empereur et l’impératrice, qui venaient d’arriver à Moscou, où ils étaient réclamés de toutes parts par l’enthousiaste amour de leurs sujets, sollicités par les soins paternels qu’ils donnent aux grands établissements publics d’instruction et de bienfaisance qu’ils patronnent dans cette dernière capitale de l’empire, ont consacré, le jour même de leur arrivée, leur première visite et leur après-midi tout entière à notre exposition.

« Leurs Majestés ne se sont retirées qu’après avoir prodigué à nos exposants les plus gracieux encouragements et montré, par le choix de nombreuses acquisitions qui sont allées à Gatchina perpétuer le souvenir de notre exposition, combien leur étaient agréables les produits de notre art et de notre industrie.

« Elles ont accepté, avec une noble simplicité, jusqu’aux humbles présents, jusqu’aux fleurs que les femmes les plus modestes de nos collaborateurs, des ouvriers employés à l’exposition, ont voulu offrir à l’impératrice.

« Le soir, l’empereur retenait à dîner, au palais du Kremlin, les membres, présents à Moscou, du comité supérieur de l’exposition et les principaux exposants.

« Dans le cercle qui, d’après l’usage suivi à la cour de Russie, fut tenu après le dîner, Leurs Majestés savaient trouver pour chacun un sourire aimable et quelques paroles de bienveillant intérêt.

« Les augustes souverains donnaient ainsi un éclatant témoignage de leur désir de renforcer encore les rapports amicaux des deux pays.

« Leur visite était plus qu’un acte de courtoisie ou de curiosité, c’était un grand acte politique. Alexandre III affirmait solennellement ses sympathies pour le sentiment qui avait poussé les plus notables représentants de l’industrie et de l’art français à répondre à l’appel des promoteurs de l’exposition. Sa Majesté Impériale voulait sans doute répondre aux prétentions de cette fameuse ligue de la paix dont les conséquences onéreuses pèsent si lourdement sur l’Europe. Elle montrait que la sécurité, le progrès, la prospérité industrielle, commerciale, ne seraient garanties que par l’alliance franco-russe. »

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