via persee


Viatte Auguste. Les origines françaises du spiritisme . In: Revue d’histoire de l’Église de France. Tome 21. N°90, 1935. pp. 35-58.  /web/revues/home/prescript/article/rhef_0300-9505_1935_num_21_90_2730


RÉSUMÉ

I. Le mesmérisme, interrompu par là Révolution, reprend avec Deleuze, sous une forme médicale. — II. Les magnétiseurs spiritualistes lui donnent bientôt une allure religieuse et se groupent en sociétés mystiques. — III. Après 1840, Du Potet dirige l’offensive des magnétiseurs : leur propagande littéraire; leurs controverses avec des ecclésiastiques; leurs principaux chefs: Delaage, J.-A. Gentil, Olivier, Ca- hagnet, et leurs systèmes. — IV. Le pré-spiritisme : vers la notion de corps astral et la pratique des tables tournantes. — V. Le spiritisme, importé d’Amérique en 1853, doit beaucoup au magnétisme, mais se pose immédiatement en rival, et triomphe, après un duel qui se prolonge jusque vers 1860.

PREMIÈRES PAGES

Les historiens du spiritisme en parlent souvent comme si cette doctrine était née par génération spontanée. En 1847, disent-ils, les premiers phénomènes se produisirent dans la famille Fox, à Hydesville près de New- York; la doctrine fit son entrée en France six ans plus tard. A quoi tint son succès ? quels devanciers le préparèrent ? Ils n’en soufflent mot. Tout au plus souligneront-ils certaines ressemblances avec les procédés de Mesmer au xviiie siècle : « le fluide des spirites ressemble tellement à celui des magnétiseurs, écrit M. René Guenon, que le mesmérisme, tout en étant fort éloigné du spiritisme, peut être regardé en un sens comme un de ses précurseurs … » Je me propose de montrer ici qu’entre mesmérisme et spiritisme il y a continuité totale; que, pendant toute la première moitié du xixe siècle, les magnétiseurs n’ont cessé d’entretenir en France un état d’esprit favorable à l’évocation des « esprits » ; et que, si les spirites les ont supplantés par un véritable coup d’État, eux-mêmes n’en avaient pas moins incliné de plus en plus vers la doctrine et les pratiques que ces rivaux mettront à la mode.

Cela recommence sitôt après 1815. Mais le magnétisme de cette époque reste discret. Deleuze, son chef, évite tout ce qui l’assimilerait aux illuminés dont il procède. C’est un médecin, et il se cantonne sur le terrain médical. Possesseur, croit-il, d’une nouvelle thérapeutique, il invite ses collègues à l’examiner. Des expériences ont lieu à l’Hôtel-Dieu, en 1820 d’abord, puis du 13 décembre 1825 au 13 juillet 1826, avec la collaboration des docteurs Husson, Adelon, Marc, Pariset, Bourdin. — L’homme possède en lui un « fluide vital », affirme Deleuze, qu’il peut projeter sur un malade; il peut même le communiquer à des objets inanimés, et ces objets reçoivent ainsi le pouvoir de guérir. Rien de plus. Quelles conséquences métaphysiques tirerez-vous de ces phénomènes, c’est votre affaire : on vous prie seulement de les constater. Interrogé sur ses opinions religieuses, Deleuze se dérobera toujours : il se dit gallican et tolérant, et, somme toute, assez indifférent; il se borne aux « articles de foi qui sont dans le Credo »; il pourrait vous montrer, autour de lui, des élèves qui se contentent à moins de frais encore, et que, devenus maîtres à leur tour, fonderont leur croyance uniquement sur « les sentiments du cœur », ou sur la raison, sans y mêler quoi que ce soit de leur magnétisme; tel d’entre eux, affirme- ra-t-on même, « nie l’existence immortelle de l’âme humaine en petit comité ».

En petit comité, Deleuze, lui, dirait sans doute tout autre chose; et sa correspondance avec le docteur Billot nous révèle plus d’une arrière-pensée. « J’ai caché bien des choses dans mes ouvrages, avoue-t-il, parce qu’il n’est pas encore temps de les dire. » Sans doute il demeure extrêmement circonspect, même en son privé, à l’égard des somnambules qui prétendent communiquer avec le monde spirituel, mais il lui suffit que de telles communications soient possibles ; il le croit du moins, il croit que le magnétisme l’a démontré, et il y voit comme une vérification expérimentale du christianisme. Non seulement le magnétisme aide « à confondre le matérialisme », mais « c’est au magnétisme que je dois aussi mon retour au christianisme… Le magnétisme démontre la spiritualité de l’âme et son immortalité; il prouve la possibilité de la communication des intelligences séparées de la matière avec celles qui lui sont encore unies; mais il ne m’a jamais présenté de phénomènes qui m’aient convaincu que cette possibilité se réalise souvent6. » Deleuze, qui n’est peut- être pas, au sens propre, un magnétiseur spiritualiste, est tout au moins un spiritualiste magnétiseur.

Qu’est-ce, en effet, que le « fluide », sinon la vie elle-même, intermédiaire entre l’âme et le corps ? Ne nous met-il pas en communication avec toute la nature ? Ne nous dégage-t-il pas, momentanément, de nos entraves matérielles ? Et cette faculté que nous a donnée la Providence ne mérite-t-elle pas nos actions de grâces continuelles ? Voilà les conséquences que pressentent les magnétiseurs les moins aventureux; ils travaillent dans la fièvre, les actions de grâces dont ils parlent leur viennent spontanément aux lèvres; c’en est assez pour justifier toutes les suspicions des médecins voltairiens..

Lire la suite :http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhef_0300-9505_1935_num_21_90_2730?_Prescripts_Search_tabs1=standard&#

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :