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Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle : Camino francés et chemins du nord de l’Espagne

Ce réseau de quatre itinéraires de pèlerinage chrétien au nord de l’Espagne est une extension du bien en série « Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle », inscrit en 1993 sur la Liste du patrimoine mondial. Ce faisceau d’itinéraires de près de 1500 km se compose du Chemin côtier, du Chemin de l’intérieur du Pays basque–La Rioja, du Chemin de la Liébana et du Chemin primitif. Le site comprend un ensemble de patrimoine bâti d’importance historique créé pour répondre aux besoins des pèlerins, notamment des cathédrales, des églises, des hôpitaux, des hôtels ou encore des ponts. L’extension englobe certains des premiers chemins de pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, nés après la découverte au IXe siècle d’un tombeau attribué à l’apôtre Jacques le Majeur.

Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle © JC Gil Ballano
Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle © JC Gil Ballano
Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

Le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle (Camino de Santiago) est une voie étroite passant par le nord de la péninsule Ibérique et s’étendant sur plus de 800 km, de la frontière franco-espagnole à la ville de Saint-Jacques-de-Compostelle, en traversant cinq Communautés autonomes différentes et plus d’une centaine de villes habitées.

Le Camino de Santiago était à l’origine un chemin de pèlerinage religieux culminant par la visite à la tombe de Saint Jacques l’Apôtre dans la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle (Galice). La première source mentionnant l’apôtre en Espagne remonte à la fin du VIe siècle et les Actes des Apôtres lui attribuent l’évangélisation de l’Hispanie. Cette information a été ultérieurement corroborée dans le De ortu et obitu Patrum d’Isidore de Sevilla (VIIe siècle) et dans le Commentarium in Apocalypsin de Saint Beatus de Liébana (VIIIe siècle). La découverte de la tombe de l’apôtre en Galicie remonte au IXe siècle, sous le règne d’Alphonse II le Chaste. À la suite des enseignements de Saint Jérôme selon lesquels les apôtres devaient reposer après leur mort dans la province où ils avaient prêché l’Évangile, les restes de Saint Jacques ont été transférés de Jérusalem en Espagne. La nouvelle de la découverte se répandit rapidement dans toute l’Europe occidentale et Saint-Jacques-de-Compostelle devint un lieu de pèlerinage. Le moment historique de la découverte de la tombe, c’est-à-dire dans l’Espagne musulmane du IXe siècle, définit pour le monde chrétien de l’époque la portée et l’importance de cette découverte qui transforma rapidement le lieu en un site de pèlerinage comparable à Jérusalem et à Rome.

Durant ses onze siècles d’histoire connue, le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle est devenu un véritable carrefour, favorisant un dialogue culturel permanent entre les pèlerins voyageurs et les villes traversées. Ce chemin est aussi devenu un axe commercial important et un lieu de diffusion du savoir. En permanente évolution, le chemin comprend un ensemble de superbes sites du patrimoine historique, des paysages naturels exceptionnels et du patrimoine immatériel, comme par exemple le récit oral qui a diverti et continue de divertir les pèlerins qui se dirigent vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Les pèlerinages jouaient un rôle essentiel dans la vie culturelle et spirituelle européenne au Moyen Âge et, tout au long de la route, les pèlerins recevaient ce dont ils avaient besoin pour assurer leur bien-être physique et spirituel. De ce fait, un patrimoine d’une grande richesse est aussi associé au Camino de Santiago– églises, hôpitaux, auberges, monastères, lieux d’hébergement pour les voyageurs, croix, ponts et autres types de constructions qui représentent aujourd’hui tous les aspects de l’évolution artistique et architecturale du roman au baroque, et qui constituent une partie indissociable du  Camino, en le définissant à la fois matériellement et culturellement.

L’importance du chemin de Saint-Jacques a également contribué au développement économique et social des villes traversées, en raison du grand nombre de visiteurs et des activités économiques associées aux services offerts aux pèlerins.

Critère (ii) : Le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle a joué un rôle fondamental dans l’avancée des échanges culturels mutuels entre la péninsule Ibérique et le reste de l’Europe, spécialement au Moyen Âge, mais aussi aux siècles suivants. Ce Camino est associé à la création d’un patrimoine culturel d’une grande richesse, marquant la naissance de l’art roman et présentant d’extraordinaires exemples d’art gothique, Renaissance et baroque. De plus, contrairement au déclin de la vie urbaine dans le reste de la péninsule Ibérique au Moyen Âge, l’accueil et les activités commerciales suscités par le Camino de Santiago ont contribué à la prospérité de villes dans le Nord de la péninsule et favorisé la fondation de nouvelles villes.

Critère (iv) : Le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle a préservé les témoignages matériels les plus complets de tous les itinéraires de pèlerinages chrétiens, sous forme de bâtiments civils et religieux, de grandes et petites enclaves, et d’ouvrages d’art.

Critère (vi) : Le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle est un témoignage exceptionnel du pouvoir et de l’influence de la foi sur les hommes de toutes classes sociales et de toutes origines dans l’Europe du Moyen Âge et par la suite.

Intégrité

Le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle est totalement préservé et se caractérise par un haut niveau de conservation de l’itinéraire lui-même, ainsi que des bâtiments et sites qui jalonnent le parcours, ce qui en fait un exemple unique d’itinéraire de pèlerinage médiéval toujours utilisé aujourd’hui et qui témoigne aussi de l’intégration dans l’environnement.

Les différentes parties du Camino, avec leurs sites et leurs monuments, ont été conservées en bon état car utilisées en permanence. Le déclin du nombre de pèlerins aux XVIIIe et XIXe siècles a également entraîné un déclin de l’état de conservation du chemin, mais la reconnaissance de son importance historique au XXe siècle a permis de rétablir ce Camino et sa protection juridique en tant qu’ensemble historico-artistique (Conjunto histórico-artístico) en 1962. Depuis, de plus en plus d’efforts ont été faits pour améliorer et protéger le bien ; d’importantes mesures ont été prises pour le préserver à tous les niveaux afin d’assurer son maintien comme itinéraire culturel vivant d’une grande importance historique.

Authenticité

Le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle existe depuis le Moyen Âge et a bien supporté le passage du temps jusqu’à nos jours. Son existence est minutieusement documentée depuis le XIIe siècle. Le livre V du Codex Calixtinus, attribué au moine Aymeric Picaud de Cluny qui accompagnait le pape Calixte II à son pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle vers 1109, est considéré comme le premier guide destiné aux pèlerins qui faisaient ce voyage. Cette œuvre contient des descriptions du parcours et des œuvres d’art qui jalonnent le Camino, des coutumes locales des habitants des villes traversées, ainsi que des conseils utiles pour les pèlerins.

Par rapport à d’autres routes de pèlerinages chrétiens, le Camino de Santiago est sans aucun doute le mieux préservé dans sa configuration d’origine. On retrouve une importante partie de l’itinéraire encore utilisé aujourd’hui dans les témoignages écrits de différentes périodes qui décrivent les lieux, les habitants et des éléments architecturaux – églises, hôpitaux, croix de délimitation, ponts et églises – qui ont été préservés.

Aucun changement susceptible d’affecter l’authenticité du site n’est envisagé car l’itinéraire est suffisamment protégé en tant qu’ensemble historico-artistique par la réglementation en vigueur.

Éléments requis en matière de protection et de gestion

Le bien bénéficie de différents niveaux de protection. Selon la première disposition complémentaire de la loi 16 du 25 Juin 1985 sur le Patrimoine historique espagnol, le Camino de Santiago a été classé Bien d’intérêt culturel (BIC, Bien de Interés Cultural) dans la catégorie des Ensembles historiques, le plus haut niveau de protection du patrimoine culturel en Espagne.

Dans le cadre de leurs compétences, les Communautés autonomes concernées par le parcours ont défini la protection de ce bien sur leurs territoires respectifs : la Galice protège une partie du bien en vertu du décret 227 du 2 décembre 2011, en établissant la délimitation de l’itinéraire principal du Camino de Santiago, le Camino français, d’où il entre dans la municipalité de Pedrafita do Cebreiro jusqu’à la limite municipale d’O Pino, à l’exception du tronçon entre Amenal et la limite de l’aéroport de Lavacolla dans la municipalité d’O Pino. Le décret 144 du 29 juin 2012 établit la délimitation de l’itinéraire principal du Camino de Santiago, le Camino français, entre O Amenal et la limite de l’aéroport Lavacolla, dans la municipalité d’O Pino. Le décret 247 du 22 novembre 2012 établit la délimitation de l’itinéraire principal du Camino de Santiago, le Camino francais, au sein de la municipalité de Saint-Jacques-de-Compostelle. La Rioja protège une partie du bien par le décret 14 du 16 mars 2001 qui classe le Camino de Santiago Bien d’intérêt culturel (BIC) dans La Rioja et établit une zone de protection avoisinante. L’Aragon applique le décret 96 du 24 mai 1988 du Gouvernement régional d’Aragon portant création du Comité de coordination technique pour la restauration et la revitalisation du Camino de Santiago. La Navarre applique le décret foral 290 du 14 décembre 1988 établissant les limites définitives du Camino de Santiago en Navarre et son régime de protection. La Castille-León applique le décret 324 du 23 décembre 1999 définissant la zone à inclure dans la déclaration de l’ensemble historique (Conjunto Histórico) du Camino de Santiago (Camino français).

En termes de gestion, la nécessité d’une meilleure communication entre les administrations responsables du bien a abouti en 1991 à la création du Conseil jacobéen (Consejo Jacobeo) pour collaborer aux programmes et actions de protection et de préservation du chemin, en favoriser la promotion et la diffusion culturelle, conserver et restaurer son patrimoine historico-artistique, contrôler et promouvoir le tourisme, et aider les pèlerins.

Le décret royal 1432 du 11 septembre 2009 a été publié pour réorganiser le Conseil jacobéen et en renforcer la mission en tant qu’organe de gestion. À cette fin, le Comité de Coopération pour la gestion du site du patrimoine mondial a été créé dans le cadre du Conseil jacobéen ; il est constitué des Communautés autonomes que traverse l’itinéraire (Galice, La Rioja, Aragon, Navarre et Castille-León) et du Ministère de l’Éducation, de la Culture et des Sports.

Malgré ces dispositions, des mesures systématiques devront être prises pour traiter diverses menaces potentielles : présence des autoroutes et de la ligne ferroviaire à grande vitesse, croissance naturelle des villes et villages, pression de l’augmentation du tourisme et du nombre de pèlerins. La mise en application des mesures réglementaires et de la législation sera essentielle, tout comme le développement d’études environnementales et d’impact sur le patrimoine pour les nouvelles constructions. De plus, les programmes de développement urbain des municipalités qui jalonnent le parcours devront prendre en compte la protection des attributs du bien.

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