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Puyo Michel. Les grands hommes du Paraguay à l’École Supérieure de Guerre de Paris. In: Caravelle, n°72, 1999. Héros et nation en Amérique latine. pp. 73-81. DOI : 10.3406/carav.1999.2835

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RÉSUMÉ

Le prestige des officiers paraguayens formés en France et vainqueurs de la Guerre du Chaco semble remis en cause par la faiblesse de leurs résultats comme élèves de l’Ecole supérieure de Guerre. Néanmoins, on peut entrevoir une mise à profit sélective de ces enseignements, de la part de militaires lucides, très conscients du type de guerre qu’ils pouvaient avoir à mener dans les conditions latino-américaines.


TEXTE INTEGRAL
Par Michel Puyo

Le « Rommel de l’Amérique latine », le « favori de Foch », un maître qu’il devait dépasser, tels sont les qualificatifs par lesquels ses hagiographes ont désigné le maréchal Estigarribia (seul officier paraguayen promu maréchal depuis le président Solano López), qui fut le commandant en chef de l’armée durant la guerre du Chaco. Entre 1932 et 1935, ce conflit, relativement méconnu en France avant la thèse monumentale de A. F. Casabianca, a opposé la Bolivie au Paraguay, et fit près de 100 000 morts. La Bolivie devait apparemment l’emporter sur son adversaire par un peuplement triple du sien et des richesses estimées dans la même proportion. Ce fut le Paraguay qui l’emporta cependant.

L’une des raisons de cette surprenante victoire, avancée par de rares commentateurs étrangers, dont le principal fut David Zook, ancien capitaine de l’US Air Force, fut la valeur du commandement paraguayen, notamment celle des généraux Félix Estigarribia, commandant en chef, Juan Bautista Ayala, ancien chef d’état-major de l’armée, et Nicolas Delgado, commandant de division. Or, dix ans avant que la guerre ne mette leurs qualités à l’épreuve, ces trois officiers avaient résidé en France afin d’y suivre les cours de la prestigieuse École supérieure de Guerre qui représentait alors la quintessence de l’art militaire de la nation qui venait de gagner la Grande guerre. Ne parlait-on pas de « cours des maréchaux ?

Estigarribia lui-même ne manquait pas de rappeler ce qu’il devait à cette formation : « Je ne serai jamais assez reconnaissant à l’École supérieure de Guerre française de tout ce que j’y ai appris. Je lui suis gré surtout de m’avoir inculqué la notion la plus utile de toutes, une méthode de raisonnement.»

La conduite du haut commandement au cours de la guerre du Chaco fut éprouvée par des conditions rigoureuses. Ce fut une guerre particulière par la nature du terrain : désert couvert de vastes étendues de palmiers nains et dépourvu de peuplement, de voies de communication et de points d’eau, alors que la température pouvait s’élever à 42° à l’ombre. Un territoire vaste comme la moitié de la France, des effectifs squelettiques car les troupes de chaque armée représentaient seulement une grosse division de l’armée française, ceci joint au manque de munitions et d’eau, définissait un conflit très particulier. Les concepts de la première Guerre mondiale – front continu, absence de percée, bombardements massifs de l’adversaire pour conquérir une position – n’avaient pas cours. Bien au contraire, il fallait manœuvrer encore et toujours et, là, les Paraguayens se révélèrent bien supérieurs aux Boliviens, trop peu mobiles. Dès le début du conflit, le plan paraguayen prévoyait donc fort judicieusement que la guerre serait celle des communications.

Compte tenu de ces données, Estigarribia réussit le tour de force de remporter deux grandes victoires : Campo Via et El Carmen. Et par deux fois, les Boliviens virent deux divisions (plus du cinquième du total de leurs forces) pratiquement anéanties. La conception de la bataille par enveloppement, défendue par Estigarribia, fut remarquable. Bien avant la tactique finlandaise de la guerre d’hiver en 1939, écrasant les divisions russes dans les « mottis » de la forêt enneigée, Estigarribia enferma ses adversaires dans des corralitos où l’ennemi rendu fou par la chaleur et la soif n’eut d’autre issue que de se rendre. La bataille de El Carmen se déroula suivant ce schéma. Estigarribia disposait de quatre divisions. Profitant de l’inaction de deux formations boliviennes, il poussa deux de ses divisions sur leurs arrières, coupant toute communication. Après deux mois de combat, les Boliviens, enfermés dans le corralito, durent se rendre, leurs pertes s’élevant à 8 000 prisonniers et 4 000 morts. La bataille de Campo Via se déroula selon le même schéma et avec les mêmes résultats.

L’un des biographes du maréchal, Ángel Ríos, écrit que la bataille magistralement conçue par Estigarribia fut le fruit de son intelligence et de son génie militaire. Cette action, renchérit-il, le consacre comme l’un des plus grands chefs militaires du continent américain. Elle fut si brillante et complète qu’on peut la comparer à Cannes, Austerlitz, Tannenberg. . . Et il ajoute : « L’une des grandes vertus du maréchal fut de comprendre les faibles possibilités de son pays et de s’adapter à celles que le gouvernement pouvait lui offrir  ». Une grande part des victoires aurait été due à l’entente établie entre le gouvernement et le commandement. Conscient des faibles ressources de son pays et compte tenu de sa personnalité, faite de sérieux, de calme et de calcul, Estigarribia déclarait à un général français au Chaco : « La victoire est mathématique. » Toutefois, malgré son talent, le commandant en chef fut peut-être aussi la cause de la durée du conflit. En effet, après chaque victoire, il laissa échapper les restes de l’armée ennemie qui se reconstitua ainsi par trois fois. La victoire de Campo Via, dans sa conception tout au moins, fut d’abord revendiquée par le général Ayala. Toutefois l’indécision dont il fit preuve dans l’exécution des mouvements entraîna sa destitution par Estigarribia lui-même. Celui-ci aurait-il désiré écarter un rival potentiel ? Quoi qu’il en soit, Estigarribia donna sa version des faits en paraphrasant le maréchal Joffre à propos de la bataille de la Marne : « Je ne sais qui a remporté la victoire, mais si nous avions été battus, je sais fichtrement bien qui l’aurait perdue ! »

Ayala, ancien officier de marine (sic), nommé chef d’état-major peu avant la guerre, donc le supérieur d’Estigarribia, dirigea avec succès la mobilisation et la concentration des troupes guaranis, ce qui, dans un pays sans ressources et mal encadré, n’était pas une mince affaire. La concentration sur la frontière de 16 000 hommes en 36 jours fut une grande réussite. La mobilisation précédente – celle de 1928 – avait été un désastre, 7 à 8 000 conscrits ayant seuls répondu à l’ordre de mobilisation au lieu de 30 000 attendus. Selon le général Ramos, l’histoire retiendra qu’Ayala se distinguait par une forte personnalité et un travail d’organisation minutieux. Notre troisième personnage, le général  Delgado, est noté par Ramos comme un chef doté d’une solide personnalité. Militaire sérieux, discipliné, avide de se perfectionner dans l’art militaire, affable mais énergique, inflexible en particulier sur la discipline, il adoptait des décisions rapides et définitives. Ramos écrit : « J’affirme que le général Delgado peut figurer parmi les meilleurs conducteurs de troupe que nous avons eus dans la guerre contre la Bolivie. » Commandant de division, il termine le conflit à la tête de l’un des trois corps d’armée paraguayens.

Si l’on étudie les sources historiques paraguayennes, les trois personnalités retenues par cette étude sont donc de premier plan. Tous les trois étant d’anciens élèves de l’École supérieure de Guerre de Paris, il a semblé intéressant de comparer leurs études à leurs faits de guerre. Leurs années de stages à Paris annonçaient-elles leur future gloire sur les champs de bataille ? À l’instar du plus illustre de cette haute institution, le futur maréchal de France Jean de Lattre, major de la 49e promotion, nos officiers paraguayens se sont-ils distingués aussi bien dans leurs études que sur le terrain ? La consultation des archives de l’École permet d’en douter.

Les cours s’étalaient sur deux ans et les matières enseignées étaient, pour la première année :

État-major et tactique générale : coefficient 5, Infanterie (5), Artillerie (5), Cavalerie (4), Aéronautique (2), Equitation (1)

Les coefficients variaient en seconde année. Celui de tactique générale passait à 8, alors que les autres baissaient d’un point, sauf ceux de l’aéronautique et de l’équitation qui restaient inchangés. S’ajoutait à ces disciplines un cours sur les fortifications (coefficient 3). Les travaux de la première année ne dépassaient pas le cadre de la division, alors que ceux de la seconde s’élargissaient au corps d’armée. Quels furent les résultats obtenus par nos trois officiers ? Delgado est le dernier de sa promotion (52e) aussi bien en première qu’en seconde année où il sera le condisciple des futurs généraux Beauffre et Tsigantes. En 1931, en première année, il est noté : « Officier sérieux, attentif, mais paraissant manquer de connaissances de base. Travaux faibles. » L’année suivante, les progrès ne sont pas sensibles : « Officier sérieux, attentif, consciencieux. Il paraît avoir des connaissances faibles. Ses travaux ont été inégaux et parfois superficiels. S’est maintenu dans les derniers de sa promotion. » Si nous entrons dans le détail, nous trouvons des appréciations telles que :

Première année, infanterie : « Lacunes considérables dans les connaissances militaires. Pas d’amélioration. » Quant à la cavalerie, « il n’y a pas moyen de lui tirer quelque chose, aussi bien dans les exercices sur la carte qu’en voyage. »

En seconde année, les progrès ne semblent pas évidents. En infanterie : « Manque de connaissances. Les travaux en particulier ont été très faibles. » Le responsable du cours de cavalerie est plus indulgent : « II m’apparaît avoir certaines qualités de jugement et de fond. Dans les travaux de salle, il a toujours vu l’essentiel. »

En fait, les notes les plus favorables sont obtenues en equitation : «Grand et bien découplé, cache un grand esprit d’observation.»

Quand on étudie le dossier de J. B. Ayala, la déconvenue est du même ordre. Il occupe, lui aussi, le dernier rang de la 49e promotion, ce qui lui vaut l’appréciation générale : « Officier sérieux, attentif, travailleur, des connaissances peu étendues, de graves erreurs dans ses décisions. » Dans le détail, les notes sont tout aussi décevantes. Infanterie : « Ne connaît pas l’infanterie. A tout à apprendre. » Tactique générale : « Ne peut être jugé à fond parce que se livrant peu. A besoin de travailler sérieusement. » Une fois de plus, les notes d’équitation viennent sauver la moyenne : « Grand et lourd. Assiette bien placée. Mais cuisse ronde. Très assidu et travailleur. »

Si nous étudions maintenant le dossier du futur numéro 1, du « maréchal de l’Amérique », Estigarribia, la désillusion se confirme. En première année, en guise d’appréciation générale : « Officier plein de bonne volonté, sérieux, travailleur, s’intéresse aux travaux et aux exercices. A eu beaucoup de peine à suivre l’enseignement de la première année. Paraît s’être mis au courant de nos méthodes et de notre organisation. » Estigarribia se classe lui aussi dernier de sa promotion.

En seconde année, la note générale est à peine meilleure. « A travaillé consciencieusement et fait des progrès appréciables. N’a pas affirmé sa personnalité et manque de brillant, mais est attentif, appliqué, de bon jugement. Encore de grandes lacunes dans sa formation professionnelle. » Malgré les efforts déployés, Estigarribia sort de l’École 107e d’une promotion de 108.

En première année, en tactique générale : « Paraît suivre bien difficilement. Ne fait pas beaucoup de progrès. À encourager. » Infanterie : « Impossible à apprécier. Inconsistant physiquement et intellectuellement. Réponse nulle ou incompréhensible. Rédige en excellent français des travaux à peu près nuls. »

Les résultats en artillerie ne sont pas plus brillants : « Rempli de bonne volonté et s’intéressant aux travaux et exercices. Travaux écrits très faibles dénotant des connaissances de base insuffisantes. » Même l’équita- tion ne parvient pas à relever la moyenne : « Cavalier médiocre ; 34 absences pour raisons de santé. »

La seconde année (1926-27) marque quelques améliorations. Tactique générale : « Reste toujours incolore et toujours sans personnalité. A fait cependant quelques progrès tout au moins dans la pratique. Ne paraît pas devoir être destiné à suivre un enseignement sérieux ni maintenant ni plus tard. » Infanterie : « A une certaine clarté dans l’esprit mais ne sait pas grand chose. Endormi, muet, semble peu travailleur. » Cavalerie : « Esprit assez terne, caractère effacé, paraît d’une extrême timidité. A fourni des travaux très médiocres et ne réagit absolument pas aux corrections individuelles. » Les résultats en equitation sont plus encourageants : « A fait quelques progrès, beaucoup de bonne volonté, assez énergique. »

En général, les officiers paraguayens sont donc jugés travailleurs, sérieux… et très médiocres. Comment expliquer cela ? Plusieurs hypothèses peuvent être avancées. En premier lieu, on pourrait penser que ces mauvais résultats sont le fruit d’une connaissance insuffisante du français. Une constatation infirme cette thèse. Avant de rentrer à l’École, Ayala a effectué plus de dix mois de stage dans différentes unités de l’armée française : infanterie, artillerie et génie 2°. Delgado se contenta de cinq mois dans un régiment d’infanterie, et Estigarribia bénéficia de huit mois auprès d’unités d’infanterie et d’artillerie. En outre, sa femme, Julia, vendit son estancia afin de pouvoir lui offrir des cours de rattrapage, en particulier de français. La connaissance de la langue française, même si elle n’était pas parfaite, n’apparaît donc pas comme une explication suffisante. Par ailleurs, les Paraguayens n’étaient pas les seuls à se heurter à cet obstacle linguistique, l’École accueillant d’autres officiers étrangers. Les promotions comportaient un peu plus d’une centaine d’élèves. Ce chiffre varie légèrement entre la première et la seconde année du fait de démissions – Ayala, par exemple, n’accomplira pas sa seconde année – ou d’accidents, notamment d’aviation (qui firent deux morts dans la promotion De Lattre). La répartition pour chaque promotion est d’environ 80 % de stagiaires français pour 20 % d’étrangers. Entre 1 922 et 1 932, 22 stagiaires venant d’Amérique latine fréquentèrent l’École. Il s’agit de 8 Chiliens, 7 Péruviens, 3 Paraguayens, 2 Uruguayens, 2 Mexicains et 1 Brésilien. Pour la même période, 23 pays sont représentés par 76 élèves. Les contingents étrangers les plus importants sont les Roumains (9) et les Grecs (9), suivis des Tchèques, des Polonais et des États- Unis ; mais figurent aussi des représentants de la Perse, des Belges (2), des Espagnols (3), un Chinois, un Japonais. Pour les trois promotions étudiées, les Sud-Américains ne représentent que 9,2 % du contingent étranger. Toutefois, les Paraguayens comptent pour 43 % des Sud- Américains et 4 % de l’ensemble des élèves étrangers, ce qui, au regard des ressources du pays, apparaît remarquable.

En ce qui concerne les résultats, et si nous utilisons les notations employées par les commandants des cours, les colonels Pagesy et Dufour pour les 47e et 49e promotions, les colonels Hartung et Loizeau pour la 62e, c’est-à-dire une division par tiers, la palme est remportée par les Roumains qui classent 5 des leurs dans le premier tiers, 3 dans le second, 1 dans le dernier. Les Grecs obtiennent des résultats presque comparables. À noter le mauvais résultat des États-Unis dont les 6 stagiaires se retrouvent tous dans le dernier tiers. Quant aux grades des élèves, ceux-ci ont varié. On trouve aussi bien un général perse qu’un capitaine français. La plupart des officiers se classent au niveau de commandant de bataillon. Le général est aussi peu représenté que le lieutenant, et le grade ne semble pas déterminant pour le résultat des études. Les mauvais rangs obtenus par les Latino-Américains peuvent aussi être dus à leur inexpérience des combats. En effet, la plupart des stagiaires étrangers ont, selon leur dossier, participé à la première guerre mondiale. Ceci pourrait expliquer les bons résultats obtenus par les Roumains, les Grecs ou les Belges. De plus, ces vétérans, forts de l’expérience des combats, avaient eu l’occasion de connaître, avant leur entrée à l’École, les règlements et les méthodes d’organisation de l’armée française. Ceci a pu constituer un avantage tout à fait déterminant aux yeux des professeurs français. Reste à poser la question des raisons de l’apprentissage en France des trois officiers paraguayens. Deux sur trois ont déjà suivi des stages au Chili – ennemi traditionnel de la Bolivie – avant leur arrivée en France. Ils possédaient donc une expérience de la vie à l’étranger. En fait, le gouvernement paraguayen poursuivait une politique inaugurée à la fin du XIXème siècle, qui consistait à envoyer à l’étranger les meilleurs éléments de son corps d’officiers. Comme le montre A. F. Casabianca, cette politique ne tendra plus à la recherche d’une simple formation mais à un perfectionnement auprès des armées européennes victorieuses du récent conflit : l’Italie, la Belgique et, surtout, la France.

La présence de la mission militaire française qui supervisait l’organisation et l’entraînement de l’armée paraguayenne ne fut pas déterminante dans le choix du mentor. Ce choix provient plutôt du fait que l’armée française apparaissait alors comme la grande victorieuse. Son prestige était immense et comparable à celui acquis par l’armée prussienne en 1870. Les officiers paraguayens furent donc envoyés en France pour acquérir les connaissances estimées alors les plus modernes et efficaces, ce qui leur assurait un prestige certain auprès de leurs condisciples. Le premier à bénéficier de cette formation fut Estigarribia qui apparaissait déjà comme l’officier le plus doué ; à son retour, son brevet d’état-major faciliterait sa promotion au poste de chef d’état-major de l’armée. Il fut suivi presque immédiatement par Ayala. Les relations avec la Bolivie se sont dégradées après les incidents sanglants de 1928 et les élites de l’armée paraguayenne se pressent alors pour postuler au voyage en France. La valorisation des études à Paris représentait ainsi pour ces élèves une étape déterminante de leur carrière, les autorités du pays ne s’arrêtant pas aux résultats de leurs études mais bien aux titres. Pour les intéressés eux- mêmes, l’important résidait dans l’obtention du brevet, plus que dans les notes ou le rang de sortie. En revanche, pour le corps professoral français, il s’agissait d’inculquer à des officiers étrangers la connaissance des méthodes et de l’organisation de l’armée française ainsi que l’usage de ses armements. Ainsi Ayala découvrit au cours de son stage à Metz le mortier Brandt de 8 1 mm qui était alors une arme nouvelle et dont il conseillera vivement l’acquisition au président D. Guggiari. L’arme fut jugée responsable de 70 % des pertes de l’armée bolivienne à la bataille de Boquerón et constitua une grande surprise pour l’armée de l’altiplano. Toutefois, les méthodes enseignées à l’École correspondaient à celles d’une armée issue des expériences de 1914-1918 dont les officiers français avaient tiré quelques principes considérés comme des tables de la loi : front continu, logistique (chemin de fer, camions) impeccable, emploi massif de l’artillerie dont les tirs réglés par l’aviation préparent l’attaque de l’infanterie en écrasant les défenses fixes.

Toutes ces règles, qui s’étaient révélées justes pour un front occidental, n’avaient rien à voir avec les facteurs d’un conflit sud-américain. De même, le rôle des officiers et leurs rapports avec les conscrits-citoyens d’une vieille nation qui, depuis quarante ans, préparait ses écoliers à la revanche ne pouvait-il correspondre à ce que serait la guerre paraguayenne. Aussi les notes déplorables accordées par l’institution française à des Paraguayens conscients des données spécifiques d’un conflit qui menaçait d’éclater sur leurs terres n’apparaissent pas aussi catastrophiques que la brutalité des appréciations le laisse entrevoir.

Pour ces élèves paraguayens, l’épreuve de la réalité fut tout autre que le pensaient leurs professeurs parisiens. Mais après tout, en son temps, Napoléon ne fut-il pas ainsi jugé par ses maîtres : « fera un bon officier de marine. . . »

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