source : http://rha.revues.org

Louis Clerc

Lecteur au département d’histoire contemporaine de l’université de Turku en Finlande, il a soutenu sa thèse de doctorat en 2007 sur La place de la Finlande dans la diplomatie française, 1918-1940.

Référence électronique – Louis Clerc , « Entre influence allemande et imbroglio russe : la mission militaire française en Finlande, 1919-1925 », Revue historique des armées , 254 | 2009 , [En ligne], mis en ligne le 15 mars 2009. URL : http://rha.revues.org/index6403.html. Consulté le 02 octobre 2011.


Résumé

Entre 1919 et 1925, la Finlande accueille les officiers de la mission militaire française, sous la direction jusqu’en 1921 du lieutenant-colonel Georges Gendre. Arrivant en mars 1919, les membres de la mission sont d’abord pris dans les évolutions dramatiques de l’intervention antibolchevique. Fermement convaincus de l’opportunité d’une intervention finlandaise visant à délivrer Petrograd des bolcheviks, Gendre et ses hommes participent aux pressions françaises sur les Finlandais dans le but de leur faire appuyer les Russes blancs. La mission se concentre toutefois dès l’été 1919 sur la formation d’une armée finlandaise indépendante, l’expertise technique, le renseignement et la vente des matériels militaires français. Victime de la baisse rapide d’intérêt des dirigeants français pour la région baltique, la mission n’en réussit pas moins à imprimer sa marque sur les premières structures d’une défense finlandaise indépendante.

Plan
Le contexte diplomatique
La décision d’envoyer une mission militaire française en Finlande
La mission Gendre, 1919-1925
Combattre les bolcheviks ?
Instruction, expertise et propagande
Vendre le matériel français
Conclusion
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Tout juste sortie de quatre années de guerre, la France cherche dans les premiers mois de 1919 à adapter sa politique étrangère aux conséquences du conflit mondial. Dans certaines régions redessinées par l’effondrement des empires multinationaux, l’enthousiasme de la victoire et les préoccupations stratégiques du moment président alors à une implication française aussi éphémère qu’inattendue. Il en est ainsi en Baltique, où Paris envoie plusieurs missions militaires et navales auprès d’acteurs régionaux émergents. Parmi les militaires en partance pour cette région mal connue, le lieutenant-colonel Georges Gendre et sa mission sont ainsi dirigés en mars 1919 vers la Finlande.
Le contexte diplomatique
Bien que son rôle soit d’abord technique, la mission Gendre ne peut s’expliquer en dehors des réactions diplomatiques de la France aux bouleversements baltiques. Lorsqu’elle déclare son indépendance le 6 décembre 1917, la Finlande souffre à Paris d’une réputation pour le moins mitigée. Ce grand-duché du tsar est ainsi vu avant la guerre d’abord dans un cadre russe : face à des Finlandais qui cherchent un soutien à leur statut d’autonomie, seule compte pour la diplomatie française la stabilité d’un régime tsariste allié de la France. Vus comme une source de problèmes et d’agitation dans l’empire, les Finlandais sont donc ignorés par la politique officielle française. À partir de 1914, on voit, qui plus est, la main de l’Allemagne à l’œuvre dans les revendications finlandaises : les premières secousses révolutionnaires saisissant la Russie en 1917, la Finlande ne s’abandonne-t-elle pas aux agents allemands ?
L’hiver 1917-1918 voit cette attitude française évoluer dans des conditions dramatiques. Prenant ses fonctions en novembre, le gouvernement de Georges Clemenceau doit improviser face à une révolution bolchevique qui fait craindre l’effondrement du front Est. La Finlande se déclarant indépendante, sa perception oscille à Paris entre le désir de maintenir l’unité impériale et l’espoir de susciter des pôles de stabilité sur le territoire russe. Considérée comme stable et développée, elle trouve rapidement sa place dans une nouvelle politique des nationalités qui se manifeste aussi en Ukraine : le ministère des Affaires étrangères annonce ainsi le 4 janvier 1918 la reconnaissance par la France de l’indépendance finlandaise. Cet investissement diplomatique en Finlande, fruit des circonstances de l’hiver 1917-1918, semble toutefois condamné dès la fin janvier. La guerre civile qui éclate dans le pays à la fin du mois s’achève en mai par une victoire des Blancs finlandais sur les Rouges. Les déclarations des dirigeants blancs et le concours que leur apporte un contingent allemand imposent alors en France l’image d’une Finlande stabilisée en marge du chaos russe mais solidement ancrée dans la sphère d’influence allemande. Peu impliqué dans la région, Paris attend octobre 1918 pour rompre : alors que la victoire contre l’Allemagne apparaît certaine, les Français dénoncent le gouvernement monarchiste et pro-allemand du régent Pehr Evind Svinhufvud. Après l’Armistice, le Quai d’Orsay a toutes les cartes en main pour présenter les conditions d’une reprise du dialogue à des Finlandais soucieux de se rapprocher des vainqueurs de l’heure. L’arrivée à la régence d’un ancien officier tsariste, le général Carl Gustav Emil Mannerheim, et l’organisation d’élections législatives en mars 1919 forment les étapes d’une réorientation finlandaise accueillie à Paris avec une certaine satisfaction.
La Finlande dirigée par Mannerheim suscite alors l’intérêt des Français pour deux séries de raisons. Le nouveau régent semble tout d’abord en mesure de satisfaire les attentes françaises dans la question russe en aidant les Russes blancs sans pour autant demander d’agrandissement territorial pour la Finlande. Proclamant son attachement aux liens avec la France, Mannerheim peut aussi contribuer à la lutte contre l’influence allemande en Baltique. Ne peut-on pas enfin espérer pour la France une place commerciale et stratégique aux côtés des Anglo-Saxons dans les reconstructions régionales ? La mission Gendre est enfin à replacer dans un dispositif français en Europe de l’Est, où Paris envoie à cette époque des missions militaires en complément de son action diplomatique

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