via lhistoire.fr.


Hervé Duchêne dans mensuel 424
daté juin 2016 – 440 mots


Grecque ou normande, antique ou médiévale, la Sicile a vu éclore deux civilisations métissées brillantes.

Une exposition au British Museum met en parallèle la Sicile à l’époque des diasporas grecques (VIIIe-IIIe siècle av. J.-C.) et celle placée sous la domination normande du comte Roger et de ses descendants (XIe-XIIe siècle). Ces deux expériences coloniales marquées par les fureurs de la conquête ont produit, en favorisant une certaine mixité culturelle, des oeuvres d’art exceptionnelles.

L’épopée grecque débute au VIIIe siècle avant notre ère. Des Chalcidiens, venus de l’île d’Eubée, sont à Naxos et marquent leur territoire en consacrant un autel à Apollon. Contrôlant le détroit de Messine, ils s’installent à Léontinoi et à Catane, après avoir chassé les habitants sikèles. A leur tour, les Corinthiens fondent en 734 av. J.-C. Syracuse. A la même époque, venus de Mégare, des colons s’établissent à Megara Hyblaia, tandis que Crétois et Rhodiens arrivent à Gela. Toutes ces cités, souvent gouvernées par des tyrans, doivent lutter ou composer avec les indigènes et les Carthaginois établis dans la partie ouest de ce microcontinent.

La richesse et le pouvoir de ces communautés se manifestent par des temples impressionnants qui rivalisent avec les édifices de la Grèce des Balkans. Leur présence souveraine affirme la mainmise sur un territoire. Ce que souligne un motif familier du décor : la Gorgone (photo ci-dessus). Elle tire la langue et grimace. Elle fige celui qui la regarde. Elle protège le sanctuaire. Souvent menaçante, la Gorgone prête toutefois à sourire, comme celle qui surplombe la toiture d’un monument de l’acropole de Gela.

Les représentations et les objets de la vie cultuelle grecque n’ont pas seulement servi en Sicile à définir et à imposer une identité grecque. Bien des images ont favorisé l’idée d’une communauté plurielle. La soumission à l’ordre romain, avec la chute de Syracuse en 211 av. J.-C., met un terme à l’aventure grecque.

A la fin du XIe siècle, la Sicile redevint une grande puissance, capable de rivaliser avec Byzance, le califat d’Égypte et les États du pape autour de Rome. « L’île aux trois promontoires » du géographe Strabon est revivifiée par les Normands, qui fondent un royaume dont la cour est à Palerme. Roger II, second fils du comte Roger de Hauteville, saura marier avec brio sa culture avec les traditions byzantine et islamique. En témoignent les neuf monuments arabo-normands de Palerme. Cette synthèse se découvre au travers des boiseries, mosaïques et objets quotidiens de la vie de cour. Sans parler de la cape du roi, brodée par des artisans byzantins et portant des inscriptions arabes, ou de l’oeuvre du cartographe Al-Idrisi. Mais ce moment d’éclat sera d’un équilibre fragile. La mort de Guillaume II en 1189, sans héritier légitime, annonce la fin d’une période de lumières partagées.

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