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Les mystères de l_Égypte - l'histoire n°190
mensuel 190 daté juillet-août 1995

Patrice Bret dans mensuel 190
daté juillet-août 1995


Les sept mille pages de la « Description de l’Égypte » sont la bible de l’égyptologie contemporaine.

Pour l’historien égyptien Ibrahim el-Mouelhy, « ce monument national atteste que les véritables conquérants de l’Egypte, de 1798 à 1801, étaient les savants de l’expédition, et non les militaires». Monumentale, l’édition impériale de la Description de l’Egypte, ou recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Egypte pendant l’expédition de l’armée française l’est en effet. De 1810 à 1822 – année où Champollion déchiffra les hiéroglyphes -, parurent neuf volumes in-folio de mémoires et descriptions (plus de 7 000 pages), accompagnés de dix tomes de planches de format «jésus » (54 x 70 cm) et deux atlas de planches géantes (de 1,10 à 1,35 rfl de longueur), dont plusieurs en couleurs, puis d’un atlas géographique (1828). L’ensemble se divise en trois parties distinctes : Antiquité, État moderne, Histoire naturelle.

L’entreprise fut comparable a beaucoup d’égards à celle de L’Encyclopédie, voire plus extraordinaire sur le plan technique : pour graver les planches plus rapidement et à moindre frais, l’ingénieur Conté inventa une machine à graver d’une grande précision, et il fallut créer un format de papier spécial pour les atlas, le « grand jésus ». Cette première édition fut tirée à mille exemplaires, de quatre qualités différentes, dont deux cents exemplaires de luxe que Napoléon offrit à des souverains étrangers et de grands dignitaires de son empire. Le célèbre éditeur Panckoucke lança aussitôt, de 1821 à 1829, une seconde édition plus maniable pour le texte (27 volumes de texte in-octavo), mais avec un simple retirage pour les planches.

L’idée de regrouper en un unique ouvrage les recherches issues de l’expédition remontait à novembre 1799, lorsque Kléber créa la Commission des renseignements sur l’état moderne de l’Egypte. La société par actions créée simultanément fut dissoute par Menou, pour rendre au gouvernement la propriété des travaux effectués par les savants, ingénieurs et artistes à son service. Napoléon relança l’idée en créant un comité éditorial présidé par Berthollet (la Commission d’Egypte). En 1805, à la mort du premier maître d’oeuvre, Conté, la coordination de l’édition revint au géomètre Lancret, puis au géographe Jomard, sous la responsabilité duquel furent publiés tous les volumes – mais plus de la moitié des planches étaient déjà prête lorsqu’il prit ses fonctions.

Outre ses apports inappréciables à la connaissance de tous les aspects de l’Egypte, la Description eut aussi pour effet, sinon pour but, de masquer l’échec politique, militaire et économique de l’expédition. Elle contribua fortement à populariser l’orientalisme en France, popularisation préparée par le Voyage dans la Basse et la Haute-Egypte de Vivant-Denon (1802) et par les noms de batailles suggestifs, qui semblaient apporter à Bonaparte l’investiture à la fois de l’histoire pharaonique et hellénistique et de la tradition judéo-chrétienne. P. B. ?

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