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Mise à jour le 19 décembre 2008
Auteur(s) de la notice : CAUBET Annie


Paul-Émile Botta (1802-1870)
Paul-Émile Botta (1802-1870)

Profession ou activité principale
Diplomate, médecin, explorateur, naturaliste, archéologue

Sujets d’étude
Monuments et écriture des Assyriens

Carrière
1826-1829 : embarqué comme chirurgien et naturaliste pour le voyage autour du monde du Héros (capitaine August Bernard Duhaut-Cilly)
1830 : au Caire, médecin du khédive Mohammed Ali
1833 : remplace Bernardino Drovetti comme consul à Alexandrie
1835 : mission du Museum d’histoire naturelle en mer Rouge et au Yémen
1842 : consul à Mossoul
1848 : consul à Jérusalem
1855 : consul à Tripoli de Barbarie (Libye)


Étude critique

Paul-Émile (Paolo Emilio) Botta, fils de l’écrivain et historien piémontais Carlo Botta, est né à Turin en 1802 mais, au moment de l’annexion du Piémont par Napoléon, la famille Botta s’installe en France, et Paul-Émile mènera une carrière française tout en conservant des liens étroits avec sa ville natale. L’ampleur et la variété de ses compétences font de lui un parfait exemple de sa génération, inspirée par l’héritage des Lumières et l’esprit encyclopédique des savants de l’expédition d’Égypte.

Embarqué à vingt-quatre ans par le capitaine August Bernard Duhaut-Cilly sur le Héros comme chirurgien pour le tour du monde, il manifeste ses dons de naturaliste et de linguiste. Ses premiers travaux comptent une description de la faune et de la flore de Californie et des îles, aussi bien qu’un lexique français-hawaïen qu’il publie au retour de ce périple. C’est le naturaliste qui, en 1835, est envoyé en mission dans la mer Rouge et le Yémen par le Museum d’histoire naturelle de Paris. Son intérêt pour les langues, dont témoigne également sa correspondance avec Émile-Louis Burnouf durant les années 1843 à 1852, sera l’un des moteurs de ses futurs travaux en Assyrie.

Il est ensuite invité par le khédive Mohammed Ali à se rendre en Égypte afin de prêter son aide à une entreprise de modernisation du pays, à laquelle participent d’autres spécialistes français, ingénieurs, médecins, tel Antoine-Barthélémy Clot (1798-1868) dit Clot-Bey, fondateur de l’École de médecine militaire du Caire. C’est à Alexandrie que Botta débute sa carrière consulaire en 1833. Au consulat, il remplace Bernardino Drovetti (1775-1852) lui aussi italien devenu français, un des premiers connaisseurs des antiquités égyptiennes et collectionneur averti ; c’est sans doute en Égypte que Botta commence à s’intéresser aux recherches archéologiques.

Sa nomination au consulat de Mossoul en 1842 entraîne chez lui le désir de redécouvrir Ninive et les monuments assyriens. On ne connaissait jusqu’alors la civilisation assyrienne que par les récits bibliques et les textes de quelques auteurs classiques, Hérodote, Xénophon, Diodore de Sicile, Strabon, qui se sont faits l’écho des légendes tissées peu à peu autour des noms de Sémiramis ou de Sardanapale. Les écritures cunéiformes n’étaient connues que par des copies ou de rares originaux parvenus en Europe. Jules Mohl, secrétaire de la Société asiatique, sera, depuis Paris, le véritable instigateur de la recherche française en Assyrie. Botta tente d’abord sans succès d’explorer les monticules qui entourent Mossoul (dont on saura plus tard qu’elles abritent les restes de l’antique Ninive). Puis, au printemps de 1843, il déplace ses ouvriers sur le monticule de Khorsabad, à une quinzaine de kilomètres. En quelques semaines, il dégage plusieurs salles et cours d’un grand bâtiment public. Les bases de murs étaient couvertes de dalles d’albâtre gypseux portant des reliefs figurés et des inscriptions cunéiformes qui l’incitent à identifier le site comme celui de Ninive. Botta rend compte régulièrement à Jules Mohl de l’avancement de ses investigations, dans une série de lettres dont les plus significatives furent publiées dans le Journal asiatique puis réunies en un volume en 1845.

En butte aux difficultés locales, Botta ne peut s’acquitter seul de l’énorme tâche d’enregistrement des découvertes. L’Académie des inscriptions obtient que soit envoyé en renfort le peintre Eugène Flandin, qui s’était acquitté avec succès d’une mission archéologique en Perse. Arrivé à Mossoul en 1844, Flandin dresse le plan topographique des ruines et s’acquitte du relevé dessiné complet des reliefs subsistants. Grâce à la répétition symétrique des figures, Flandin peut proposer des restitutions graphiques des parties disparues, restitutions qui demeurent valables de nos jours.

De son côté, Botta s’emploie à copier systématiquement tous les textes qu’il met au jour sur les murs de Khorsabad, y compris les répétitions : « J’ai eu soin de prendre des empreintes de papier toutes les fois que cela a été possible. Ces empreintes, aussi nettes que les originaux, m’ont servi à collationner les copies à Paris et à corriger les épreuves. Cent trente-cinq inscriptions ont été revues de cette manière […]. Sans doute les inscriptions collationnées […] sont celles que les savants peuvent étudier avec le plus de sécurité […]. J’avais acquis à Khorsabad une telle habitude de l’écriture cunéiforme assyrienne, que je peux garantir la parfaite exactitude de mon travail […]. On remarquera que plusieurs inscriptions contiennent le même texte ; je crois cependant avoir servi la science en prenant la peine de tout copier et en faisant tout graver. Ces inscriptions identiques, moins intéressantes sans doute quand on pourra les lire, sont précisément les plus utiles à étudier, et celles qui faciliteront les essais de déchiffrement ; elles nous font connaître en effet les équivalents des divers signes, les limites dans lesquelles ils peuvent varier ; et comme elles ne sont pas toutes disposées de la même manière, les terminaisons des lignes, différentes dans chacune, donnent un moyen de diviser les mots et de lever ainsi une des plus grandes difficultés qui s’opposent à l’interprétation des textes assyriens. »

Ainsi Botta s’est rendu compte que les scribes utilisaient des variantes de signes pour exprimer le même son, et le tableau de ces variantes qu’il établit posait déjà le principe de l’homophonie. Pendant que l’Imprimerie nationale faisait fondre les signes cunéiformes qui allaient servir à l’impression de ses copies, il publie en 1847-1848 dans le Journal asiatique une série d’articles dans lesquels il donne ses observations sur l’écriture assyrienne. Avec la monumentale publication Monument de Ninive (1849-1850), dont les tomes III et IV sont consacrés aux inscriptions, le monde savant dispose désormais d’une immense moisson de textes qui donne un coup d’accélération décisif au déchiffrement du cunéiforme de Mésopotamie.

Rappelons en effet que, tandis que Botta explore Khorsabad, cette écriture n’est encore pas comprise, bien que déjà connue par des documents depuis longtemps parvenus en Europe, comme le « caillou Michaux » (en fait une stèle d’époque kassite aujourd’hui à la Bibliothèque nationale de France) ou la collection rapportée par Claudius James Rich et acquise par le British Museum en 1820. On sait à l’époque, grâce aux copies rapportées par des savants et voyageurs, que l’inscription de Darius Ier gravée sur la falaise de Béhistoun (Iran) comporte plusieurs versions parallèles du même texte. Henry Rawlinson reconnaît dans la langue de l’une d’entre elles un lointain ancêtre du persan moderne, le vieux perse, dont il publie une traduction en 1846. La version mésopotamienne, aujourd’hui appelée akkadienne, résiste encore à l’analyse. Dans ce contexte, la masse d’inscriptions nouvelles trouvées à Khorsabad, puis rapidement sur d’autres sites assyriens fouillés par le Britannique Austen Henry Layard, arrive à point.

La communauté scientifique internationale peut dès lors brûler les étapes. En 1857, la Royal Asiatic Society organise un concours soumettant le même texte à plusieurs savants : Henry Rawlinson, Edward Hincks et Jules Oppert, travaillant indépendamment, parviennent à des résultats similaires. La compréhension des textes assyriens révèle que le site de Khorsabad est en réalité celui de l’antique Dur Sharruken, capitale nouvelle fondée par la roi assyrien Sargon II à la fin du VIIIe siècle et non pas Ninive, localisée en face de Mossoul et explorée par Henry Layard à partir de 1847. L’Empire assyrien apparaît comme une étape de trois siècles dans une histoire beaucoup plus ancienne, plongeant ses racines dans le IVe millénaire. La redécouverte des Sumériens, véritables inventeurs de l’écriture mésopotamienne, doit intervenir quelques décennies plus tard. Cependant, en hommage aux premières découvertes de Botta, Layard et Place, le nom d’assyriologie a été conservé à la discipline qui étudie l’histoire et la philologie de tout l’Orient ancien.


Annie Caubet, conservateur général honoraire du Parimoine, membre correspondant de l’Académie des inscriptions et belles-lettres

 

 

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