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Découvrir le dossier pédagogique « L’Internationale, genèse et destin d’une chanson mythique »


 

BnF

Avec la Révolution française, la chanson s’affirme comme un genre majeur de revendication politique et une forme essentielle d’expression populaire. Dans les cabarets, les cafés et les estaminets, des femmes et des hommes de tous milieux se réunissent et constituent des sociétés chantantes appelées goguettes. À Paris, la plus célèbre, la Lice chansonnière, fondée en 1831, ne disparaîtra qu’en 1967 ! Ces chansons sont en général publiées sous la forme de feuilles volantes ou de petits recueils vendus quelques centimes par les colporteurs et les chanteurs ambulants.

À partir du milieu du xixe siècle, avec la révolution industrielle, un groupe social émerge et prend progressivement conscience de son identité : c’est la « classe ouvrière ». Au sein des goguettes, les chansonniers ouvriers s’affirment et leurs textes prennent une dimension sociale et politique. Craignant pour l’ordre public, les autorités contrôlent de près ces sociétés chantantes. Les partis politiques constitués ainsi que les nouvelles organisations socialistes s’emparent de ce genre populaire comme d’une arme de propagande. Par sa force fédératrice, la chanson devient un signe de reconnaissance et d’appartenance à un mouvement. Les chansons jouent alors le même rôle que les slogans politiques actuels.

Avant que L’Internationale ne devienne l’hymne universel des partis ouvriers au xxe siècle, les travailleurs chantaient traditionnellement des œuvres comme La Marseillaise, la Carmagnole ou le Chant des ouvriers composé en 1846 par le poète Pierre Dupont. D’autres chansons publiées durant la seconde moitié du xixe siècle connurent un vif succès chez les militants socialistes. Parmi elles, citons Bonhomme écrit à la fin du Second Empire par le blanquiste Émile Dereux, Le chant des prolétaires composé en 1879 par le poète ouvrier Achille Le Roy, La Carmagnole du Parti ouvrier rédigé par Jules Guesde en 1882, La Marseillaise des Travailleurs surnommée aussi « Ouvrier, prends la machine » du communard Charles Keller, Le Drapeau rouge composé par Paul Brousse en 1877 et publié par Achille Le Roy en 1885.

 

EXTRAIT

Comment le chant de Pottier et Degeyter devint un hymne international

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L’Internationale est d’abord le chant des ouvriers de la Fédération du Nord du POF. Du 19 au 23 juillet 1896, le XIVe congrès du POF se tient à Lille. Il accueille des milliers de militants de la région, mais aussi des délégués venus de la France entière ainsi que des dirigeants de partis socialistes étrangers. Le dernier jour du congrès, un défilé est organisé dans les rues de Lille. Les ouvriers lillois, accompagnés d’une fanfare, se mettent à entonner L’Internationale. La chanson est alors reprise en chœur par les 20000 manifestants français, allemands, autrichiens, espagnols…

L’Internationale devient l’hymne du POF puis de l’ensemble des partis socialistes français. En décembre 1899, lors du 1er Congrès général des organisations socialistes françaises à Paris, Henri Ghesquière, conseiller général de Lille, l’interprète devant une salle enthousiaste qui reprend le refrain. En 1905, elle est chantée lors du congrès du Globe, le « congrès de l’unité », et devient l’hymne officiel de la SFIO. L’Internationale fait le tour du monde.

En 1900, le congrès socialiste international se tient à Paris. Les délégués venus du monde entier se séparent au chant de L’Internationale. En 1910, lors de l’ouverture du congrès socialiste international de Copenhague, elle est chantée par 500 choristes accompagnés d’un orchestre. En 1917, L’Internationale devient l’hymne officiel de la République soviétique de Russie puis de l’URSS jusqu’en 1944.

C’est aussi l’hymne de l’Internationale communiste. Elle est chantée par les spartakistes en Allemagne, lors de l’éphémère République des conseils de Hongrie en 1919, par les Brigades internationales qui arrivent en Espagne entre 1936 et 1938 pour combattre les Franquistes. La sonde soviétique Luna 10, premier satellite artificiel de la lune, a retransmis vers la Terre quelques notes de L’Internationale lors du XXIIIe congrès du Parti communiste de l’Union soviétique. En mai 68, L’Internationale est régulièrement entonnée par les étudiants au cours des manifestations et des assemblées générales.

En 1894, la partition et le texte de la chanson sont édités par Armand Gosselin, militant guesdiste du Nord. Il les fait publier à 1000 exemplaires par l’Imprimerie ouvrière de Gustave Delory. En 1894, la Chambre des députés vient de voter les « lois scélérates » pour réprimer les mouvements anarchistes responsables de nombreux attentats. Les anarchistes ont publié leur version de L’Internationale en 1892 dans le journal L’Agitateur. Le texte de la chanson attire ainsi l’attention des autorités. La strophe antimilitariste dite « couplet des généraux » est censurée. Gosselin, quant à lui, est déféré en Cour d’assises et condamné à un an de prison ferme pour appel à la désertion et au meurtre. Les éditions suivantes seront publiées sans le «couplet des généraux »