via : retronews

Les Annales politiques et littéraires 23 novembre 1924, p. 21/28

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Les Annales politiques et littéraires - LETTRE DE LISBONNE [23-11-1924]
Les Annales politiques et littéraires – LETTRE DE LISBONNE [23-11-1924]

LES NATIONS AMIES

LETTRE DE LISBONNE

(De notre correspondant spécial)

Novembre 1924.


UN GRAND ROMANCIER PORTUGAIS : EÇA DE QUEIROZ – L’INFLUENCE FRANÇAISE SUR SON ESPRIT. –  UNE OEUVRE DE JUSTICE. – NOUVELLES REVUES PORTUGAISES.

UN GRAND journal français vient de suggérer l’idée de faire mettre une plaque commémorative sur le château breton où Henryk Slenkiewicz écrivit Quo Vadis? C’est une fort belle idée. Et voici que quelques-uns parmi les innombrables admirateurs d’Eça de Queiroz se sont demandé pourquoi on ne rend pas un hommage analogue au grand romancier portugais en apposant une plaque sur le pavillon de Neuilly qu’il habita pendant longtemps et où il est mort le 17 août I900. Il le mériterait.

Eça de Queiroz est né à Povoa-de-Varzim, en Portugal, le 25 novembre 1845. Ayant fait son droit à l’Université de Coïmbre, d’oà sont sortis la plupart des lettrés portugais, il entra dans la carrière administrative, qu’il devait quitter bientôt pour suivre la carrière consulaire., M remplit les fonctions de consul de Portugal à La Havane, à Newcastle, à Bristol et, finalement, à Paris. Il fit aussi un long voyage en Orient dont maintes pages d’un de ses chefs-d’oeuvre : La Relique, rappellent le souvenir.

Eça de Queiroz, mort à l’âge de cinquante-cinq ans, a néanmoins laissé une œuvre considérable. En dehors de ses romans : Le Crime de l’Abbé Amaro, Le Cousin Basile, Le Mandarin, La Relique, Les Maias, L’Illustre Maison de Ramires, La Ville et la Campagne, La Correspondance de Fradique Mendes, où il a mis tout ce qu’il y avait d’élégant et de prime-sautier dans son esprit, il a des essais tel que ses Vies des Saints, parus après sa mort, qui sont venus ajouter à son oeuvre un éclat nouveau. Dans ses contes, chroniques et articles, il répandit à profusion des observations imprévues, des critiques d’un goût original qui l’auraient mis au rang des plus fins moralistes de notre temps si son oeuvre avait franchi les frontières du Portugal et du Brésil. (On pourrait même ajouter : et de l’Espagne, car Eça de Queiroz jouit en ce pays d’une grande renommée.)

Quelques-uns de ses romans ont été traduits en français, mais on peut dire que Eça de Queiroz reste un inconnu pour les lettrés de France. Il y aurait, cependant, un grand intérêt à ce qu’ils le lussent, car jamais un écrivain étranger n’attribua si passionnément une filiation française et à son génie et à son oeuvre. II a subi l’influence française à un tel point qu’il écrivait lui-même en 1884, à un de ses amis, l’historien Oliveira Martius :

« Je ne fais pas exception à la légion mélancolique et servile des imitateurs. Mes romans, au bout du compte, sont français, moi-même je le suis presque entièrement… Mon éducation, ma culture, ont été faites dans les livres français, par les idées françaises, les tournures françaises, les sentiments français, l’idéal français. »

Après la mort d’Eça de Queiroz, deux Portugais sont allés porter à Zola un message de sympathie. Et l’auteur de Germinal leur dit :

— Vous venez de perdre un grand romancier, votre Eça de Queiroz. J’ai tous ses livres. Et je le considère supérieur à Flaubert, qui, pourtant, a été mon maître.

Nous osons espérer qu’un jour tous les lettrés de France partageront sur ce point l’avis d’Emile Zola. L’hommage que quelques admirateurs veulent rendre au grand Portugais, en rappelant son nom aux promeneurs du coin tranquille et aristocratique de la banlieue parisienne où il habitait et qu’il aimait, pourra très bien être le gentil commencement d’une grande oeuvre de justice.

Signalons avec joie le premier numéro, paru à Lisbonne, d’une belle revue de littérature et d’art dont le titre, Athena, est déjà tout un programme. Et signalons surtout ceci : c’est une revue de jeunes, au talent vivace et hardi, qui cherchent des horizons nouveaux, qui professent le culte de l’originalité, mais qui respectent et admirent les choses respectables et admirables du passé. Ces jeunes sont fort épris de nouveauté, mais ils ont la sagesse de ne pas couper les ponts qui lient leurs aspirations et leur art aux aspirations et à l’art de leurs aïeux.

Il faut ajouter que cette revue, dirigée par MM. Fernando Pessoa et Ruy Vaz, se présente magnifiquement au point de vue typographique et nous donne d’excellentes reproductions de tableaux d’artistes portugais anciens et modernes. Les étrangers pourront l’a feuilleter avec plaisir et profit.

Une autre revue : Portugal, avec une édition rédigée exclusivement en français, vient de paraître à Faro. C’est une revue de propagande. Mais une excellente partie littéraire et artistique y accompagne et agrémente les nombreux renseignements commerciaux.

P. M.

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