source : http://alhim.revues.org/2925

Volker Barth, « Nation et altérité : l’Argentine aux Expositions universelles de 1867,1878 et 1889 à Paris », Amérique Latine Histoire et Mémoire. Les Cahiers ALHIM [En línea], 15 | 2008


RÉSUMÉ

L’article s’intéresse à la représentation de l’Argentine lors de trois expositions universelles parisiennes (1867, 1878, 1889). Or, les années 1860 à 1890 correspondent à la lente mise en place d’une identité collective de la nation argentine. Non seulement les institutions étatiques furent successivement crées et ancrées dans l’ensemble du territoire nationale, mais, à travers des discussions extrêmement controversées, un système de valeurs culturelles fut élaboré en constant interaction avec la référence culturelle française, largement prépondérante à l’époque. Par conséquent, le texte interroge les modalités, les intentions et les conséquences des trois mises en scène à l’étranger sur l’arrière fond des débats politiques en Argentine. Les pays européens et plus que les autres la France, la population rurale et surtout la figure du gaucho mais aussi, dans une moindre mesure, la population autochtone servirent les différents courants politiques tantôt comme exemple à suivre tantôt comme contraste négative pour la construction d’un modèle culturel proprement argentin. Ainsi, l’analyser porte sur la façon dont fut établit une identité propre par rapport à des altérités en constante évolution.


Plan

  1. L’Exposition universelle de 1867
  2. L’Exposition universelle de 1878
  3. L’Exposition universelle de 1889
  4. Conclusion

PREMIÈRES PAGES

Les Expositions universelles du XIX siècle furent des lieux où l’aspiration politique d’un Etat-nation et la question sur quelles valeurs culturelles celui devrait être basé se négociaient devant les yeux d’un public international. La tâche consistait à symboliser une identité nationale propre à l’aide d’un choix d’objets et de se distinguer ainsi des autres pays invités. Le va et viens entre identité et altérité fut constant omniprésent.

Le cas de la participation de l’Argentine aux expositions universelles françaises de 1867, 1878 et 1889 en fournit un bon exemple. Car dans la seconde moitié du XIX siècle la jeune république de l’extrémité sud du Nouveau monde se trouvait au plein milieu d’un processus de consolidation nationale en référence constant aux models européens et notamment français. Après la révolution pour l’indépendance et des décennies de conflits internes, la question de la spécificité culturelle de la nation argentine se posa à partir des années 1860 d’une manière de plus en plus urgente. (Chiaramonte/Souto, 2005: 311-312; Quijada Mauriño, 2005: 821-848) Les années qui suivirent se caractérisent par une lente émancipation culturelle qui fut discuté d’une façon très controversée. Les différentes sections argentines au sein des expositions universelles françaises y jouaient – en tant que sites concrets de la construction symbolique – un rôle important.

La France occupait une place de prédilection dans l’idéologie de l’élite intellectuelle du pays et notamment de sa capitale Buenos Aires. Aussi bien pour les intellectuels que pour les hommes politique libéraux elle constitua un idéal culturel et civilisateur et ainsi un point de référence pour la mise en place de l’Etat argentin. Après tout, la Révolution française et l’invasion napoléonienne de l’Espagne qui en fut la conséquence marquèrent les débuts de l’indépendance de l’Amérique latine. L’Art et les sciences françaises, et non ceux de l’Angleterre en tant que premier partenaire économique, incarnaient pour la classe dirigeante l’archétype de la civilisation européenne dont ils voulaient créer un digne successeur sur les bords du Rio de la Plata. L’autoreprésentation nationale à l’occasion des Expositions universelles devait fournir la preuve que l’Argentine avait la volonté et les capacités de suivre la Grande Nation jusqu’aux sommets de la civilisation.

Dans cette perspective, les trois expositions dont il est question ici relèvent d’un intérêt particulier puisqu’elles furent organisées dans des contextes politiques radicalement différents. Tandis que l’Exposition universelle de 1867 était la fête splendide du Second Empire de Napoléon III, les expositions de 1878 et 1889 célébraient la Troisième République crée en opposition ouverte avec le régime impérial du neveu de Bonaparte. Ainsi, les trois expositions invitaient l’Argentine à une représentation choisie devant sa référence culturelle sous des systèmes politiques diamétralement opposés.

Pour l’invention d’un soi symbolique, c’est-à-dire la mise en scène d’une culture nationale intelligible, cohérente et attirante les expositions universelles posaient un double problème. D’un coté, elles s’attachaient au terme programmatique d’universalité : des cultures différentes devaient former le puzzle d’une seule civilisation ; des modèles civilisateurs alternatives n’y trouvait pas leur place. De l’autre coté, la France en tant que pays hôte cherchait à prouver sa propre supériorité culturelle dans le face à face avec des nations apparemment moins civilisées. Ce deuxième aspect s’accentua progressivement entre l’exposition de 1867 avec l’invention des pavillons nationaux, l’exposition de 1878 avec la première rue de Caire et la fête du centenaire de la Révolution française en 1889 qui proposa aux visiteurs des villages entiers des peuples autochtones.

A ces questions de prestige et d’idéologie s’ajoutaient des intérêts financiers. Car le primitif retardé, inoffensif et divertissant fut une grande attraction populaire. Pour les commissaires argentins cette quête de profit de la part des hautes responsables français était potentiellement dangereuse. Bien que l’Argentine soit un partenaire politique important pour la France au sein des ces événements internationaux – cela surtout en 1878 et 1889 quand les monarchies européens refusaient de participer et les Etats latino-américains avancèrent au statut des Républiques sœurs – plusieurs responsables français exigeaient une démarcation plus nette entre les deux Etats et insistaient sur l’exposition d’objets « exotiques ». Parallèlement, les commissaires argentins cherchaient à mettre en scène un Etat moderne, européen et – à ne pas oublier – blanc.

Finalement, la participation argentine aux expositions universelles françaises montre que l’altérité est un phénomène relatif. Chaque identité propre est constamment renégocié, redéfini et remodelé par rapport à différentes formes d’altérités. « Soi » et « Autre » ne sont pas des concepts essentialistes, mais relèvent inévitablement d’une certaine perspective d’observation. Sur l’arrière-fond des débats politiques internes, les trois sections argentines montrent combien l’élaboration d’une identité nationale dépend du choix d’une altérité de laquelle les différents acteurs cherchent à se démarquer.


Lire la suite : http://alhim.revues.org/2925#tocto1n1

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