source : http://remi.revues.org/5598

BRÉGAIN Gildas(2011) L’influence de la tutelle mandataire française sur l’identification des élites syriennes et libanaises devant la société argentine (1900-1946), Revue Européenne des Migrations Internationales, vol. 27, n° 3, pp. 177-199.

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Plan

La France structure les identifications des élites ottomanes émigrées (1900-1923)
Les élites invoquent leur européanité pour légitimer leur argentinité (1900-1919)
Les agents français soutiennent les identifications sirianos et libanenses
Les autorités françaises, créatrices de l’identification syro-libanaise
Les identifications indépendantes de la tutelle française
La construction d’identifications émancipatrices de la tutelle mandataire (1923-1930)
La valorisation d’une identité ethnique arabe par certaines élites anti-mandataires
Une nouvelle identification syro-libanaise à tonalité arabe
La réponse libanaise : une identification syro-libanaise à tonalité « orientale »
Refuser la catégorisation « de papier » organisée par la France
La (re)naissance des identifications libanaise et arabe (1930-1946)
La défense d’un Liban indépendant de la Syrie
Le réveil d’une identification nationale arabe à connotation islamique
Conclusion


PREMIÈRES PAGES

« Turco de mierda », « Turco bruto »… telles sont les insultes que plusieurs centaines de milliers d’émigrés syriens et libanais ont dû supporter, un jour ou l’autre, lors de leur séjour en Amérique latine. Au début de la Première Guerre mondiale, plus de 100 000 Ottomans sont présents en Argentine, exerçant pour la plupart le métier de colporteurs et de petits marchands. Dès la fin du XIXe siècle, les dirigeants argentins considèrent que ces immigrants qui se consacrent uniquement au commerce sont inutiles au développement économique du pays. De langue arabe, principalement originaires de la province de Syrie et plus particulièrement du Mont-Liban, ces Ottomans sont bien loin du modèle de l’immigrant européen agriculteur. Juan Alsina, directeur du Département d’Immigration de 1891 à 1910, dénonce ainsi le caractère « exotique » du Turco, potentiellement nuisible à la construction du crisol de razas argentin. La société argentine attribue de façon simplificatrice à l’immigrant issu du Moyen-Orient et de langue arabe le surnom de Turco, qu’il soit chrétien, musulman ou juif. Elle construit ce stéréotype largement péjoratif, non seulement sur son appartenance à la religion musulmane, mais également sur l’étrangeté de ses coutumes, son improductivité et son analphabétisme (Bestene, 1994). Cette catégorisation d’origine populaire s’explique notamment par l’influence d’une culture européenne qui affuble de « turcs » ou « turcos » tous ceux qu’elle perçoit comme musulmans depuis le XIIe siècle.

L’attitude discriminatoire des populations à leur égard n’empêche pas les immigrés syriens et libanais de pénétrer rapidement l’économie argentine et de s’insérer dans l’industrie, les professions libérales et la politique à partir des années 1920. Néanmoins, les plus fortunés d’entre eux éprouvent des difficultés à intégrer la haute société. C’est pourquoi, afin d’améliorer leur image, une trentaine d’élites syriennes et libanaises prennent la défense de leurs compatriotes face à la nation argentine. Elles contestent le qualificatif de Turcos au profit de nouvelles identifications valorisantes. La plupart de ces personnalités sont des Maronites originaires du Mont-Liban : parmi eux, des intellectuels écrivent régulièrement des articles dans la presse en langue arabe (Rachid Rustom, Habib Estefano, Alejandro Schamun, Checri Abi Saab, Esbir Gorayeb, José Juairy, Jorge Assef, Antonio Arida, Massoud Posleman), d’autres sont des religieux (père Elias M. Gorayeb, père Miguel Latuf Inderi). On y trouve aussi des commerçants (Moisés et Salomon Busader, Domingo Kairuz, Miguel Samra, Salomon David Gebara). Jorge Sawaya, Elias Amar, Khalil Sa’adeh sont des intellectuels libanais de religion orthodoxe, tandis que l’intellectuel Nagib Baaclini est un melkite. L’Émir Emin Arslan, qui occupe la fonction prestigieuse de consul ottoman à Buenos Aires de 1910 à 1915, et Ta’an Felipe Homad, sont des Libanais druses. Enfin, Ibrahim Hussein Hallar et Mohamed Murad sont des Libanais musulmans, et Constantin Melhem est un ex-orthodoxe de Tripoli, converti ensuite à l’islamisme. Plusieurs élites sont des Syriens orthodoxes, qu’ils soient rédacteurs de journaux (Husny Abdul Malik, Miguel Cosma), religieux (Monseigneur Mikael Jaluf, archiprêtre Moise Hillar) ou commerçants (Moisés José Azize, Mecia Dantur). José Jorge est un commerçant syrien de religion juive. Enfin, Saiffudin Rahhal est un musulman égyptien. Certains d’entre eux correspondent régulièrement avec les leaders nationalistes du Moyen-Orient, du fait de leur parenté, tel l’Émir Emin Arslan, cousin de Chekib Arslan, et Nagib Baaclini, qui a un oncle Prélat à Beyrouth, Pedro Baaclini. Jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, les élites ottomanes de Buenos Aires ont des contacts fréquents avec celles de Montevideo, ce qui justifie l’étude des identifications construites par leurs compatriotes de Montevideo à cette période.

Pour légitimer l’intégration de leurs compatriotes au sein de la société argentine, les élites sont tenues de présenter l’image d’une seule et même collectivité, issue d’une seule « race » ou d’un conglomérat de « races », afin de pouvoir prétendre enrichir la nation d’accueil culturellement, économiquement, etc. Dans ce cadre, les élites doivent absolument tenir compte de la composition contemporaine des collectivités syriennes et libanaises présentes en Argentine. Si les Ottomans maronites originaires de la montagne libanaise sont majoritaires au début du XXe siècle, à la fin des années 1920 les Syriens sont désormais supérieurs en nombre, et Musulmans et Orthodoxes semblent aussi nombreux que les Maronites. Les autres immigrants de langue arabe (Palestiniens, Irakiens, etc.) sont très peu nombreux.

Les nouvelles identifications construites par ces élites sont influencées à divers degrés par les catégorisations opérées par la société argentine, l’administration argentine et les agences consulaires et diplomatiques françaises. Contrairement à beaucoup de pays américains, les autorités argentines n’ont pas mis en place de législation interdisant l’immigration des « Asiatiques ». De 1880 à 1946, l’administration argentine catégorise ces immigrés sous des vocables différents : otomanos, turcos, asiáticos, árabes, sirios, libaneses, palestinos.Ces dénominations exercent peu d’influence sur le processus d’identification des élites syriennes et libanaises devant la société argentine, si on les compare aux identifications imposées par les agences consulaires et diplomatiques françaises.

À la fin de la Première Guerre mondiale, l’Empire ottoman se retrouve disloqué et en dépit de la volonté populaire, les puissances européennes choisissent de diviser les provinces arabes en différents États. Le 1er septembre 1920, la France déclare l’indépendance du Grand Liban vis-à-vis de la Syrie. En 1923, la Société des Nations charge officiellement la France d’un Mandat sur la Syrie et le Liban, autorisant ainsi ses agences consulaires à délivrer des papiers d’identité aux émigrés syriens et libanais. En réalité, dès les premières années du XXe siècle, ces derniers sollicitent déjà les autorités françaises en Amérique.

Jusqu’au début de la Première Guerre mondiale, la plupart des élites ottomanes présentes en Argentine se voient comme des sujets ottomans, servant un Empire multinational, multiethnique et multireligieux. Elles refusent toutefois le qualificatif de Turco, car il est utilisé péjorativement, à la fois dans le pays d’accueil, et à la cour ottomane, où il désigne les paysans analphabètes et un peu naïfs d’Anatolie dans les histoires humoristiques. Face à la société argentine, la plupart des élites se présentent comme otomanos et/ou sirios, puisque la Grande Syrie constitue alors une province autonome au sein de l’Empire ottoman. Néanmoins, leur identification diffère sensiblement selon le contexte et l’interlocuteur auquel elles s’adressent. Ainsi, en privé, lors d’un dialogue avec l’un de ses compatriotes, un dirigeant va plutôt s’identifier par son village d’origine et son appartenance religieuse. Lorsqu’elles entrent officiellement en contact avec les autorités françaises, certaines élites maronites mettent en valeur leur proximité culturelle avec la France, et s’identifient comme Libanais. Ainsi, Checri Abi Saab prend sa plume aux côtés d’Alejandro Safi au nom des « Maronites du Liban » pour présenter ses vœux au ministre de la République française à Montevideo à l’occasion du 14 juillet 19053. Certains responsables ont alors conscience de leur identité libanaise, qu’ils conçoivent comme un complément à l’identité syrienne ou ottomane/syrienne, mais ils n’éprouvent pas le besoin de la mettre en relief lorsqu’ils s’adressent à la société d’accueil.

Dès les premières années du XXe siècle, les autorités françaises influencent de multiples manières les identifications que les élites promeuvent face à la société argentine.


La France structure les identifications des élites ottomanes émigrées (1900-1923)

Depuis la fin du XIXe siècle, la France a des visées coloniales sur le territoire de la Grande Syrie. Afin de soutenir sa politique d’implantation au Levant, elle manipule les collectivités ottomanes émigrées, et structure fortement l’identification de leurs élites.


Les élites invoquent leur européanité pour légitimer leur argentinité (1900-1919)

Dès le début du XXe siècle, les élites syriennes et libanaises font tout pour « argentiniser » leurs compatriotes, afin de faire oublier le caractère exotique que la société d’accueil leur attribue. Pour promouvoir l’assimilation de leurs compatriotes au milieu argentin, ces élites présentent l’image d’un immigrant idéal, sain de corps et d’esprit, travailleur acharné, et respectueux des lois. Certaines d’entre elles invoquent aussi leur européanité, car les Argentins apprécient les cultures européenne et française, à l’inverse de la culture arabe. Revendiquer leur culture leur permet de contester l’image du Turco analphabète. L’un de leurs amis, le député argentin Joaquín V González, devient d’ailleurs le porte-parole des élites ottomanes lors d’un débat parlementaire. En 1910, il défend l’immigration syrienne, très critiquée jusque-là, en déclarant que « les Syriens, en quelque sorte, sont les Européens de l’Asie, avec leur antique civilisation, leur morale et leur culture chrétienne. Ils sont placés sous la protection des puissances européennes, et pratiquent l’éducation, les langues et le progrès comme les Européens ». En développant un tel discours, les élites ottomanes se différencient des « Asiatiques » perçus négativement par les dirigeants argentins, et prétendent appartenir aux populations de culture européenne et catholique, bref, « civilisées ».

Jusqu’à la mise en place du Mandat français, la grande majorité de ces élites ottomanes est imprégnée de culture française et admire la France. Beaucoup ont appris le français et l’histoire mythique des liens entre la France et la Syrie dans les établissements scolaires des missionnaires français en Syrie. L’identification de ces élites à la France se perçoit nettement dans les cérémonies patriotiques. Par exemple, lors des fêtes en l’honneur de la restitution de la constitution ottomane en 1908, on déploie les drapeaux argentin, ottoman et français et on joue l’hymne de chacun de ces pays. Cas exceptionnel, Jorge Sawaya a reçu une éducation à l’université américaine de Beyrouth et s’écarte de l’influence culturelle française.

Tout au long du XXe siècle, les élites originaires de la Grande Syrie s’efforcent de construire une identification argentine pour elles et leurs compatriotes. Toutefois, à partir de 1919, lorsque les prétentions coloniales de la France sur la Grande Syrie apparaissent trop manifestement, un grand nombre d’entre elles (Salomon Busader, Moisés Busader, Alejandro Schamun, etc.) cessent de s’identifier à la France. De ce fait, elles n’utilisent plus la référence française ou européenne pour légitimer leur argentinité. Celles qui sont favorables à une Grande Syrie arabe (Khalil Sa’adeh, Jorge Sawaya, Ta’an Homad) s’opposent violemment à toute identification à la France et refusent que soit hissé un drapeau libanais ou syrien comportant un modèle réduit du drapeau français, symbole du Mandat. L’Émir druse Emin Arslan, en tant que directeur de la Revista de Francia, continue de louer l’apport « civilisateur » de la France au Levant jusqu’en 1923, moment où il commence à critiquer le Mandat français. Ce sont surtout les missionnaires maronites (père Elias M. Gorayeb, père Miguel Latuf Inderi), ainsi que certains intellectuels maronites groupés au sein de l’Alliance Libanaise (José Juairy, Antonio Arida, Checri Abi Saab) qui continuent à construire cette identification à la France pour légitimer leur argentinité. Les religieux maronites se présentent alors comme les « petits Français de L’Orient » et les drapeaux argentins, libanais et français sont arborés à chaque cérémonie patriotique dans le Colegio San Marón de Buenos Aires.


Les agents français soutiennent les identifications sirianos et libanenses

Le travail de catégorisation réalisé par les autorités consulaires françaises, lorsqu’elles remettent des papiers d’identité, affecte de façon sensible l’identification des intellectuels ottomans. À partir de 1903, bien que ces émigrés aient la nationalité ottomane, les agents consulaires français en Uruguay délivrent aux Chrétiens ottomans des papiers d’identité attestant de leur nacionalidad syriana. Les fonctionnaires le font de leur propre initiative ou à la demande des intéressés. La terminologie utilisée sur les papiers d’identité peut s’expliquer soit par la translittération du français « syrienne » en syriana, soit par la reprise du latin syriana. Les élites intériorisent alors les caractéristiques de cette attribution administrative et se proclament sirianos devant la société d’accueil, fondant en 1906 la Sociedad Siriana à Montevideo.Cela ne les empêche pas de se reconnaître aussi comme Ottomans. Ainsi, ayant reçu en 1903 du consul de France à Montevideo un certificat de nacionalidad syriana, Checri Abi Saab rédige en tant que membre de la Sociedad Siriana un discours louant la restauration de la Constitution de Turquie en juillet 1908. Au contraire, en Argentine, la plupart des intellectuels ne se définissent pas comme sirianos, mais comme sirios et/ou comme otomanos. Ainsi, en 1902, les missionnaires maronites fondent le Colegio Sirio-argentino à Buenos Aires.

À partir de 1915, la France soutient certains dirigeants soucieux d’affirmer leur identité libanaise, en autorisant la remise de certificats de nationalité libanense. Toutefois, la présence d’une association Juventud Libanense à Montevideo en juillet 1908 prouve l’existence dès cette époque d’une identification libanaise indépendante de la catégorisation administrative française. Les jeunes intellectuels maronites fondateurs de cette association reprennent l’identification libanense, un terme d’origine latine, mais déjà couramment utilisé en espagnol pour désigner la montagne libanaise. Amorcée dans les années 1840 par le clergé maronite, la construction de l’identification libanaise est consolidée à partir de 1861 par la constitution du Mont-Liban en Mutasarrifiyya, région autonome au sein de la province de Syrie. Cependant, jusqu’au début du XXe siècle, cette identité libanaise n’est pas conçue comme antagonique à l’Empire ottoman, ni à la Syrie. Ainsi, à Montevideo, la Juventud Libanense participe à la cérémonie en l’honneur de la constitution ottomane en 1908.

Après cette date, face à la politique de centralisation mise en œuvre par les Jeunes Turcs, plusieurs intellectuels originaires du Mont-Liban veulent sauvegarder l’autonomie de leur région. C’est pourquoi certains d’entre eux, émigrés en Égypte, créent en 1909 l’Alliance Libanaise, qui revendique l’indépendance absolue du Liban dans ses frontières « naturelles » (celles du Liban de Fakhreddine II) avec l’aide des Européens. Afin de légitimer cette revendication d’un Liban indépendant de l’Empire ottoman et de la Syrie, l’Alliance Libanaise invoque un passé mythique phénicien qui rapproche le Liban de l’Occident. Elle considère que le peuple libanais est le descendant des Phéniciens, un peuple qui appartenait à la « race sémitique », qui vivait du XIIe siècle au IVe siècle avant notre ère et avait colonisé le pourtour méditerranéen. Elle adopte comme emblème le cèdre du Liban. Ce groupe influence rapidement un cercle restreint d’intellectuels chrétiens à Montevideo et à Buenos Aires. Dans la capitale argentine, plusieurs élites originaires du Mont-Liban (dont Salomon David, Moisés et Salomon Busader) s’associent en mars 1915 pour fonder la Unión Libanense, afin de soutenir les Alliés – surtout la France – et de réclamer l’indépendance du Liban dans ses frontières « naturelles ». Puis, en juillet 1915, de l’autre côté du Rio de la Plata, à Montevideo, des certificats de nacionalidad libanense sont remis à certains émigrés par des associations soutenues par la Légation de France. Et, le 14 juillet 1917, grâce au soutien de l’ambassade de France, la Unión Libanense de Buenos Aires obtient pour la première fois l’autorisation d’arborer le drapeau libanais, orné d’un cèdre. Pourtant, la même année, cette association exprime des réticences lorsque le Dr Lakah et Mardam Bey veulent recruter pour la Légion d’Orient « sans distinction de race », car la Unión Libanense considère que les Libanais, les Syriens et les Arméniens ont des origines ethniques différentes.

À l’image des membres de l’Alliance Libanaise du Caire, les membres de l’Unión Libanense de Buenos Aires revendiquent leur origine phénicienne pour se différencier de la « race » et de la culture ottomanes. Au début du XXe siècle, ce phénicianisme est beaucoup plus développé dans les terres américaines et en Égypte que dans la province de Syrie elle-même (Kaufman, 2004 : 74). Depuis le milieu du XIXe siècle, les recherches françaises sur la période pré-islamique de la Grande Syrie s’intensifient et construisent un passé antique mythique pour cette région. La France encourage alors l’identification des Maronites du Liban aux Phéniciens, afin de s’attacher la collaboration de ce groupe ethnique minoritaire dans une optique colonialiste (Kaufman, 2004). Lorsqu’ils invoquent leur origine phénicienne pour démontrer leurs capacités civilisatrices à la société argentine, les dirigeants de l’Unión Libanense s’approprient donc une pratique coloniale française. Ceux-ci citent régulièrement les nombreuses colonies fondées par les Phéniciens sur le pourtour méditerranéen (comme Sidon, Tyr et Carthage), afin d’établir le rôle fondamental des Phéniciens dans la formation de la civilisation grecque. Checri Abi Saab écrit ainsi, en 1918, que les Maronites descendent « des anciens Phéniciens célèbres pour leurs audacieux voyages et leur commerce et auxquels on attribue l’invention de l’alphabet »

Avant 1919, la théorie du phénicianisme n’est toutefois pas encore fixée : certains considèrent que l’ensemble des Syriens descendent des Phéniciens, tandis que d’autres estiment que seuls les Maronites du Mont-Liban ont ce privilège. Enfin, d’autres défendent l’idée que cette identité ethnique phénicienne s’est trouvée mélangée au cours des siècles à d’autres « races » du fait des invasions successives. En 1917, Alejandro Schamun se réfère ainsi aux qualités du conglomérat de « races » présent en Syrie : « Le Syrien tient du Phénicien l’instinct d’entrepreneur et la vaillance, qui est régulé par sa prédisposition au calcul ; de l’Égyptien antique, la sérénité d’esprit et l’amour de l’ordre ; du Grec, l’idéalisme libre et désintéressé, et de l’Arabe, l’imagination puissante et la candeur du sentiment » (Schamun, 1917 : 21). À l’image de la majorité des élites maronites présentes dans la grande province de Syrie, Alejandro Schamun est favorable à la constitution d’une Grande Syrie, avec une autonomie importante pour le Mont-Liban.

Jusqu’en 1920, le clergé maronite en Argentine refuse encore de s’identifier publiquement aux Phéniciens, car ceux-ci étaient païens. Mais en août 1919, le patriarche maronite Elias Hoyek arrive à Paris à la tête d’une délégation maronite, afin d’exiger l’établissement d’un Grand Liban à la conférence de la paix. Pour légitimer l’existence d’une communauté nationale distincte, fondée sur une différence ethnique et culturelle avec les Arabes, il invoque l’origine phénicienne des Libanais, ce qu’il n’avait jamais fait auparavant devant ses compatriotes maronites (Kaufman, 2004 : 86).Les revendications des religieux maronites en faveur d’un Grand Liban sont désormais liées à l’évocation d’un passé phénicien, y compris en Argentine. Lors d’une conférence publique, le père Elias Gorayeb déclare en 1927 que la nation libanaise est née depuis Saint Maron, et que les Libanais descendent des Phéniciens.


Les autorités françaises, créatrices de l’identification syro-libanaise

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