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Arnera Albin. Science et colonisation : la mission Dybowski (1891-1892). In: Outre-mers, tome 89, n°336-337, 2e semestre 2002. traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ? sous la direction de Olivier Pétré-Grenouilleau. pp. 321-332.

www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3995

 

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RÉSUMÉ

En 1891, le Comité de l’Afrique Française décide l’envoi d’une mission vers le lac Tchad dans le but de retrouver et de renforcer l’expédition de Paul Crampel partie un an plus tôt. Le choix d’un naturaliste pour diriger cette mission lui confère une dimension scientifique, dans l’exploration d’une région encore inconnus des Européens. Dans cette optique, Jean Dybowski semble correspondre à merveille puisqu’au fil de son itinéraire de la côte atlantique au nord de l’Oubangui, il parvient à étudier en détail la faune, la flore, la minéralogie et les populations rencontrées. Avec un perpétuel souci d’emmagasiner le maximum de connaissances, il réalise une véritable moisson de documents scientifiques et constitue de très riches collections, négligeant quelque peu sa mission politique pour s’adonner à sa passion première. Discrédité et accusé d’incompétence concernant l’aspect expansionniste de son expédition — puisqu’il rebrousse chemin rapidement sans chercher à atteindre le lac Tchad — Dybowski apporte en revanche beaucoup à la science par la richesse et la précision de ses collections. La mission Dybowski met en exergue le rôle majeur que prend la science dans l’acte de colonisation.


Plan

La mission Dybowski : une recherche permanente
L’exposition Dybowski
Conclusion


Reproduction de l’introduction et de la conclusion

A la fin du xixe siècle, dans le vaste mouvement de colonisation qui se généralise et s’uniformise à l’échelle du globe, les grandes puissances se lancent sur le continent africain pour se tailler de vastes territoires. de cette « course au drapeau » se double d’une attirance pour la d’un monde inconnu qui apporte un flot de nouveauté à la science.

C’est dans une de ces régions encore inconnues par la science et « » sur les cartes géographiques que va se dérouler la mission Dybowski, qu’il faut replacer dans un double contexte en pleine évolution. L’expédition Crampel, partie en direction du bassin du Tchad afin de relier les possessions françaises du Sahara, du Sénégal et du Congo, doit faire face à une multitude de problèmes à tel point que le Comité de l’Afrique Française décide de la renforcer par l’envoi d’une seconde mission en 1891 ; la direction en est confiée à Jean Dybowski, alors professeur à l’Ecole Nationale d’Agriculture de Grignon, qui a déjà effectué deux voyages d’études dans le Sahara algérien et dont la spécialité de naturaliste devait marquer le caractère pacifique de l’entreprise.

La mission Dybowski est donc chargée de rejoindre Crampel, de lui des renforts, de l’informer des récents traités de l’été 1890 relatifs au droit d’accès au lac Tchad de l’Allemagne, de l’Angleterre et de la France, de fonder des postes dans le bassin du Chari afin de préparer la marche vers le nord et enfin, de développer le commerce. Dybowski accepte la charge qui lui incombe. Sa mission nécessite une escorte d’environ cinquante hommes, des tirailleurs sénégalais, un grand nombre de porteurs, environ une centaine, beaucoup de marchandises d’échange et le matériel scientifique utile. Ce genre d’expédition réclame une santé robuste, hors du commun, et des connaissances encyclopédiques très importantes.

La mission se donne plusieurs objectifs. Politiques d’abord dans la d’une voie de pénétration vers le nord et l’acquisition de « droits » dans la région du Chari, bassin du lac Tchad. Commerciaux ensuite dans le projet de tisser des liens avec les différentes populations traversées et d’y développer l’agriculture. Scientifiques enfin dans l’étude d’une région inexplorée et inconnue par la science. Or, quand l’expédition parvient à Brazzaville, en juillet 1891, et qu’elle apprend le massacre de la mission Crampel, l’objectif principal devient avant tout d’enquêter et éventuellement de venger sa mort. Mais Jean Dybowski est un naturaliste avant d’être un colonisateur et il continua à mettre au premier plan de ses préoccupations, l’aspect de sa mission.

Cette expédition s’inscrit donc dans un mécanisme imbriquant science et colonisation, mécanisme par lequel le colonisateur devient collectionneur durant son exploration. La mission Dybowski est notamment le fruit d’un contexte évolutif des organismes scientifiques qu’il faut d’abord éclaircir avant d’examiner l’expédition en elle-même et le bilan de ses recherches, ainsi que la vaste exposition que l’explorateur met en place à son retour en France.

La mission Dybowski : une recherche permanente

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L’exposition Dybowski

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Conclusion

II faut replacer la mission Dybowski dans un double contexte et en tirer à la fois les échecs et les succès. Sur le plan politique, elle fut, sinon un échec, peu fructueuse ; mais sur le plan scientifique, en revanche, elle fournit de précieux renseignements et elle est la première expédition à rapporter d’aussi nombreux documents de toutes sortes de cette région de l’Afrique centrale. En enrichissant les galeries du Muséum de collections nouvelles, précises et très riches, et en les exposant, Dybowski a fait découvrir au public de nouveaux aspects l’Afrique.

C’est ce côté scientifique de l’exploration qu’il est important de mettre en valeur. La science devient l’auxiliaire de l’exploration puis de la colonisation car elle prépare l’installation d’une nouvelle organisation. L’étude des ressources, du milieu de vie, des caractéristiques des populations et des possibilités de commerce et de culture apparaît capitale pour la future administration. La mission Dybowski est aussi un bon exemple de l’émergence de l’agronomie coloniale dans le processus de « professionnalisation » de la botanique à la fin du xixe siècle. En identifiant de nouvelles espèces et en rencontrant des populations qui n’avaient encore jamais été décrites, Dybowski, doué d’une extraordinaire curiosité, devient le spécialiste de cette région du point de vue de l’ethnographie, de la botanique et de la zoologie. Le Muséum d’histoire naturelle fut de ce fait associé à la renommée médiatique déjà acquise par l’explorateur.

Le personnage de Dybowski a sans doute été insuffisamment perçu par la plupart des historiens traitant de l’expansion française à la fin du xixe siècle, qui, jusqu’à présent, n’évoquent jamais ou presque la dimension scientifique de la colonisation. Il est perçu comme un spécialiste de l’agronomie coloniale uniquement dans les ouvrages propres à cette discipline. Pourtant, Dybowski fut avant tout un naturaliste, pas un militaire, et le fait que sa mission prit l’aspect d’une opération punitive à Brazzaville, à l’annonce du massacre de son prédécesseur, est sans doute la circonstance qui assombrit son image. Beaucoup le considèrent désormais inapte à diriger une expédition de ce genre justement parce qu’il décida le retour de la troupe sur l’Oubangui à un moment crucial. Mais ses études scientifiques furent d’une richesse extrême, ce qui justifie la carrière dans l’administration coloniale qu’il entama à la suite de sa mission. Grâce à cette expédition, Dybowski devint la référence en matière d’agriculture coloniale et il œuvra toute sa vie pour la mise en valeur des possessions françaises par une colonisation agricole.

On peut néanmoins émettre une hypothèse selon laquelle, à propos de cette mission, l’attention aurait été justement « orientée » vers ses apports scientifiques pour masquer son échec politique global. On peut constater que d’autres explorateurs dont la mission fut un succès politique, telle celle de Casimir Maistre, apportèrent de précieux renseignements également d’ordre scientifique, sans pour autant apparaître comme des spécialistes dans ce domaine.

Sur le plan politique, la mission Dybowski devait servir malgré tout de base solide aux mission suivantes, notamment celle de Casimir Maistre. Mais elle est surtout représentative d’un legs positif de la science dans l’acte de colonisation puisqu’elle a su allier objectifs politiques et recherches en se livrant à une véritable moisson de documents de toutes sortes et en faisant découvrir au monde une nouvelle région de l’Afrique grâce à une très riche exposition. Ainsi, Dybowski apparaît à la fois comme un homme de son temps, intéressé à l’expansion de son pays, avec un regard de scientifique soucieux de collecter des pièces caractéristiques des populations rencontrées.

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