via La bataille de Puebla (5 mai 1862) et l’impérialisme français au Mexique – napoleon.org


Auteur(s) : DELAGE Irène (trad.), HICKS Peter


Au Texas et au Mexique, la fête du 5 mai est l’occasion de manger des tacos et d’exalter sa fierté d’être mexicain. C’est la date de la bataille de Puebla (il y a exactement 140 ans) qui, plus encore que la déclaration d’indépendance à l’Espagne le 16 septembre 1810, symbolise la naissance du nationalisme mexicain.

Retour sur l’histoire : le général Santa Anna, le Texas et la guerre mexicaine

Dans les années 1820, après la chute du général Agustin de Iturbide, fondateur d’une nouvelle dynastie impériale sous le nom de Agustin I,  la politique mexicaine fut conduite par le charismatique général Antonio López de Santa Anna (1796-1876), élu président en 1834. Sa principale préoccupation fut les relations avec les Etats-Unis et la question de la sécession du Texas, territoire du Mexique à cette époque. C’est en signe de contestation à la Constitution de 1836 qui réduisait significativement ses droits, que le Texas déclara son  indépendance. Le gouvernement mexicain entreprit une expédition armée afin de rétablir sa souveraineté, entreprise victorieuse dans un premier temps (notamment à Alamo), mais Santa Anna fut capturé en avril lors de sa désastreuse défaite de San Jacinto.
A la fin des hostilités, le général fut libéré et le Mexique cessa toute action contre le Texas, se bornant à ne pas le reconnaître comme un Etat indépendant.

A la même époque, les Etats-Unis s’appuyaient sur la fameuse théorie de la volonté divine de leur « Destinée manifeste » (Manifest Destiny), pour étendre leur territoire et leur influence à travers tout le continent nord-américain, mais aussi le Mexique. En 1845 le Congrès américain vota l’annexion du Texas, provoquant la rupture des relations diplomatiques avec le Mexique. Soupçonné de vouloir négocier avec les Etats-Unis, le président Santa Anna fut renversé.

Le conflit entre le Mexique et le Texas (américain) reprit après un désaccord sur la définition de leurs frontières respectives : pour les Etats-Unis, le Rio Grande délimitait la frontière entre les deux protagonistes, pour le Mexique, c’était la rivière Nueces.

Le tout nouveau président des Etats-Unis, James K. Polk entreprit de protéger les colons américains frontaliers et proposa d’acquérir la Californie, ce que refusèrent catégoriquement les Mexicains. Soutenu par les Démocrates au Congrès, Polk déclara la guerre au Mexique en avril 1846.

Les troupes américaines prirent facilement le Nouveau Mexique et la région nord de la Californie (aujourd’hui Etat de Californie) et le général Zachary Taylor remporta des victoires rapides dans le nord-est du Mexique. Ces défaites provoquèrent la chute du président Mariano Paredes y Arrillaga et de son gouvernement, et le retour au pouvoir du général Santa Anna en septembre 1846. Le 23 février 1847, malgré de lourdes pertes, Taylor obligea Santa Anna à la retraite à Buena Vista.

Les Américains changèrent alors de tactique. Alors que Taylor devait continuer à gagner du terrain dans la partie nord du Mexique, le général Winfield Scott fut chargé de mener une expédition pour prendre le port de Veracruz et de marcher sur Mexico. Le 18 avril 1847, Scott défit Santa Anna à la bataille de Cerro Gordo, au nord-ouest de Veracruz, près de Puebla. Mexico fut occupée le 15 septembre 1847 et Santa Anna s’exila alors qu’un nouveau gouvernement mexicain négociait la paix avec les Américains : elle fut signée le 2 février 1848. Le Mexique cédait aux Etats-Unis toute la partie nord de son territoire délimitée par une ligne allant du Rio Grande au fleuve Gila, traversant le fleuve Colorado pour rejoindre la côte Pacifique. Les Etats-Unis accordèrent une indemnité de 15 millions de dollars au gouvernement mexicain et prirent en charge les 3 250 000 dollars réclamés par des citoyens américains à l’Etat mexicain.

Santa Anna fut rappelé au pouvoir en 1853 par les Conservateurs, qui lui proposèrent de prendre la tête d’une dictature. Parmi ses nombreuses décisions, il institua le régime dictatorial à vie le 16 décembre 1853. Afin de trouver des fonds pour financer l’armée, Santa Anna vendit aux Etats-Unis le territoire situé au sud du fleuve Gila, pour 10 millions de dollars. Cette transaction, dernier changement significatif des frontières du Mexique, provoqua les plus fortes contestations des libéraux et la chute du dictateur à l’automne 1854.
Le général Juan Alvarez, libéral, et ses troupes reprirent Mexico le 14 novembre 1854, Alvarez devint le nouveau président avec Benito Juarez comme ministre de la Justice.
La constitution établie par les libéraux en 1857, anticatholique et anticléricale, provoqua de nouveaux conflits politiques armés, Juarez s’enfuie alors que le général Zuloaga prenait le pouvoir dans les derniers jours de décembre.
Les années 1858-1861 furent marquées par une guerre civile qui ramena Juarez au pouvoir comme président de la République, après la victoire de Silao en 1860.
Juarez trouva Mexico dévastée et ruinée, et décida le 17 juillet 1861 un moratoire de 2 ans pour le paiement de la dette extérieure. Les trois pays les plus directement concernés par cette décision étaient la Grande-Bretagne, l’Espagne et la France (pour le prêt Jecker).

L’occupation française et la bataille du 5 mai 1862

Afin d’amener Juarez à annuler cette suspension, les trois puissances européennes envoyèrent des troupes communes au Mexique. Cependant, la position française restait ambiguë : le prêt Jecker consenti au gouvernement de Juarez par la France, restait modeste et servit plus de prétexte au dessein de Napoléon III de créer une région-tampon en Amérique du Sud. L’empereur français voulait installer une colonie française au Mexique, à partir duquel elle pourrait se déployer dans d’autres régions du Sud, pour former un véritable Empire catholique, contrebalançant l’influence des Etats-Unis protestants, alors pris dans la tourmente de la guerre de Sécession.

Après une première expédition peu convaincante, l’Angleterre et l’Espagne signèrent avec le Mexique le Traité de Soledad en avril 1862, qui leur accordait de nombreux dédommagements en échange du retrait des troupes anglo-espagnoles. Au contraire, les troupes françaises, conduites par le général de Lorencez, marchèrent sur Mexico, sous couvert de négocier le paiement du prêt Jecker, et de mettre à l’abri les troupes françaises touchées par la fièvre jaune dans la région de Veracruz. Le véritable objectif était de déposer Juarez et d’installer une monarchie  » francophile  » à la tête du Mexique. Auparavant, de Lorencez devait se défaire du général Zaragoza sur la route de Mexico.

Le parcours et la carrière des deux généraux étaient complètement différents. Né en 1814, Charles-Ferdinand Latrille, comte de Lorencez, militaire d’origine aristocratique, se distingua par la prise de la tour de Malakoff pendant la guerre de Crimée. Le général Zaragoza, né en 1829 au Texas quand il était encore territoire mexicain, vécut une première expérience au séminaire, puis fit carrière dans le commerce avant d’entrer dans l’armée. Allié aux libéraux avant la chute de Santa Anna, il grimpa les échelons rapidement jusqu’au grade de général. Juarez lui proposa le poste de ministre de la Guerre qu’il refusa, préférant affronter les troupes françaises à Puebla. Il fut le premier général mexicain à battre une armée étrangère, mais mourut subitement du typhus en septembre 1862.

Le général de Lorencez dirigeait  un corps expéditionnaire de plus de 7 000 hommes : 3 500 soldats débarqués le 8 janvier 1862, puis 4 500 hommes supplémentaires en mars. Les forces armées étaient composées de zouaves, de chasseurs, de « marsouins » et de fusiliers marins.

Une première rencontre eut lieu le 28 avril 1862 dans le canyon de Las Cumbres, où les Français obligèrent les Mexicains, après une lutte acharnée, à se retirer vers Puebla. La ville est encadrée deux forts, celui de Guadalupe (au nord-est) et celui de Loreto (au nord-ouest), entourés de nombreux ravins. Selon les sources françaises, 12 000 hommes étaient retranchés dans la ville de Puebla, alors que le général Zaragoza mentionnait 3 500 hommes dans un télégramme au général Blanco, ministre de la Guerre mexicain. Les troupes françaises stationnaient à Amazoc, à 16 km de Puebla.

Le général de Lorencez lança son attaque sur le fort de Guadalupe mais, sous-estimant ses adversaires, il dut finalement se retirer dans la ville de Orizaba sans avoir fait céder les Mexixains. Ces derniers poursuivirent les Français et occupèrent le sommet du Cerro Borrego, position stratégique près de Orizaba. Alors que Zaragoza tentait de faire se replier les Français vers la côte avant qu’ils ne reçoivent des renforts, le capitaine français Détrie reprenait le Cerro Borrego et forçait les Mexicains à regagner Puebla. Les deux armées se retrouvaient dans la même situation initiale.

Ce manque de réussite coûta son commandement au général de Lorencez, remplacé par le général Forey, débarqué en septembre 1862 avec 30 000 hommes.
Après le long siège de Puebla (mars-juin 1863), puis le combat de Camerone (30 avril 1863) et la défaite de l’armée mexicaine dans sa tentative de reprendre Puebla (combats de San Pueblo del Monte et de San Lorenzo), la ville tomba le 5 juin 1863. Cette victoire effaça la honte des défaites de ces dernières années. Les Français contrôlaient l’axe Mexico / Veracruz : la voie était maintenant ouverte pour l’installation de Maximilien sur le trône mexicain….


Sources
– Dictionnaire du Second Empire, J. Tulard (ss dir.), Paris : Fayard, 1995,  » Mexico  » par Jacques Jourquin,
– L’expédition du Mexique, Paul Willing, Paris : Collections Historiques du Musée de l’Armée, 1984
– La Campagne du Mexique (1862-1867) : la fin de l’hégémonie européenne en Amerique du Nord, Jean Avanel, Paris : Economica, 1996, 194 p.

Cet article fait partie du dossier thématique sur la Campagne du Mexique (1861-1867)

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