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Les princes angevins du XIIIe au XVe siècle Un destin européen
MANIKOWSKA, Halina. La Pologne sous l’influence des Angevins de Hongrie In : Les princes angevins du XIIIe au XVe siècle : Un destin européen [en ligne]. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2003 (généré le 22 octobre 2019). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/pur/18346>. ISBN : 9782753525580.

La Pologne sous l’influence des Angevins de Hongrie

Halina Manikowska, P. 247-264

Premières pages (paragraphes 1 à 14)

Louis d’Anjou, roi de Hongrie et premier Anjou sur le trône de Pologne, est appelé « le Grand » dans son pays et compte parmi les plus grands monarques que ce pays n’ait jamais eus. Par contre en Pologne, le souvenir de son règne est nettement moins glorieux. La plupart des historiens portent sur son action un jugement critique, sinon négatif. Le premier bilan négatif apparaît sous la plume d’un témoin de son règne, le vice-chancelier Jan de Czarnków. À la mort de Louis, roi de Hongrie et de Pologne, Jan de Czarnków écrivit dans sa chronique : « Au temps du roi Louis il n’y eut dans le Royaume de Pologne aucune stabilité ni aucune justice. Car les capitaines de province et leurs burgraves pillaient les biens des plus pauvres qu’eux, et si ces derniers se rendaient en Hongrie pour déposer une plainte au pied du trône, le roi, après leur avoir octroyé des lettres, qu’ils devaient d’ailleurs payer cher à la chancellerie, les renvoyait chez eux. Or, les capitaines de province ne faisaient aucun cas de ces lettres et continuaient à oppresser les populations. Les attaques des brigands contre les marchands et autres voyageurs ainsi que les vols étaient monnaie courante. » Ce tableau déjà passablement sombre s’assombrit davantage lorsque le chroniqueur passe à la régence de la reine Élisabeth, mère du roi Louis et sœur du dernier roi de Pologne de la dynastie des Piast : « Sous son gouvernement, le Royaume connut des pillages, des actes de brigandage […] Personne ne pouvait espérer obtenir auprès de la reine la restitution de ses biens indûment confisqués ni compter régler aucune affaire importante […] Elle prêtait une oreille attentive à des accusations secrètes faisant ainsi tort à un bon nombre de personnes justes et fidèles sujets de son fils »

La chronique de Jan de Czarnków contribua grandement à perpétuer ce mauvais souvenir. Car le tableau d’injustices et d’abus sévissant dans un pays où le roi séjournait rarement, laissant la régence à sa mère, une femme vieille et détestée, ne fut contrebalancé par aucun autre texte qui fût favorable au roi Louis. Le jugement de Jan de Czarnków fut repris cent ans plus tard par Jan Dugosz, le plus grand chroniqueur polonais du Moyen Âge, celui qui a façonné la conscience historique des Polonais. Les historiens plus récents ont révisé les opinions négatives des deux chroniqueurs en faisant valoir l’importance du règne du roi Louis pour l’histoire de la Pologne et ont prouvé que la chronique de Jan de Czarnków était entachée de partialité, le chroniqueur voulant prendre sa revanche sur un roi qui avait mis fin à sa brillante carrière. Rien n’y a fait. La mémoire collective des Polonais continue à ignorer l’existence du roi Louis, le rôle du mauvais roi étant échu à un autre étranger, à Wenceslas II, qui ne régna en Pologne que cinq ans (1300-1305). Visiblement, les Polonais n’ont jamais voulu se rappeler ce roi venu de Hongrie. Bien plus : sa fille Edwige, devenue roi de Pologne, récemment canonisée, fut « polonisée » dès le xve siècle. Parmi les lieux de mémoire polonais figure en bonne place le mythe d’une amitié éternelle entre les Polonais et les Hongrois dont la tradition a fait des cousins germains, buvant sec et se prêtant main forte en cas de besoin. La même tradition a relégué aux oubliettes de l’Histoire le souvenir d’un affrontement sanglant qui eut lieu à Cracovie en 1376, une sorte de vêpres siciliennes. Un différend opposant les serviteurs d’un chevalier polonais et les serviteurs hongrois de la reine dégénéra en tumulte et coûta la vie à 160 Hongrois. Il ne fait pas de doute que l’entourage de la régente et les chevaliers polonais se vouaient une haine mortelle et qu’il avait suffi d’une étincelle pour que cette haine embrasât toute la ville. Était-ce seulement une hostilité nourrie par les Polonais excédés par l’arrogance des Hongrois ou, plus largement, une hostilité à l’égard d’un pouvoir étranger portant atteinte aux intérêts polonais ? Le règne de Louis d’Anjou a-t-il constitué une suite naturelle du règne de son oncle et prédécesseur Casimir le Grand ou, au contraire, faut-t-il y voir le début d’une nouvelle époque ? Pour répondre à ces questions, il faut remonter aux tractations et aux accords qui ont préparé l’avènement d’un Anjou au trône de Pologne. Nous devons aussi et surtout situer ces événements dans un contexte plus large, faisant place aux évolutions qui ont marqué toute la région. Nous tenterons ainsi de « mesurer » l’impact de l’influence angevine sur l’histoire de la Pologne.

La fin du xiiie et le début du xive siècle constituent une rupture dans l’histoire de l’Europe du Centre Est. Les plus grands pays de la région : la Bohême, la Hongrie et la Pologne connurent une période d’instabilité et de désordres qui amena un changement de la situation politique et une modification des rapports sociaux, ce qui allait avoir une influence déterminante sur le système socio-politique de ces États. Les derniers Premyslides avaient tenté de s’assurer la suprématie dans la région : Wenceslas II était roi de Bohême et de Pologne, son fils avait été sacré roi des Hongrois et s’apprêtait, à la mort de son père, à réunir les trois couronnes. Or, les événements prirent un autre cours : le trône de Hongrie revint à un Anjou, le trône de Bohême tomba dans l’escarcelle des Luxembourg et le trône de Pologne retourna au représentant des Piast. Ce qui comptait pour ce dernier ce n’était pas seulement le maintien de son pouvoir face aux prétentions légitimes de Jean de Luxembourg, mais aussi la réunification du royaume. Morcelé à la suite d’un démembrement de plus de cent cinquante ans, le pays se composait de régions indépendantes les unes des autres et aux régimes socio-politiques différents.

Le xive siècle fut témoin du développement rapide que connut la région appelée par l’historien Jerzy Kłoczowski « la sœur cadette de l’Europe », compte tenu de sa christianisation tardive et de sa romanisation indirecte (par l’intermédiaire des Germains). Mais cette appellation, ce n’est rien d’autre qu’un euphémisme sacrifiant au « politiquement correct » et ménageant l’amour-propre de ces plus jeunes Européens. En fait, il s’agit d’une périphérie de l’Europe. Certes, une périphérie qui, relativement épargnée par la forte décrue démographique, ébauche sa mue économique et culturelle qui lui permet de se lancer – avec succès, ce que reconnaissent tous les historiens – à la poursuite de l’Europe occidentale. La Hongrie connaît sous les Anjou une période de développement accéléré, la Bohême devient sous Charles IV le centre de l’Empire et la Pologne vit une période de prospérité que Henryk Samsonowicz appelle « l’automne doré du Moyen Âge polonais ». C’est aussi à cette époque qu’apparaît le dualisme dans le développement économique des deux Europes.

Cette question se trouve développée dans les études de Marian Małowist. Sa vision du développement économique de l’Europe de l’Est (terme qu’il emploie plus souvent que celui de l’Europe du Centre Est) au Moyen Âge et au début des temps modernes est plutôt pessimiste : il présente cette partie de l’Europe comme une sorte de colonie exploitée par l’Occident et fournissant ce dernier en matières premières et en denrées alimentaires. Ce qui peut paraître étonnant, c’est qu’au xive siècle, cette situation est plus profitable à la Pologne qu’à ses riches voisins. En Bohême et en Hongrie, qui connurent un développement rapide grâce aux revenus provenant de l’exploitation de mines d’argent, d’or et d’autres métaux, la concurrence des marchands allemands et italiens ainsi que l’importation massive de produits de l’artisanat occidental eurent des conséquences négatives pour le développement de l’économie locale. La Pologne, qui ne disposait pas de moyens aussi importants pour financer l’importation de produits occidentaux, seule l’importation de capitaux ayant pris des dimensions importantes, connut une situation nettement meilleure. Les relations entre les deux parties du continent, occidentale et orientale, présentaient, à l’époque, les caractères suivants : l’Europe occidentale exportait des produits finis, des produits de luxe et le capital, alors que les pays de l’Europe de l’Est exportaient avant tout des matières premières. Ainsi, écrit Maowist, dans les pays de l’Est européen dont le décollage économique se trouva retardé du fait d’un concours de circonstances défavorable, les échanges commerciaux avec l’Occident furent générateurs d’un certain progrès culturel et contribuèrent à l’enrichissement des marchands (aussi bien d’origine étrangère que locaux), mais, en même temps, ils entravèrent le développement d’autres branches de l’économie locale. Parfois, et ce fut le cas au xive siècle, les échanges commerciaux avec l’Occident furent profitables aux royaumes eux-mêmes en termes de puissance et de richesse, ce dont témoignent la Hongrie des Anjou et la Bohême des Luxembourg. En raison de ses importations limitées, la Pologne fut épargnée par cette invasion économique et put diversifier sa production. La thèse de Małowist, dont la version définitive date des années 1960-1970, demanderait à être approfondie, d’autant plus que ses conclusions, généralement admises par les historiens occidentaux, ont grandement contribué à cette vision dualiste du développement de notre continent au Moyen Âge tardif. Des recherches plus récentes, menées dans un cadre géographique plus restreint et n’ayant plus cette perspective « continentale » ont mis en lumière le progrès économique qui s’accomplit en Pologne au xive siècle, surtout sous le règne de Casimir le Grand (1333-1370), un règne placé sous le signe d’un essor économique permettant à la Pologne de diminuer la distance qui la séparait des pays occidentaux.

Si ce décalage semblait à l’époque s’estomper, c’est grâce à un grand effort consenti au siècle précédent. Les grands processus de colonisation, à savoir l’afflux de paysans, de chevaliers, d’artisans et de marchands provenant pour la plupart de territoires allemands, avait entraîné la modification des rapports sociaux, économiques et juridiques connue dans l’historiographie sous le nom de colonisation sous le régime du droit allemand. Cette colonisation, ainsi qu’une exploitation intense des ressources minières dans les Carpates et dans les Sudètes constituent une amorce du grand décollage du siècle suivant.

Après la réunification du Royaume de Pologne, les changements mentionnés ci-dessus furent mis au service d’un programme de modernisation entrepris par Casimir le Grand et constituant la dernière étape de la formation du paysage culturel de la Pologne au Moyen Âge tardif. Le nombre des villes doubla (voire tripla, ce qui fut le cas de la Petite Pologne en retard sur la Grande Pologne). C’est à cette époque-là que la Pologne parvint à diminuer la distance la séparant de la Silésie, de la Bohême et du Brandebourg, même si cette distance ne devait jamais être comblée. Les villes polonaises surent mettre à profit leur situation géographique. La Pologne fut un carrefour où se croisaient deux axes de communication trans-européens : la route dite « polonaise » (dite aussi « tartare » ou « moldave ») reliant Caffa (Crimée) aux pays occidentaux à travers les territoires russes, Cracovie et Wroclaw (Breslau) et la route dite « prussienne » qui, longeant la Vistule, faisait communiquer les régions de la mer Baltique avec le nord de la Hongrie. Par sa disposition de 1344, Casimir le Grand limita considérablement l’accès à ces routes aux marchands étrangers. La politique de colonisation et la politique commerciale devaient, à ce qu’il semble, non seulement augmenter les revenus du roi, mais aussi renforcer son pouvoir, faisant ainsi partie d’un programme de modernisation de l’État.

La prise de pouvoir dans l’Europe du Centre Est par les nouvelles dynasties, apportant avec elle des expériences nouvelles et, avant tout, se référant à des modèles différents de ceux qui existaient sur place, amenèrent à sa suite un effort de modernisation, visant avant tout les institutions et les moyens d’action politique. Grâce à cet effort accompli dans les pays voisins, Casimir le Grand, le dernier souverain polonais de la dynastie des Piast (1333-1370) put, dans sa politique de la modernisation de l’appareil d’État, recourir aux solutions adoptées déjà par les Anjou et les Luxembourg. Pour la première fois, l’Allemagne perdit son rôle d’inspirateur de changements politiques, sociaux et juridiques en Pologne. Voici en quoi consistait ce processus de modernisation dans la région.

Au seuil du xive siècle, l’Europe du Centre Est reproduisait l’ancien modèle du pouvoir avec les droits dits régaliens, le monopole des douanes et de la Monnaie, une colonisation massive. Ces mesures devaient empêcher les grands seigneurs de s’arroger les prérogatives attachées à la souveraineté royale. L’exemple de la Hongrie, où la constitution par les grands seigneurs de seigneuries banales indépendantes amena la disparition de l’État, fut dissuasif. En Bohême et surtout en Pologne, les princes réussirent à garder le monopole du pouvoir territorial. En Pologne, la participation de la chevalerie au processus de colonisation ne s’intensifia qu’à partir de 1320, c’est-à-dire dans un royaume déjà réunifié et les princes avaient réussi à imposer leur contrôle sur la vente et l’achat de propriétés terriennes. Casimir le Grand s’employa avant tout à la réorganisation du domaine royal : il créait des villes nouvelles, des villages et des propriétés domaniales inaliénables, reprenait aux nobles les biens indûment perçus en vérifiant leurs titres de propriété ou en opérant des confiscations. Pour l’organisation du domaine royal, on s’inspira de l’exemple tchèque, adopté en Bohême et en Moravie sous Ottokar II Premysl et développé sous les Luxembourg. En Hongrie, la saisie des châteaux et du patrimoine des aristocrates vaincus rétablit la domination des châteaux royaux. En Bohême, les Luxembourg développèrent leur domaine autour de châteaux royaux et de villes royales en élargissant et renforçant les groupes de petits vassaux dépendant d’un château. L’activité que dans ce domaine déploient les Piast, surtout Casimir le Grand, est de grande envergure, mais superficielle. Ses efforts visant à asseoir cette réorganisation sur le droit féodal n’ont pas apporté les résultats escomptés ; la structure sociale ne s’en trouva pas modifiée au point de favoriser l’apparition d’un groupe de petits vassaux. La seule conséquence durable qui en résulta ce fut un renforcement de la puissance militaire et une augmentation de la mobilité des troupes. L’armée fut divisée en bannières territoriales, sur le modèle hongrois.

Le règne de Casimir le Grand se caractérisa par une politique fiscale très dure. Les sources ne permettent d’avancer aucun chiffre exact, mais selon les estimations, les revenus du trésor royal auraient atteint, les années fastes, l’équivalent d’une tonne d’or (soit huit fois moins qu’en France et presque deux fois moins qu’en Angleterre). La Pologne réunifiée n’était pas un grand pays : elle ne comptait pas un million d’habitants (sans la Ruthénie conquise au milieu du xive siècle) et ses ressources minières n’étaient pas aussi riches que celles dont disposaient ses voisins. La politique fiscale, fondée sur les décisions arbitraires de Casimir le Grand, fut modifiée sous Louis d’Anjou. Ce dernier dut renoncer aux contributions extraordinaires et garantir à la noblesse et à l’Église la stabilité des impositions (le privilège de Kassa de 1374 et plus tard, une régulation supplémentaire concernant les biens ecclésiastiques). En plus des revenus qu’apportaient les droits régaliens (le monopole de la Monnaie et de l’exploitation des mines), la politique commerciale et les villes nouvelles, le trésor royal fut alimenté par des impôts et les revenus qu’apportait le domaine royal reconstruit.

Mais la lutte contre l’aristocratie et le prix que les nouvelles dynasties avaient dû payer pour accéder au trône et s’y maintenir n’empêchèrent pas l’apparition d’une société divisée en ordres. Un des traits particuliers de cette société est que la bourgeoisie fut exclue de ce processus de formation d’une nation politique animée par un sentiment communautaire. Dans cette région, la nation ne devait signifier qu’une « communitas nobilium ».

En Pologne, les aspirations des villes furent enterrées à l’époque des grands troubles survenus à la fin du xiiie et au début du xive siècle lors des luttes pour le trône de Pologne et pour la réunification de son territoire démembré. De plus, la Pologne fut le théâtre d’un conflit ethnique entre le patriciat urbain allemand et la chevalerie polonaise soutenant Wladislas le Bref et son programme de réunification. Après la défaite de la révolte de l’advocatus de Cracovie Albert (1311-1312) – les bourgeois de Cracovie étaient favorables à la succession tchèque – Wladislas le Bref, en forme de représailles, interdit l’usage de l’allemand dans les registres urbains.

Ce qui est le plus important pour la formation des ordres sociaux en Pologne et en Hongrie, c’est l’absence de toute codification juridique établissant une différence entre la petite et la grande noblesse. Les tentatives visant à asseoir le pouvoir royal sur le droit féodal échouèrent d’autant plus que Charles-Robert et Wladislas le Bref, menant des luttes pour leurs trônes, durent avant tout se concilier le soutien de toute la chevalerie. Mais ce qui décida de la constitution d’une couche nobiliaire homogène ce furent les engagements pris par Louis d’Anjou, soucieux de renforcer ses droits au trône de Pologne et, par la suite, d’assurer – contrairement à la tradition polonaise – la succession à une de ses filles. L’accord de Kassa, conclu en 1374 entre le roi et la noblesse polonaise, fut un privilège général accordé à tous les nobiles polonais. Les représentants de la noblesse acceptaient une des filles de Louis d’Anjou comme reine contre l’exemption de l’impôt direct (impôt foncier permanent) qui ne frappait désormais que les terres arables paysannes et qui n’était que de 2 gros par manse. Louis limitait le service de la guerre à la seule défense du territoire et, le plus important, le roi ne pouvait confier les fonctions territoriales qu’à des Polonais ayant des domaines dans la région où cette fonction devait être exercée (terrigena). Ce n’était pas une révolution, car le roi renonçait aux impôts qu’il était incapable de percevoir, mais la noblesse a vu ses revendications reconnues, ce qui, au siècle suivant, allait lui assurer le premier rôle dans l’État. Bien plus : le trône de Pologne devenait pour de bon électif et c’est désormais l’aristocratie de Petite Pologne qui déciderait qui y accéderait.

L’évolution du système socio-politique de la Pologne doit beaucoup à la conception politique et juridique de la corona regni. Le premier des trois pays à l’avoir formulée fut la Hongrie et c’est probablement aux Hongrois qu’elle fut empruntée et non aux Tchèques. Elle fut pleinement développée sous Louis d’Anjou. Le roi Casimir le Grand, le dernier Piast sur le trône de Pologne, tout en exploitant les symboles de son pouvoir personnel (pièces de monnaie, sceaux), n’était certainement pas intéressé par une conception politique qui détachait l’État de la dynastie et l’érigeait en un concept abstrait. Mais lorsqu’on parle des conceptions politiques élaborées à l’époque en Pologne, il ne faut pas oublier le contexte historique marqué par deux événements majeurs : le processus de réunification du royaume dont la réalisation se résume en la formule : unus princeps, unum ius, una moneta in toto regn et les procès canoniques opposant, depuis les années 1320, la Pologne à l’Ordre des Chevaliers teutoniques au sujet de territoires confisqués par l’Ordre. C’est au cours de ces procès que fut formulé le concept du Regnum Poloniae. Il comprenait la souveraineté des rois et princes polonais sur un territoire déterminé, l’administration territoriale ecclésiastique avec l’archevêché de Gniezno, le denier de Saint-Pierre acquitté au Saint-Siège, l’histoire de l’État, l’ensemble des lois et le système juridique, enfin les traits particuliers de ses habitants, leur langue et leurs coutumes.

[…]

 

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