Architecture/Urbanisme

Essai sur la diffusion du château « philippien » dans les principautés lotharingiennes au XIIIe siècle | Persée

via persee

Bragard Philippe. Essai sur la diffusion du château « philippien » dans les principautés lotharingiennes au XIIIe siècle. In: Bulletin Monumental, tome 157, n°2, année 1999. pp. 141-167.

www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1999_num_157_2_2271

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Ce travail a fait l’objet d’une communication au cinquième congrès de l’Association des Cercles francophones d’Histoire et d’Archéologie de Belgique, à Herbeumont en août 1996


RÉSUMÉ

L’émergence à la fin du XIIe siècle du château de plan géométrique flanqué de tours rondes, le « quadrilatère philippien » se fait en Ile de France. La diffusion de ce modèle hors du royaume capétien permettrait de mesurer l’influence grandissante des rois de France dans les terres voisines. L’étude d’une quarantaine de sites castraux situés dans les principautés lotharingiennes, essentiellement sur la base de données planimétriques, montre que l’imitation des modèles capétiens se fait dès le premier quart du XIIIe siècle, mais essentiellement à partir du règne de saint Louis. Peu d’entre eux intègrent une tour maîtresse circulaire à un angle ; beaucoup présentent un donjon quadrangulaire soit antérieur, soit contemporain, placé sur le front d’attaque ou surmontant l’entrée (tour-porche). Le plan carré ou rectangle, parfois irrégulier, prédomine, mais des schémas irréguliers sont de mise lorsqu’il s’agit de sites de hauteur.


Plan

  • Définition et caractéristiques du château philippien
  • Cadre géographique : les principautés lotharingiennes
  • Les types principaux des châteaux en Lotharingie
  • Les sources
  • Principauté par principauté
  • Conclusion
  • Croquis planimétriques des châteaux lotharingiens
  • Bibliographie

PREMIÈRES PAGES

À la fin du XIIe siècle, l’architecture militaire castrale connaît, au départ de l’Ile de France capétienne, de nouveaux développements que d’aucuns ont assimilés à une véritable révolution : sous l’impulsion de Philippe Auguste, des forteresses au plan géométrique, flanquées de tours rondes, munies d’un châtelet d’entrée, d’archères, de créneaux et de hourds, parsèment le royaume de France puis font tache d’huile petit à petit dans une grande partie de l’Europe. Le « quadrilatère philippien » – le qualificatif est dû à la plume de Jean Mesqui – sera pendant tout le bas Moyen Âge le château fort par excellence.

Un problème intéressant à étudier est justement la transmission de tout ou partie de ce modèle hors de France. Où, quand et comment s’est-il d’abord imposé comme une des formules à succès sinon la formule de fortification castrale ?

On en connaît la diffusion dans les Iles Britanniques, à partir d’ailleurs de prototypes angevins plutôt que capétiens. En Italie également, les constructions de Frédéric II Barberousse suivent un parti identique mais à tours carrées. Dans l’espace germanique, les terres d’empire, par contre, Jean Mesqui considère qu’on en reste à un conservatisme marqué et que la formule ne s’impose que très lentement. Mais un article récent de T. Durdik consacré aux châteaux de Bohême tend à prouver une influence directe dès le XIIIe siècle, comme d’ailleurs C. Meckseper le suggérait à partir de l’étude de tours maîtresses circulaires et châteaux géométriques à flanquements ronds; dans l’Europe centrale, cette influence se situerait à partir du deuxième tiers du XIIIe siècle. L’essai présenté ici veut également aller contre cette hypothèse et, passant en revue plusieurs châteaux construits ou reconstruits dans le courant du XIIIe siècle dans les principautés dites lotharingiennes, montrer que le quadrilatère philippien et ses dérivés au plan irrégulier s’implantent dans ces régions parfois très tôt dans le siècle, plus souvent vers le milieu, lorsque le roi Louis IX, dit Saint-Louis, entend jouer un rôle politique de plus en plus important dans les terres d’Empire les plus proches de son royaume.

Il ne s’agit toutefois pas de faire un inventaire complet des sites castraux qui ont pu être édifiés au XIIIe siècle et être directement influencés par l’architecture royale française, mais à partir d’un échantillonnage, d’approcher sa diffusion dans les territoires frontaliers entre France et Empire.

Les châteaux concernés appartiennent directement aux principes territoriaux, soit existent dans leurs apanages ; quelques-uns enfin sont les propriétés de grands feudataires qui semblent avoir rapidement adopté les nouvelles formes de défense – à tout le moins d’en avoir eu l’autorisation de leur suzerain – .

Les schémas les plus péremptoires sont seuls retenus. J’exclus donc de mon étude la fortification seigneuriale du XIIe siècle et des XIVe et XVe siècles, de même que les châteaux des Grands qui lui sont contemporains, ainsi que les sites castraux princiers insuffisamment documentés.


Définition et caractéristiques du château philippien

J’emprunte à Jean Mesqui et aux travaux de Pierre Héliot et d’André Châtelain la définition du château philippien et ses caractéristiques.

D’abord, c’est l’étude des constructions ex nihilo qui fournit les éléments du château qualifié anciennement de « gothique » : généralisation de la maçonnerie, plan complexe à plusieurs enceintes, usage de flanquements circulaires, appareillage soigné ; usage de partis géométriques.

L’archétype rectangulaire philippien est un carré cantonné de tours circulaires aux angles, hémisphériques en milieu de courtine, et d’une tour maîtresse – ou donjon pour les historiens belges – circulaire également, soit au centre du château (le Louvre, 1190-1202), soit plus souvent à un des angles et détachée de l’enceinte (Dourdan, 1222); le diamètre le plus courant de cette tour maîtresse se situe entre 13,60 m et 16,50 m, contre 8 m à 10,50 m pour les tours flanquantes. La porte s’ouvre entre deux tours cylindriques formant châtelet d’entrée; assommoir et herse en protègent le passage. Les chemins de ronde sont crénelés et peuvent être hourdés. Des archères disposées sur plusieurs niveaux permettent le tir en flanquement. Les courtines sont souvent rectilignes, et les tours talutées à la base. Les corps de bâtiments s’adossent aux faces internes des courtines. Le parti géométrique ne se limite pas au carré : l’on trouve en effet le pentagone (Montlhéry, entre 1202 et 1220); l’ovoïde (Rouen et Vernon) ; le polygone régulier (Fère-en-Tardenois, 1206; Boulogne; Eguisheim en Alsace, première moitié du XIIIe siècle) ; le rectangle (Brie-Comte- Robert, 1200-1219). Et d’autres figures proches, moins régulières ou déformées, adaptées au relief. Les sites choisis sont souvent en plaine, mais aussi en hauteur : l’assiette du nouveau château est alors soigneusement égalisée et nivelée.

Les archères philippiennes sont à ébrasement triangulaire profond et de faible ouverture. Dans les murs moins épais, on gagne en plan de tir. La fente extérieure est simple. Les archères des châteaux Plantagenêt sont à niche et permettent théoriquement une plus grande couverture des abords.

Le Louvre n’est pas le plus ancien château de type philippien : celui de Druyes-les-belles-Fontaines aurait été construit par Pierre II de Courtenay entre 1 170 et 1200 : des tours carrées flanquent les courtines avec des tours d’angles rondes, et l’entrée est un carré. Mais il n’y a pas d’archères en flanquement, ni de base talutée.

La tour maîtresse n’est pas une constante: Jean Mesqui explique sa présence par le droit d’imiter le prototype royal, donc d’être réservée aux princes souverains. Mais il signale la coexistence des deux partis, avec ou sans tour maîtresse.

Il faut examiner ensuite l’aspect des châteaux bâtis sous saint Louis (t 1270). La maîtresse tour n’apparaît plus dans beaucoup d’édifices nouvellement construits. Dans la seconde moitié du XIIIe siècle, cette omission est fréquente dans les châteaux de plan régulier. Les archères restent celles à ébrasement simple et à plongée, au plan en sifflet. Mais l’extrémité inférieure de la fente externe est évasée en étrier à partir de 1250 et les archères à niche se diffusent dans la seconde moitié du XIIIe siècle.

Selon Jean Mesqui, les moteurs de la diffusion ont été d’abord le roi de France, puis celui d’Angleterre sans véritable normes et avec beaucoup de fantaisie, avec des relais régionaux. En Bourgogne et en Savoie, le modèle est imité à la fin du XIIIe siècle et au XIVe siècle.


Cadre géographique : les principautés lotharingiennes

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